{"id":159838,"date":"2024-07-02T18:05:52","date_gmt":"2024-07-02T16:05:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159838"},"modified":"2024-07-03T08:06:49","modified_gmt":"2024-07-03T06:06:49","slug":"anthologie-12-les-nuages-dans-le-ciel-leau-dans-la-bouteille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-les-nuages-dans-le-ciel-leau-dans-la-bouteille\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | Les nuages dans le ciel, l\u2019eau dans la bouteille*"},"content":{"rendered":"\n<p>Pas envie de plonger dans les eaux profondes des souvenirs, des escapades, des \u00e9chapp\u00e9es, belles, m\u00eame tristes, belles. Ou peur d\u2019y rester&nbsp;? Ce serait tellement plus facile en ce moment de rester au fond plut\u00f4t que se coltiner le pr\u00e9sent, le r\u00e9el du vivant de l\u2019instant. Alors le pass\u00e9 mort et enterr\u00e9&nbsp;? Pour F. B. d\u00e9terrons. Mais vite fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait ramener le catamaran depuis la baie de Petite Anse \u00e0 Pointe \u00e0 Pitre. On a d\u00e9cid\u00e9 de faire un d\u00e9tour par une ile carte postale. Ciel couvert et chaleur humide pour une arriv\u00e9e devant un ponton d\u00e9labr\u00e9 du bois pas encore mort mais sous les pieds on sentait que \u00e7a pouvait \u00e0 tout moment craquer. Des jeunes proposaient pour la journ\u00e9e et moyennant quelques francs leur vieux scooter rafistol\u00e9. On a sillonn\u00e9 Des routes sablonneuses entour\u00e9es de champs de canne \u00e0 sucre \u00e0 moiti\u00e9 travaill\u00e9e comme fraichement abandonn\u00e9s des maisons \u00e0 \u00e9tages \u00e0 demi construites des piquets rouill\u00e9s qui tenaient le toit des rez de chauss\u00e9e Adoss\u00e9s aux murs blancs sur des chaises en plastique des hommes affal\u00e9s fig\u00e9s par la chaleur ou la mis\u00e8re de vivre ou les deux Une distillerie \u00e0 chaque bout de l\u2019\u00eele pour les touristes un rhum imbuvable on en a achet\u00e9 pour participer. Soudain bien cach\u00e9e derri\u00e8re des palmiers g\u00e9ants d\u00e9multipli\u00e9s une plage immacul\u00e9e d\u2019une beaut\u00e9 \u00e0 se couper le souffle pour s\u2019y noyer Plisser un instant les yeux sur cette pauvret\u00e9 cern\u00e9e par des eaux translucides qui donnaient l\u2019illusion qu\u2019ici tout \u00e9tait gentil tout \u00e9tait beau Se laisser chatouiller par les poissons multicolores s\u2019effondrer sur le sable ne plus penser. Sur le chemin du retour on s\u2019est arr\u00eat\u00e9 dans un petit local am\u00e9nag\u00e9 en d\u00e9p\u00f4t de pain pour acheter quelque chose surtout pour parler un peu discuter de rien On a senti en entrant une forte odeur \u00e2cre pas de beurre ici pour faire les croissants de la graisse de porc. Une \u00eele au temps presque impuissant, pas morte, juste endormie, qui se r\u00e9veillait un peu \u00e0 chaque flot de touristes. Ce jour-l\u00e0 l\u2019unique bateau navette avec Grande Terre \u00e9tait en panne. On avait joui d\u2019une beaut\u00e9 extatique dans une ile morphin\u00e9e. Revenus \u00e0 bord, mon compagnon d\u2019escale, attentif \u00e0 mes silences, bredouilla <em>Et tu n\u2019as pas vu La D\u00e9sirade\u2026\u00a0<\/em>On quittait Marie-Galante. Il y a plus de trente ans.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Le Kyosaku est un b\u00e2ton de bois plat dont un coup est port\u00e9 sur les \u00e9paules du m\u00e9ditant Zazen quand il se sent trop nerveux ou qu\u2019il pense trop\u00a0\u00bb.