{"id":160193,"date":"2024-07-03T23:53:21","date_gmt":"2024-07-03T21:53:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=160193"},"modified":"2024-07-04T08:44:41","modified_gmt":"2024-07-04T06:44:41","slug":"anthologie-12-et-13-passant-par","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-et-13-passant-par\/","title":{"rendered":"#anthologie #12\u00a0 et #13 | passant par"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sortir de la petite gare par une porte cintr\u00e9e orn\u00e9e de briques rouges entre deux panneaux d\u2019azulejos face aux tables et fauteuils verts d\u2019un caf\u00e9, traverser, m\u2019y attabler, sortir du sac la petite plaquette prise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du comptoir de l\u2019h\u00f4tel ce matin, arriver \u00e0 demander un chocolat, tenter de comprendre le plan succinct et r\u00e9aliser qu\u2019un peu plus loin, sur la droite, un car vient de d\u00e9marrer\u2026 Je murmure un \u00ab&nbsp;merde&nbsp;\u00bb et le rire du gar\u00e7on d\u00e9bout \u00e0 la porte du caf\u00e9 y r\u00e9pond. Je tente de mimer l\u2019id\u00e9e de loin et il me r\u00e9pond que \u00ab&nbsp;non ce n\u2019est pas tr\u00e8s loin&nbsp;\u00bb. Il me pr\u00e9cise que bien s\u00fbr Sintra j\u2019y suis d\u00e9j\u00e0 mais que ce que je veux&nbsp; voir, le ch\u00e2teau, oui ce n\u2019est pas bien loin et je lui demande o\u00f9 il habitait \u00e0 Paris \u00ab&nbsp;La Courneuve&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;ah moi le P\u00e8re Lachaise&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;suivez la route ou la rue l\u00e0\u2026 \u00e7a descend un tout petit peu et au rond-point d\u00e9j\u00e0 vous verrez les deux tours des cuisines au dessus des arbres&nbsp;\u00bb. Je le remercie, installe l\u2019anse de mon panier sur mon \u00e9paule et m\u2019en vais les yeux en mouvement. De Sintra je garderai le souvenir d\u2019un soleil merveilleux venant apr\u00e8s la pluie de la veille sur Lisbonne,&nbsp; des courbes descendant dans la verdure jusqu\u2019au centre, des boutiques et de leurs poteries comme partout, des hordes de touristes, de ces deux longs \u00e9pis de ma\u00efs blancs qui sont des chemin\u00e9es, de ma honte en me trouvant proche d\u2019un groupe de Fran\u00e7ais en voyage organis\u00e9; de leur vulgarit\u00e9 et de leur arrogance, de la gentillesse d\u2019un gardien et du gar\u00e7on de caf\u00e9 que j\u2019ai retrouv\u00e9 pour discuter de tout et de rien&nbsp; en mangeant une omelette de pommes de terre&nbsp; en d\u00e9but de soir\u00e9e avant de reprendre le train pour Lisbonne\u2026 et vaguement de la beaut\u00e9 des pi\u00e8ces du palais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De Venise je ne peux dire que je ne retiens que l\u2019arriv\u00e9e, les splendeurs, des d\u00e9liquescences, de la paix et du charme des campi dont elle constitue l\u2019ouverture me l\u2019interdisant, ne peux dire donc que je ne retiens que le r\u00e9veil dans le train de nuit, du jour se levant au del\u00e0 de la fen\u00eatre devant lequel j\u2019\u00e9tais \u00e0 plat-ventre dans un de ces minuscules espaces personnels&nbsp; des trains de nuit de seconde classe \u00e0 l\u2019existence \u00e9ph\u00e9m\u00e8re dans les ann\u00e9es 1990, et de l\u2019\u00e9merveillement de l\u2019accueil, l\u2019embrassement de la ville en d\u00e9bouchant sur le quai-parvis\u2026 les gens assis sur les marches, le canal, comme si un tapis-volant d\u00e9collant depuis la place sous la tour de la gare \u00e0 Paris m\u2019avait d\u00e9pos\u00e9e l\u00e0, un peu \u00e9tourdie, intens\u00e9ment ravie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la premi\u00e8re errance dans les rues depuis l&rsquo;h\u00f4tel, errance limit\u00e9e par la crainte de me perdre dans les rues de Bruges dans laquelle ne suis arriv\u00e9e que ce matin, apr\u00e8s le temps dont je ne connais la dur\u00e9e, puisqu&rsquo;elle ne comptait pas, pass\u00e9 \u00e0 marcher, m&rsquo;arr\u00eater, rester en contemplation, reculer un peu, avancer jusqu&rsquo;\u00e0 presque humer le bois, la peinture, repartir, passer rapidement devant une \u0153uvre, me bloquer \u00e0 nouveau devant une autre, revenir lire les cartels en tentant de les comprendre et renon\u00e7ant \u00e0 retenir les noms sauf les plus c\u00e9l\u00e8bres bien entendu dans les salles presque vides, j&rsquo;ai pass\u00e9 la grille fermant la cour du Mus\u00e9e Groeninge et suivi derri\u00e8re un couple taiseux, un peu vo\u00fbt\u00e9, la rue \u00e9troite entre les murs de briques d&rsquo;un rouge d\u00e9color\u00e9, d\u00e9passant une boutique, quelques maisons aust\u00e8res et d\u00e9bouchant dans la clart\u00e9 du Dijver, la rue&nbsp; pav\u00e9e presque large, la promenade sous les arbres, les marcheurs qui \u00e0 cette heure et en cette saison ne sont pas tous des touristes | un homme pench\u00e9 sur-la roue de son v\u00e9lo, des gamins, sacs au dos, accroupis pour jouer aux billes, du moins