{"id":160025,"date":"2024-07-03T08:28:17","date_gmt":"2024-07-03T06:28:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=160025"},"modified":"2024-07-21T12:09:26","modified_gmt":"2024-07-21T10:09:26","slug":"anthologie-13-rue-de-lhotel-santos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-13-rue-de-lhotel-santos\/","title":{"rendered":"#anthologie #13 | rue de l&rsquo;h\u00f4tel Santos"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019homme au tee-shirt \u00e0 larges bandes vertes se tient appuy\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une boutique dont les vitres ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des plaques d\u2019agglom\u00e9r\u00e9. Il regarde ce qui se passe dans la rue. \u00c0 quelques m\u00e8tres de lui, sur le trottoir, un homme est assis et fume une cigarette. Il a la chemise ouverte, le torse brun, les joues mal ras\u00e9es. Deux femmes passent en riant, shorts en jean, cheveux longs et bruns. Elles ont l\u2019air de deux serveuses. Vers l\u2019h\u00f4tel\u00a0<em>Regis<\/em>, un homme aux pieds nus cherche quelques restes parmi les papiers graisseux d\u2019une corbeilles de fer. Il trouve une part de pizza repli\u00e9e sur elle-m\u00eame. Il l\u2019avale en deux bouch\u00e9es. Il cherche encore, ne trouve rien. Il prend dans la corbeille un gobelet en carton, entre dans le bar de l\u2019h\u00f4tel pour demander de l\u2019eau. Une Peregrino noire aux vitres fum\u00e9es se gare devant la boutique du joaillier. En sortent deux hommes en chemise blanche et lunettes noires. Ils entrent dans la joaillerie. L\u2019homme au tee-shirt \u00e0 bandes vertes les regarde entrer. Il dit quelque chose \u00e0 l\u2019homme assis sur le trottoir qui tire une derni\u00e8re taffe, jette d\u2019une pichenette son m\u00e9got dans le caniveau. Le dos appuy\u00e9 sur le mur, il rel\u00e2che les \u00e9paules, enfonce sa casquette sur le front, ferme les yeux. Un livreur arr\u00eate son camion devant chez Santos. Depuis le c\u00f4t\u00e9, il en sort cinq caisses, deux de Tequate, deux de Coca cola, une de Fanta. Pour entrer chez Santos, il se tourne et pousse la porte avec le dos, une caisse devant lui \u00e0 hauteur de cuisse, bras tendus. Il ressort de chez Santos avec une autre caisse pleine de consignes qu\u2019il empile \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du camion. Devant le camion du limonadier un homme t\u00e9l\u00e9phone depuis la premi\u00e8re des sept bornes t\u00e9l\u00e9phoniques bleues\u00a0<em>infinitum la major connexi\u00f3n<\/em>. Sa chemise et sa casquette sont assorties, couleur sable. Il appelle sa fille \u00e0 Mexico. En arri\u00e8re des bornes t\u00e9l\u00e9phoniques bleues, sur le trottoir, il y a un distributeur rouge Coca cola devant lequel une femme pousse un caddie de supermarch\u00e9 rempli de mat\u00e9riel de nettoyage. Elle s\u2019arr\u00eate \u00e0 hauteur de l\u2019homme qui t\u00e9l\u00e9phone, le salue de la t\u00eate. Il la salue aussi, lui fait un signe de la main gauche, tourne l\u2019index devant son visage, on se verra plus tard. La femme repart avec son chariot. A la porte d\u2019un garage automobile, deux hommes restent dans l\u2019ombre, tous les deux en jean et chemise blanche \u00e0 deux poches rentr\u00e9e dans le pantalon, chaussures noires. L\u2019un porte une casquette bleue, l\u2019autre une moustache. L\u2019homme \u00e0 la casquette bleue a dans une des poches de chemise une paire de lunettes. Ils regardent passer les femmes et commentent leur allure, indiquant parfois un projet de leur mettre quelque chose quelque part ce qui les fait rire. A peine plus bas, au coin de la rue des hommes attendent dans l\u2019ombre. Ils sont tous debout, appuy\u00e9s, dos au mur un pied relev\u00e9, les fesses sur le tronc d\u2019un arbre ou la main contre un poteau \u00e9lectrique. L\u2019un d\u2019entre eux tient une canette de Coca \u00e0 la main, un autre lit une lettre. Ils ne se parlent pas. Ils attendent. Ils sont l\u00e0, dans l\u2019ombre \u00e9troite du soleil presque au z\u00e9nith. Deux ados passent devant eux, chacun avec un sac \u00e0 dos. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, face \u00e0 ces hommes, adoss\u00e9 \u00e0 son \u00e9choppe <em>Taqueria Los Compadres<\/em>, le vendeur ambulant est assis sur sa glaci\u00e8re \u00e0 l\u2019ombre d\u2019une b\u00e2che. Il est \u00e2g\u00e9 et semble fatigu\u00e9. Malgr\u00e9 la chaleur, il porte une chemise d\u2019ouvrier, de celles qui se portaient dans les sixties. Derri\u00e8re lui, dans l\u2019ombre de la b\u00e2che, une femme avec un long tee-shirt rouge qui lui descend jusqu\u2019aux genoux est assise sur sur une chaise en plastique rouge, accoud\u00e9e \u00e0 une table carr\u00e9e du m\u00eame plastique rouge. La table est recouverte d\u2019une toile cir\u00e9e \u00e0 fleurs. Dessus, un distributeur de serviettes en papier en inox, une bouteille de ketchup <em>Red Gold<\/em>, du sel, du poivre. La femme regarde l\u2019homme mais ne lui parle pas. A quelques m\u00e8tres, un mendiant est assis en tailleur sur un sac poubelle. Personne ne le regarde. Lui, regarde tout ce monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019homme au tee-shirt \u00e0 larges bandes vertes se tient appuy\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une boutique dont les vitres ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des plaques d\u2019agglom\u00e9r\u00e9. Il regarde ce qui se passe dans la rue. \u00c0 quelques m\u00e8tres de lui, sur le trottoir, un homme est assis et fume une cigarette. 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