{"id":159731,"date":"2024-07-02T12:19:12","date_gmt":"2024-07-02T10:19:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159731"},"modified":"2024-07-02T13:37:52","modified_gmt":"2024-07-02T11:37:52","slug":"anthologie-12-i-les-guetteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-i-les-guetteurs\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | Les guetteurs"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/image00114-1024x684.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-159753\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/image00114-1024x684.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/image00114-420x281.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/image00114-768x513.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/image00114-1536x1026.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/image00114-2048x1368.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br><strong>Barcelone<\/strong><br>L\u2019avion pr\u00e9pare sa descente sur la ville o\u00f9 je rep\u00e8re aussit\u00f4t La Tour Gl\u00f2ries et celles de la Sagrada Familia. Du haut du ciel les Ramblas dessinent deux courtes trav\u00e9es qui descendent vers la mer. Je cherche des yeux la colline de Montju\u00efc. L\u00e0-bas, en \u00e9t\u00e9, les soir\u00e9es sont douces sous les pins. Des guinguettes improvis\u00e9es proposent de quoi grignoter. On s\u2019assoie sur des rondins ou des chaises en plastique. On regarde le soleil se coucher. Cela dure longtemps. On est bien. Des enfants courent, des b\u00e9b\u00e9s pleurent, \u00e7a parle fort, \u00e7a s\u2019interpelle de table en table. J\u2019attache ma ceinture, ferme les yeux. Je pense \u00e0 celles et ceux qui du haut de la colline voient passer l\u2019avion dans lequel je me tiens, mains crisp\u00e9es sur les accoudoirs, attendant le choc des roues sur la piste qui me dira que je suis arriv\u00e9e enfin. Des petits enfants rient L\u2019avi\u00f3 ! Aqu\u00ed en teniu un altre ! Des parents applaudissent. Un monde se d\u00e9plie sous leurs yeux entre le ballet des avions qui se posent \u00e0 intervalle r\u00e9gulier sur les pistes longeant la mer et la beaut\u00e9 du port industriel en contrebas avec ses porte-conteneurs en approche vers les quais d\u2019accostage, ses grues portiques qui d\u00e9chargent les bateaux, les tracteurs portuaires qui circulent entre les rang\u00e9es de conteneurs dessinant une palette color\u00e9e au quadrillage parfait et au milieu de tout cela d\u2019infimes silhouettes qui fourmillent et parlent de la fragilit\u00e9 du vivant. L\u2019avion se cabre. Le choc des roues enfin. Il d\u00e9passe Montju\u00efc, ralentit. Je respire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Venise<\/strong><br>Il soupire J\u2019ai mal dormi. Je souris comment peut-on vouloir dormir dans un train couchette ? On n\u2019y dort pas, on jubile, on se souvient des trains de nuit de l\u2019enfance avec les couvertures grises qui grattent et leur liser\u00e9 bleu et blanc interminable SNCF- SNCF -SNCF et les draps sacs pli\u00e9s dans leur emballage en plastique mou que l\u2019on d\u00e9chire avant de les \u00e9taler et de constater que non d\u00e9cid\u00e9ment on ne peut pas dormir dedans, c\u2019est trop serr\u00e9. On s\u2019installe en hauteur, on se refait un petit monde rien qu\u2019\u00e0 soi dans lequel on se blottit, le frottement des roues sur les rails accompagne la joie pure qu\u2019il y a \u00e0 se sentir glisser \u00e0 toute allure allong\u00e9e sur une couchette en ska\u00ef. Le train avale les paysages avant m\u00eame qu\u2019on n\u2019ait eu le temps de les regarder, les kilom\u00e8tres d\u00e9filent derri\u00e8re la locomotive \u00e9clair\u00e9e par deux phares dans la nuit. On ne dort pas dans un train pareil, on \u00e9coute comment \u00e7a chante tadac tadoum, comment \u00e7a r\u00e9p\u00e8te tadac tadoum\u2026 A la rigueur on s\u2019assoupit. Le temps du voyage s\u2019\u00e9tire. Quelques aiguillages, la travers\u00e9e des gares modifient le tempo et parfois un sifflet dans la nuit. Derri\u00e8re le store le jour se l\u00e8ve. J\u2019attrape sa main, le tire derri\u00e8re moi Viens direction le wagon restaurant. L\u00e0, devant un caf\u00e9 br\u00fblant on regarde le train s\u2019engager sur le pont au-dessus de la lagune. Je voudrais que ce pont ne finisse jamais. Qu\u2019il garde ce go\u00fbt d\u2019une nuit bord\u00e9e de souvenirs, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 l\u2019odeur puissante du caf\u00e9 et au bonheur des jours \u00e0 venir. Je voudrais que ce pont s\u2019\u00e9tire pour nous laisser le temps de d\u00e9guster par avance la joie de rejoindre cette ville paysage qui flotte sur l\u2019eau avec son grand canal qui nous attend au pied des marches devant la gare et sa flop\u00e9e de vaporettos.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Reykjavik<\/strong><br>J\u2019ai r\u00eav\u00e9 cette ville avant m\u00eame de la conna\u00eetre ou plut\u00f4t j\u2019ai r\u00eav\u00e9 cette \u00cele o\u00f9 cette ville est un passage oblig\u00e9. J\u2019ai m\u00eame \u00e9crit un r\u00e9cit de voyage imaginaire sur ce pays avant de m\u2019y rendre pour y \u00e9crire pour de vrai. La capitale porte bien son nom, \u00e9tymologiquement il vient de reykur, la\u00a0fum\u00e9e et de v\u00edk, la baie, ce qui donne en traduction litt\u00e9rale la\u00a0baie fumante. Mais avant il faut d\u2019abord atterrir \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, rouler jusqu\u2019\u00e0 la ville \u00e9tale en bord de mer avec face \u00e0 la baie, une guirlande de montagnes enneig\u00e9es et de glaciers. Y arriver c\u2019est imm\u00e9diatement projeter d\u2019en repartir pour d\u00e9couvrir le pays sur la route num\u00e9ro un mais c\u2019est aussi toujours y revenir. Au\u00a0moment de l\u2019atterrissage l\u2019avion survole des champs de lave, amas de roches et zones sombres d\u2019o\u00f9 montent des fumerolles. Au loin un phare jaune vif s&rsquo;est pos\u00e9 sur le bord d\u2019une c\u00f4te d\u00e9chiquet\u00e9e. M\u00eame du haut du ciel la mer noire balance des montagnes d\u2019\u00e9cume. A droite de l&rsquo;avion une faille s&rsquo;est ouverte entre deux volcans. Elle laisse d\u00e9border une coul\u00e9e de lave. Nez coll\u00e9 au hublot j\u2019observe le rouge oranger\u00a0qui pulse et explose \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Des tra\u00een\u00e9es noires glissent le long des parois. La fum\u00e9e balaie le paysage. Avant m\u00eame d\u2019avoir pos\u00e9 les pieds sur cette terre j\u2019y suis. Plus tard dans la voiture, en direction de la ville qui nous attend, des guetteurs, silhouettes massives compos\u00e9es de pierres superpos\u00e9es veillent sur notre chemin.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BarceloneL\u2019avion pr\u00e9pare sa descente sur la ville o\u00f9 je rep\u00e8re aussit\u00f4t La Tour Gl\u00f2ries et celles de la Sagrada Familia. Du haut du ciel les Ramblas dessinent deux courtes trav\u00e9es qui descendent vers la mer. Je cherche des yeux la colline de Montju\u00efc. L\u00e0-bas, en \u00e9t\u00e9, les soir\u00e9es sont douces sous les pins. 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