je le pense, une famille assise en rond sur le sol, autour d&rsquo;un panier d&rsquo;o\u00f9 ils tirent sandwichs, bouteilles de jus de fruit, chips \u00e0 quelque m\u00e8tres du canal |ce canal vers lequel je vais, m&rsquo;arr\u00eatant devant un grand plan vertical, dress\u00e9 entre deux des petits plots reli\u00e9s par des chaines qui forment la seule barri\u00e8re nous s\u00e9parant de l&rsquo;eau verte qui attire mes yeux vers la longue barque arr\u00eat\u00e9e contre un ponton de bois longeant les fa\u00e7ades des maisons d\u2019en face, ponton que suivent quelques silhouettes pr\u00eates \u00e0 embarquer, des touristes finalement, descendus&nbsp; par un escalier de pierre d&rsquo;un pont qui traverse un peu plus loin sur la gauche le canal, pont vers lequel je vais suivant la promenade qui s&rsquo;amenuise, devient simple trottoir bord\u00e9 maintenant par un muret de briques ternes somm\u00e9 de pierres sur lequel sont accoud\u00e9es deux femmes. Je croise ou je suis des petits groupes, des passants isol\u00e9s, portant presque tous les courtes doudounes de couleurs vari\u00e9es qu&rsquo;impose ce printemps un peu aigre.Un peu avant le pont nous sommes rejoints par une femme et des fillettes portant cartables traversant sur des bandes blanches peintes la chauss\u00e9e de petits pav\u00e9s. Je suis ralentie puis bloqu\u00e9e par des femmes nez sur leur t\u00e9l\u00e9phone que je finis par d\u00e9passer en marchant sur la rue, leur lan\u00e7ant un regard de reproche qu&rsquo;elles ne voient pas, reprenant pied sur notre bout de trottoir face \u00e0 la tr\u00e8s belle fa\u00e7ade blanche orn\u00e9e de moulures et sculptures peintes d&rsquo;un gris tr\u00e8s clair qui fait l&rsquo;angle du canal et de la rue qui part dans le prolongement du pont, rue&nbsp; que j&#8217;emprunte en d\u00e9passant la br\u00e8che ouverte pour l&rsquo;escalier dans le muret \u00e0 cot\u00e9 de laquelle un homme debout, coinc\u00e9 entre une table et le mur, encaisse le montant de la promenade en bateau. La rue, assez courte, bord\u00e9e d&rsquo;une rang\u00e9e de voitures, avance entre des fa\u00e7ades de briques ou peintes de blanc ou de tons pastels, quasi vide, vers une rue perpendiculaire, un peu plus large, au coin de laquelle un groupe important \u00e9coute, sous une statue qui semble suspendue au-dessus d&rsquo;eux, install\u00e9e dans le coin coup\u00e9 de la fa\u00e7ade, un homme en blouson rouge qui parle avec de&nbsp; grands gestes, sans doute un guide ; le long du trottoir d&rsquo;en face un restaurant italien, \u00e0 l&rsquo;apparence cossue est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment ferm\u00e9, tout comme l&rsquo;\u00ab&nbsp; Ap\u00e9ro-Tapas&nbsp; \u00bb qui le suit et devant lequel des sacs de pomme de terre sont en attente mais contrairement au \u00ab&nbsp; de verbeelding&nbsp; \u00bb qui aligne, derri\u00e8re de longues tables de bois sous lesquelles sont rang\u00e9s des tabourets de fer, de larges fen\u00eatres donnant sur une salle vide mais \u00e9clair\u00e9e dont la porte est ouverte. J&rsquo;entre, je tourne sur moi-m\u00eame, cherchant une pr\u00e9sence, j&rsquo;appelle mais en vain, je continue en suivant une femme, nous d\u00e9passons un groupe de gens appuy\u00e9s contre un mur face \u00e0 un homme qui porte sur une \u00e9paule un petit fanion belge, plus loin enfin une boulangerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">PS ma promenade dans Bruges me servira de #13<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sortir de la petite gare par une porte cintr\u00e9e orn\u00e9e de briques rouges entre deux panneaux d\u2019azulejos face aux tables et fauteuils verts d\u2019un caf\u00e9, traverser, m\u2019y attabler, sortir du sac la petite plaquette prise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du comptoir de l\u2019h\u00f4tel ce matin, arriver \u00e0 demander un chocolat, tenter de comprendre le plan succinct et r\u00e9aliser qu\u2019un peu plus loin, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-et-13-passant-par\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #12\u00a0 et #13 | passant par<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6375,6410,6056],"tags":[5930,3523,6424,3084,842,6420,6423,1702],"class_list":["post-160193","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-12-claude-simon-14-villes","category-13-claude-simon-3983-signes","category-cycle-ete-2024","tag-crayonsdecouleur","tag-ville-2","tag-boutisur","tag-canal","tag-gare","tag-ouristes","tag-pamais","tag-quai"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/160193","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=160193"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/160193\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=160193"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=160193"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=160193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}