<\/em> Plus qu\u2019un <em>Kyosaku<\/em> c\u2019est un coup de massue qu\u2019il a re\u00e7u en arrivant \u00e0 <em>Daitoku-ji<\/em> dans le village des temples zen de Kyoto. Ses compagnons de pratique \u00e0 Paris qui avaient d\u00e9j\u00e0 fait ce voyage initiatique l\u2019avaient pourtant pr\u00e9venu. Un moine, couvert d\u2019un <em>komolo<\/em> noir, pieds nus dans ses <em>zori<\/em>, l\u2019attendait devant l\u2019arr\u00eat du bus \u00e0 <em>Daitokuji-mae<\/em>. Un salut r\u00e9ciproque \u00e0 la japonaise, de loin, les mains jointes, press\u00e9es contre la poitrine. Il le suivit. Sans pr\u00e9venir, un impressionnant vertige l&rsquo;envahit devant la beaut\u00e9, sublime, des premiers temples qui se laissaient voir derri\u00e8re les \u00e9rables, les pins, les c\u00e8dres en enfilade et aussi entrem\u00eal\u00e9s. Puis une esp\u00e8ce de fraicheur, au c\u0153ur d\u2019un \u00e9t\u00e9 caniculaire, s\u2019\u00e9coula en lui, lentement, profond\u00e9ment, de la t\u00eate aux pieds. \u00c9tait-ce le silence, dans les all\u00e9es si soigneusement pav\u00e9es, quel silence\u00a0! Les jardins de mousse, de graviers dessin\u00e9s, de roches noires pos\u00e9es l\u00e0 plut\u00f4t qu\u2019ailleurs\u00a0? Quels jardins\u00a0! Il avait bien lu \u00ab Chronique japonaise\u00a0\u00bb de Nicolas Bouvier, mais l\u00e0, c\u2019\u00e9tait lui qui vivait ces <em>\u00ab\u00a0instants vol\u00e9s, de reflets, de menus pr\u00e9sents, d&rsquo;aubaines et de miettes\u00a0\u00bb<\/em> alors qu\u2019on le conduisait vers un des temples ferm\u00e9s au public, pour rencontrer le ma\u00eetre des lieux. Arriv\u00e9s devant le b\u00e2timent, d\u2019une sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9poustouflante, ils se d\u00e9chauss\u00e8rent et pass\u00e8rent par une \u00e9troite alc\u00f4ve pour rejoindre la salle de m\u00e9ditation grande ouverte sur le jardin. Invit\u00e9 \u00e0 s\u2019asseoir sur un zafu, il tentait de se souvenir des questions qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9es pour le ma\u00eetre. Plus rien ne lui vint \u00e0 l\u2019esprit. Juste une sensation, d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent et point l\u00e0 non plus, tout cela en m\u00eame temps, en fusion. Il avait fr\u00f4l\u00e9 cet \u00e9tat, pendant sa pratique hebdomadaire dans un appartement haussmanien transform\u00e9 un soir par semaine en dojo. Pendant plus d&rsquo;une heure, immobile, les fesses sur un zafu les yeux ouverts face au mur. On reste ou on fuit. De retour \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, voulant prendre quelques notes, sa m\u00e9moire bloquait sur le temps pass\u00e9 l\u00e0-bas, lui restaient vaguement en t\u00eate des bribes de la conversation qui avait suivi le temps de m\u00e9ditation. Pas de souvenir pr\u00e9cis mais tout en lui. Pour la suite. A Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Vienne. Une escale impr\u00e9vue de quelques heures. Dans l\u2019urgence de l\u2019inattendu, choix vite fait pour faire voler les sens sans dessus dessous. Direction le Palais de la S\u00e9cession. Sur trente-quatre m\u00e8tres de long du Klimt, du Klimt \u00e0 perte de vue, de l\u2019or, de l\u2019amour et de la douleur, de la nacre, un chevalier avec son armure, Typhon le monstre singe, des gorgones coiff\u00e9es de serpents. Au bout du bout de ce chemin tortueux, devant un ch\u0153ur d\u2019anges, deux corps nus enlac\u00e9s offrant un baiser au monde entier. Et Beethoven sublimant tous ces combats pour une Ode \u00e0 la joie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Joyeux, comme ses soleils volants<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 travers le somptueux dessein du ciel,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>H\u00e2tez-vous, fr\u00e8res, sur votre route,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Joyeux comme un h\u00e9ros vers la victoire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Soyez enlac\u00e9s, millions.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce baiser au monde entier&nbsp;!**<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>*Deshimaru<\/p>\n\n\n\n<p>**Extrait <em>An die Freude<\/em> &#8211; Friedrich Schiller<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pas envie de plonger dans les eaux profondes des souvenirs, des escapades, des \u00e9chapp\u00e9es, belles, m\u00eame tristes, belles. Ou peur d\u2019y rester&nbsp;? Ce serait tellement plus facile en ce moment de rester au fond plut\u00f4t que se coltiner le pr\u00e9sent, le r\u00e9el du vivant de l\u2019instant. Alors le pass\u00e9 mort et enterr\u00e9&nbsp;? Pour F. 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