{"id":160668,"date":"2024-07-05T22:43:50","date_gmt":"2024-07-05T20:43:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=160668"},"modified":"2024-07-05T22:43:52","modified_gmt":"2024-07-05T20:43:52","slug":"anthologie-08-every-wall-is-a-door","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-08-every-wall-is-a-door\/","title":{"rendered":"#anthologie #08 | Every wall is a door"},"content":{"rendered":"\n<p>Je n&rsquo;allais l\u00e0 que pour l&rsquo;aimer, dans le secret et la peur. La chambre \u00e9tait sordide. Elle n\u2019avait pas de fen\u00eatre. La porte donnait sur un long couloir qui d\u00e9bouchait sur deux rues, une pour chacun de nous. Je l\u2019attendais. Nous \u00e9tions hors du langage. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du lit \u00e9troit, sur presque toute la hauteur du mur, jusqu\u2019au sol, une tenture faisait face. Dans la paix qui suivait l&rsquo;extase, je la fixais. Les couleurs \u00e9taient pass\u00e9es. Je ne parvenais pas \u00e0 d\u00e9crire le motif en moi. Il y avait quelque chose qui foisonnait, des plis. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 repartie. J\u2019attendais encore. Elle n\u2019est plus venue. J\u2019\u00e9tais couch\u00e9 sur le lit. Mon regard \u00e9tait dans le vide. Elle \u00e9tait devant la tenture&nbsp;: sombre sa peau et son delta encore plus sombre, parfaitement au centre. C\u2019est l\u2019image qui reste. Je suis revenu encore une fois, je ne me suis pas approch\u00e9 du lit. J\u2019ai soulev\u00e9 la tenture. Une porte de bois. J\u2019ai soulev\u00e9 le loquet. Derri\u00e8re, il y avait encore le mur.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;habite contre le plafond. Un escalier de la chambre m\u00e8ne \u00e0 ce plateau pr\u00e8s du plafond. \u00c0 genoux, mon cr\u00e2ne fr\u00f4le les poutres. Il y a un lit, je dors. Sur trois c\u00f4t\u00e9s le mur, blanc. Les fen\u00eatres toujours sont ouvertes. Je vois la nuit sans voir la rue, m\u00eame pendant l&rsquo;hiver, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or et. L&rsquo;air est serr\u00e9. Quelques dessins faits par des enfants sur le mur, \u00e0 m\u00eame le mur, \u00e0 m\u00eame la peinture. Je suis couch\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 vers lequel je dors, mais je ne dors pas. Je reconnais le r\u00eave, rapide, profond. Je sais ce qu&rsquo;il y est. Ceci n&rsquo;est pas du r\u00eave. Ce n&rsquo;est pas de la veille, c&rsquo;est un espace \u00e9troit entre les deux. Je le sais en y \u00e9tant, je sais que je ne r\u00eave pas, je sais que je ne suis pas \u00e9veill\u00e9. De mes yeux, je vois une porte. Sur le mur. Et alors cette porte, je m&rsquo;avance vers elle, je suis debout maintenant. J&rsquo;ouvre la porte et j&rsquo;entre. Il y a un \u00e9tage, tout un \u00e9tage, un \u00e9tage plus vaste que l&rsquo;immeuble o\u00f9 j\u2019habite. Un \u00e9tage qui n&rsquo;est ni l&rsquo;\u00e9tage que je connais, ni l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur. Il y a des pi\u00e8ces, il y a beaucoup de pi\u00e8ces. Je passe entre elles. C&rsquo;est un labyrinthe lent. Il s\u2019\u00e9tend \u00e0 mesure que je le parcours. Et je rencontre des \u00eatres. Des \u00eatres multiples. Nulle parole. Nous nous comprenons sans. Avant de nous regarder. Je marche encore. Je marche tr\u00e8s longtemps, je m&rsquo;arr\u00eate, je repars, je marche, j&rsquo;ouvre des portes, je m&rsquo;assois dans des cabinets tapiss\u00e9s de livres. Je lis les titres de tous les livres. J&rsquo;en prends un, je l&rsquo;ouvre, il y a des images, je regarde les images, j&rsquo;entre dans les images. Je sors, le temps passe. Il y a des heures et des heures. Il y a des jours sans que j\u2019aie besoin de dormir. Il n&rsquo;y a pas la lumi\u00e8re du jour ici. Un seul instant est pass\u00e9 quand je reviens. Je suis allong\u00e9, fixant le mur&nbsp;: seulement les traits des dessins d\u2019un enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>La paroi s\u00e9parant de l&rsquo;ancienne boucherie est mince. J&rsquo;entends des voix. Celle d&rsquo;un homme avec l\u2019accent tra\u00eenant du Sud. Celle d&rsquo;une femme. Je ne les entends que dans l\u2019affrontement. Celle de l&rsquo;homme devient plus aigu\u00eb, plus rapide, d\u00e9sempar\u00e9e. Celle de la femme monte dans la gorge, explose. Ce sont des expos\u00e9s, des disputes, ce sont des remontrances. Des mots sont jet\u00e9s d\u2019un visage invisible \u00e0 l\u2019autre. Le matin quand je suis encore \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du r\u00eave. Souvent le soir. \u00c0 l&rsquo;improviste. Cela est assez fort pour me d\u00e9ranger. Mais m\u00eame en approchant mon oreille de la cloison, je ne peux distinguer les mots, seulement le