{"id":160245,"date":"2024-07-04T09:24:11","date_gmt":"2024-07-04T07:24:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=160245"},"modified":"2024-07-04T09:24:43","modified_gmt":"2024-07-04T07:24:43","slug":"anthologie-11-allivet-bouvain-en-745-mots","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-11-allivet-bouvain-en-745-mots\/","title":{"rendered":"#anthologie #13 Allivet Bouvain en 745 mots"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans le vaste parc ouvert au public il y a une mare avec un ilot central. Dimanche dernier un h\u00e9ron gris se tenait sur une branche morte. Il \u00e9tait vo\u00fbt\u00e9, il avait l\u2019air vieux. Le chien tenu en laisse, un jeune \u00e9pagneul breton crois\u00e9 setter anglais, ne l\u2019a pas d\u00e9rang\u00e9. L\u2019oiseau se tenant immobile au-dessus de l\u2019eau, le chien n\u2019a pas d\u00e9tect\u00e9 de mouvement. D\u2019habitude les h\u00e9rons vont par paire ou par couple\u00a0; comment savoir s\u2019ils forment paire ou couple\u00a0? Ils arrivent le cou \u00e9tir\u00e9 se pose comme des parachutes maladroits, repliant leurs ailes, leurs \u00e9chasses cherchant appui sur le sol. Pour un peu, ils tomberaient. Quand la neige recouvre le parc, il n\u2019y a plus de h\u00e9ron. Il n\u2019y a pas non plus de promeneur. L\u2019espace est immens\u00e9ment blanc et blanc aussi vierge que Terre Ad\u00e9lie quand Dumont d&rsquo;Urville la d\u00e9couvrit. On le traverse alors en diagonale pour fouler le sol \u00e0 longues enjamb\u00e9es. La couche de neige est parfois si fine que des fleurs jaunes et des brins d\u2019herbe verte l\u2019hirsutent. Tout est feutr\u00e9 dans ce cocon neigeux. Seuls les pas craqu\u00e8tent. Le chemin empierr\u00e9 fait le tour \u00e0 peu pr\u00e8s circulaire du parc. Il arrive que de la serpentine affleure en surface. Il suffit de la d\u00e9terrer pour tenir dans sa main un joli \u0153uf de pierre verte. A l\u2019entr\u00e9e ouest se trouve une aire de jeux avec un toboggan entour\u00e9 de gravillons. Les enfants les jettent par poign\u00e9es sur la pente inclin\u00e9e qui se met \u00e0 chanter. Inutile de les raisonner\u00a0: toutes les m\u00e8res qui s\u2019y essaient \u00e9chouent. Le petit train bleu jaune rouge n\u2019existe plus. Il a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9, non remplac\u00e9. On devine son emplacement \u00e0 la couche de gravillons plus \u00e9paisse faisant le bonheur des petits mais pas de leurs mamans se tordant les pieds. Depuis peu, la commune a install\u00e9 aux entr\u00e9es est et ouest un d\u00e9vidoir de sacs \u00e0 d\u00e9jections canines trivialement d\u00e9sign\u00e9s de sacs \u00e0 crottes. Deux rouleaux de sachets noirs sont superpos\u00e9s au-dessus d\u2019une poubelle en m\u00e9tal trou\u00e9. Le plus souvent, les d\u00e9vidoirs sont vides. Plusieurs \u00e9t\u00e9s de s\u00e9cheresse sont venus \u00e0 bout d\u2019un sapin d\u2019Andalousie plus que centenaire. Une petite fille d\u00e9posait une offrande de fleurs de branchouilles ou de petits cailloux chaque fois qu\u2019elle passait devant. Et elle lui parlait. Elle a pleur\u00e9 quand elle a vu l\u2019arbre \u00e0 terre. Les arbres morts ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des essences adapt\u00e9es aux \u00e9pisodes de fortes chaleurs et leur r\u00e9sistante au sec, ch\u00eanes pubescents arbres de Jud\u00e9e pins blancs de Provence ou pins maritimes. Pour tenir droits ils sont attach\u00e9s \u00e0 grands renforts de cordes \u00e0 de hauts piquets en bois. Leurs pieds disparaissent sous les herbes profitant de la terre nouvellement retourn\u00e9e. Un homme se tient immuablement debout sous les arbres \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un banc il n\u2019est jamais assis. Il regarde son t\u00e9l\u00e9phone. Le plus souvent les manches de son pull sont relev\u00e9es sur des tatouages color\u00e9s. Un anneau pend \u00e0 ses oreilles. Il dit bonjour. Un homme avec un avant-bras et une main en plastique tient en laisse un fox terrier hargneux. Il a tenu la maison de la presse avec sa femme. Ils ont divorc\u00e9. Il a quitt\u00e9 la boutique. Deux dames se prom\u00e8nent avec leur b\u00e2ton de marche nordique, veste polaire, chaussures de randonn\u00e9e. Elles parlent beaucoup. Un troupeau de poussettes sur le chemin, des enfants en bas-\u00e2ge accroch\u00e9s aux montants et \u00e0 leur doudou. Trois jeunes nounous discutent. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019un grillage trou\u00e9 et rapetass\u00e9 des poneys pr\u00e9historiques ont toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0 rustiques et poilus comme des mammouths. <em>Interdit de leur donner de la nourriture <\/em>lit-on sur une pancarte.Les gens apportaient du pain sec. \u00c7a les rend malades. Dans le clos o\u00f9 se trouvent les chevaux miniatures, il y a une mare \u00e0 moiti\u00e9 ass\u00e9ch\u00e9e. Sauf quand il pleut. Les grenouilles ont depuis longtemps disparu. Des arbres sont tomb\u00e9s, branches cass\u00e9es. Tout \u00e7a forme un grand embarras dans ce bassin ma\u00e7onn\u00e9. Des canards colverts fanfaronnent. Les canes cancanent. Les coureurs du dimanche en groupe ou solitaires vous fr\u00f4lent tout en sueur. La semaine, les pompiers courent \u00e0 un rythme plus soutenu. On aper\u00e7oit les voitures rouges gar\u00e9es le long du mur. Chaque \u00e9t\u00e9, une cohorte de caravanes envahit le parc. Les gens du voyage s\u2019installent pour un temps. Ils se branchent sur la borne \u00e0 incendie qui d\u00e9gueule. Les bacs \u00e0 poubelle aussi. On \u00e9vite de traverser le parc quand il est occup\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le vaste parc ouvert au public il y a une mare avec un ilot central. Dimanche dernier un h\u00e9ron gris se tenait sur une branche morte. Il \u00e9tait vo\u00fbt\u00e9, il avait l\u2019air vieux. Le chien tenu en laisse, un jeune \u00e9pagneul breton crois\u00e9 setter anglais, ne l\u2019a pas d\u00e9rang\u00e9. L\u2019oiseau se tenant immobile au-dessus de l\u2019eau, le chien n\u2019a <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-11-allivet-bouvain-en-745-mots\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #13 Allivet Bouvain en 745 mots<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":160,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6410,6056],"tags":[],"class_list":["post-160245","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-13-claude-simon-3983-signes","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/160245","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/160"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=160245"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/160245\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=160245"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=160245"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=160245"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}