{"id":159986,"date":"2024-07-03T04:40:26","date_gmt":"2024-07-03T02:40:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=159986"},"modified":"2024-07-03T04:48:52","modified_gmt":"2024-07-03T02:48:52","slug":"anthologie-12-trois-villes-a-deux-mains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-trois-villes-a-deux-mains\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | trois villes \u00e0 deux mains"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai presque tout oubli\u00e9 de l\u2019histoire de Cuzco. Surnagent des impressions, des couleurs, des mati\u00e8res, des perspectives, des visages, des bouts de rue. D\u2019avion Cuzco offre une large surface de toits ocres ville \u00e0 port\u00e9e de ciel bleu a\u00e9rienne et min\u00e9rale nich\u00e9e au creux des hautes montagnes de la cordill\u00e8re dont elle grignote les flancs. Ville n\u00e9e de la pierre et du ciel. Larges blocs de granit petites rues qui serpentent blanches et poussi\u00e9reuses visage de femme fatigu\u00e9e au march\u00e9 toits de tuile rouge th\u00e9 de mu\u00f1a contre la fi\u00e8vre souffle court. A Cuzco le corps apprend la patience des pierres.<\/p>\n\n\n\n<p>Laborie. C\u2019est en voiture que nous y arrivons par routes sinueuses escarp\u00e9es parfois. Voyager c\u2019est inverser voire renverser les perspectives. D\u00e9shabituer le regard. Volant \u00e0 droite, il faut trouver de nouveaux rep\u00e8res. Envisager le monde autour de soi autrement. Se soustraire aux automatismes. D\u00e9verrouiller les habitudes. Laborie. Village de p\u00eacheurs. Petits fanions d\u00e9color\u00e9s au vent. On y fait la connaissance de Hilton. Comme les h\u00f4tels. Mais bien plus avenant. On promet de revenir. Petite place centrale avec bancs color\u00e9s. Maisons color\u00e9es. Parfois de bric et de broc. Filets. Nasses. Atmosph\u00e8re chaleureuse. Un monsieur fait sa sieste affal\u00e9e sur une chaise de plastique blanc, que vient r\u00e9veiller sa femme surgie de quatre bouts de t\u00f4le. On aime tout de suite Laborie. On s\u2019y sent bien. On longe la plage de p\u00eacheurs puis on remonte le long d\u2019un espace de prairie qui fait office de stade. Cabris. D\u00e9ambulation goudronn\u00e9e entre deux rang\u00e9es de maisons, cases jusqu\u2019\u00e0 se poser autour de trois \u00ab&nbsp;chicken fries&nbsp;\u00bb deux pitons et une bouteille d\u2019eau. Reggae. On est bien \u00e0 Laborie. Manger des plats qu\u2019on ne mangerait jamais chez soi. D\u00e9shabituer le go\u00fbt. Sortir de ses orni\u00e8res. Faire des exp\u00e9riences. Rencontrer surtout. Et on y revient donc. On mange dans le restaurant d\u2019un ami d\u2019Hilton, les pieds, le saut et la pelle dans le sable. C\u2019est bon mais que c\u2019est bon. \u00catre pos\u00e9e juste l\u00e0. Un menu d\u00e9placement juste pour suivre l\u2019ombre du cocotier. C\u2019est tout. Savourer. La lumi\u00e8re, la chaleur, l\u2019eau, le retour des p\u00eacheurs qui hissent la barque sur la plage, le petit rhum et le wrap \u00e0 la langouste. D\u00e9cid\u00e9ment on est bien \u00e0 Laborie.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;\u00e9tions-nous venus chercher \u00e0 Ushua\u00efa ? Une terre d\u00e9serte du bout du monde au climat antarctique couverte de pics ac\u00e9r\u00e9s et d&rsquo;une neige \u00e9paisse, balay\u00e9e par des vents qui ne laisseraient rien pousser. Ushua\u00efa n&rsquo;est autre qu&rsquo;une ville bien dodue, port dynamique fr\u00e9quent\u00e9, zone franche \u00e0 l&rsquo;industrie qui p\u00e9riclite mais au commerce florissant, sur fond de tourisme en expansion et d&rsquo;urbanisme galopant, le tout sub-antarctique, pas si glacial, pas si venteux, montagneux mais assez hospitalier pour h\u00eatres et sapins au fond de vall\u00e9es peupl\u00e9es d&rsquo;autres aussi que castors. Evidemment on n&rsquo;y parvient pas si facilement. La route est mauvaise et passe deux fronti\u00e8res peu souples ch\u00e8rement d\u00e9battues entre Argentine et Chili. Il faut compter douze heures de bus de Rio Gallegos, donc vingt-deux heures de Caleta Olivia &#8211; ville de p\u00e9trole, capitaux et concessions \u00e9tats-uniens, montagnes sacr\u00e9es indiennes aujourd&rsquo;hui couvertes d&rsquo;antennes et derricks-. On a roul\u00e9 longtemps sur le plat pays qui s&rsquo;\u00e9tire de part et d&rsquo;autre du d\u00e9troit de Magellan. La Patagonie quitt\u00e9e sur le papier et par des eaux travers\u00e9es \u00e0 la barge, semblait se poursuivre en Terre de Feu. Puis tourbe et montagne sont apparues et ont cass\u00e9 la droite caillouteuse que suivait le chauffeur depuis presque l&rsquo;aube. Bient\u00f4t recouverte d&rsquo;une neige habituelle, la piste plus douce devint aussi plus glissante. Nous voici dans le mythe, sous une lumi\u00e8re lunaire filtr\u00e9e par des flocons qui ne cessaient de couvrir la cit\u00e9 endormie et d&rsquo;en lisser les d\u00e9fauts gris. On ne voit qu&rsquo;\u00e0 peine les paquebots qui d\u00e9chargent leur cargaison d&rsquo;Europe sans repos sans r\u00e9pit, le b\u00e9ton et l&rsquo;acier qui troublent l&rsquo;horizon de ces charmantes maisons aux t\u00f4les ondul\u00e9es et aux formes de ch\u00e2teau de bateau \u00e0 l&rsquo;envers, le chantier de la baie qui recule ses rives pour gagner du terrain \u00e0 vendre \u00e0 construire. Non tout est beau, tout est magie, avant l&rsquo;h\u00f4tel et le lit. <em>(Cette derni\u00e8re \u00e9criture de ville n\u2019est pas de moi, mais de P. C., extraite d\u2019un carnet de voyage \u00e0 deux mains. J\u2019ai eu besoin d\u2019aide ce soir, d&rsquo;un petit joker pour arriver aux trois villes. Je m\u2019essouffle. J\u2019avais envie d\u2019\u00e9crire Ushua\u00efa et puis je suis retomb\u00e9e sur ce carnet. Alors je me permets de retranscrire le passage avec quelques coupes car j\u2019aime beaucoup ce texte.)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai presque tout oubli\u00e9 de l\u2019histoire de Cuzco. Surnagent des impressions, des couleurs, des mati\u00e8res, des perspectives, des visages, des bouts de rue. D\u2019avion Cuzco offre une large surface de toits ocres ville \u00e0 port\u00e9e de ciel bleu a\u00e9rienne et min\u00e9rale nich\u00e9e au creux des hautes montagnes de la cordill\u00e8re dont elle grignote les flancs. 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