ton&nbsp;: col\u00e8re, frustration, l&rsquo;eau qui surpasse le barrage. Au craquement, je n&rsquo;ai pas boug\u00e9 de ma chaise et j\u2019ai oubli\u00e9. Je me suis approch\u00e9 plus tard de l&rsquo;armoire qui est contre le mur. Dedans, des ann\u00e9es de temps. L&rsquo;hiver des manteaux, les vestes de lin des canicules. le costume d&rsquo;un mariage, une veste mise une fois seulement pour un enterrement, des v\u00eatements achet\u00e9s pour les enfants et trop grands encore les pardessus et les imperm\u00e9ables donn\u00e9s par un homme avant qu&rsquo;il ne devienne une femme. En ouvrant la porte, je me suis souvenu de ce bruit brusque et sec du matin. La barre de la penderie \u00e9tait tomb\u00e9e, r\u00e9v\u00e9lant sur le fond de l&rsquo;armoire une porte. Jamais je n&rsquo;avais eu de l&rsquo;armoire. Ce. Jamais je n&rsquo;avais vu la porte. J&rsquo;ai tir\u00e9 les habits sur le carrelage, ils se sont \u00e9tal\u00e9s, ils se sont m\u00eal\u00e9s comme les ann\u00e9es, Il y a l\u00e0, probablement d\u00e9j\u00e0 le costume&nbsp;dont on me rev\u00eatira avant que je sois jet\u00e9 au four ou \u00e0 la fosse. L&rsquo;armoire vide, je suis entr\u00e9. J&rsquo;ai \u00e0 peine d\u00fb baisser la t\u00eate, me courber l\u00e9g\u00e8rement comme je serai courb\u00e9 par l&rsquo;\u00e2ge J&rsquo;ai ouvert la porte et j&rsquo;ai fait un pas. J\u2019\u00e9tais dans une pi\u00e8ce vide. Un enfant \u00e9tait assis par terre, seul. Il me regardait et il ne parlait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais encore je n&rsquo;avais touch\u00e9 une femme. D\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e, sur une vitrine l\u2019impact d\u2019une balle En montant dans le bus, le chauffeur nous avait dit de ne pas payer les billets. Au grand mus\u00e9e les salles \u00e9taient vides de visiteurs. Les gardiens s&rsquo;assemblaient avec leur chaise en cercle et les salles \u00e9taient abandonn\u00e9es. Je me suis approch\u00e9 d&rsquo;une statue. Ceux qui m&rsquo;accompagnaient lisaient patiemment le guide arch\u00e9ologique. J&rsquo;ai pos\u00e9 ma main sur le bronze qui n&rsquo;\u00e9tait pas si froid dans cette journ\u00e9e de printemps, c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois. J\u2019ai ressenti, j&rsquo;ai compris directement. Il y avait autre chose d\u00e9passait le doute. J&rsquo;ai continu\u00e9. Je posais ma main sur les tableaux, les dessins, les photographies. Jamais on ne me surprenait. Ce n&rsquo;est pas simplement sentir le relief de la peinture ou l&rsquo;\u00e9paisseur du pastel sous les doigts. Je touche l&rsquo;image. L&rsquo;image se donne. J&rsquo;ai appris \u00e0 toucher un mur, un mur quelconque. \u00c0 accueillir l\u2019espace de son silence. Mes murs de b\u00e9ton sale. Murs de tuf d\u00e9j\u00e0 rang\u00e9s par les pluies. Murs de briques. Je parcours la ville ainsi. De temps en temps mon bras, tr\u00e8s lentement, plus lentement que je ne marche, s&rsquo;\u00e9carte de mon corps jusqu\u2019\u00e0 rencontrer. J&rsquo;explore la ville, j&rsquo;en sais une autre forme. Hier, c&rsquo;\u00e9tait la nuit, la nuit avanc\u00e9e. Il y avait une lumi\u00e8re crue, forte, dans la pi\u00e8ce o\u00f9 je vis. Le mur, je le connais trop bien. Je ne le touche pas. Il y a une phrase sur ce mur. Un rectangle de carton que l&rsquo;on m&rsquo;a envoy\u00e9 dans une enveloppe et sur l&rsquo;enveloppe, il y avait mon nom. Dans le rectangle de carton, il y a d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, vers le mur, des mots d&rsquo;amiti\u00e9 et de l&rsquo;autre, une phrase imprim\u00e9e. Ce rectangle sur le mur, je ne le vois plus. Mes yeux passent. Il est l\u00e0 sans que mon regard s&rsquo;arr\u00eate. Hier, j&rsquo;ai approch\u00e9 ma main du rectangle de carton. Je l&rsquo;approchais tr\u00e8s lentement, avec une l\u00e9g\u00e8re inqui\u00e9tude, ma main s\u2019est approch\u00e9e. \u00c0 peine touch\u00e9 le carton, la main s&rsquo;est enfonc\u00e9e. Les yeux \u00e9taient ferm\u00e9s. La main s\u2019est enfonc\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait non pas une r\u00e9sistance, mais au contraire. Comme si le mur \u00e9tait encore moins dense que l&rsquo;air. La main a commenc\u00e9 \u00e0 tourner, s&rsquo;enfoncer, reculer. Main de derviche, de danseuse, de guerrier. Lentement, j&rsquo;ai retir\u00e9, j&rsquo;ai ramen\u00e9 le bras vers l&rsquo;air d\u00e9j\u00e0 frais. Je suis pass\u00e9 dans l&rsquo;autre pi\u00e8ce, j&rsquo;ai ouvert la porte. Et sorti, je l&rsquo;ai ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;allais l\u00e0 que pour l&rsquo;aimer, dans le secret et la peur. La chambre \u00e9tait sordide. Elle n\u2019avait pas de fen\u00eatre. 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