{"id":16108,"date":"2019-10-20T18:23:27","date_gmt":"2019-10-20T16:23:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=16108"},"modified":"2019-10-20T18:23:28","modified_gmt":"2019-10-20T16:23:28","slug":"accelerations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/accelerations\/","title":{"rendered":"Acc\u00e9l\u00e9rations"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il sent le froid de la pierre sur ses fesses\nnues, il aime se lever t\u00f4t, il reste l\u00e0 \u00e0 contempler &nbsp;les dalles sombres de la terrasses, un chemin\nmagique jusqu\u2019au citronnier, \u00e9norme, charg\u00e9 de fruits lourds, entre les dalles\nde schistes, les fourmis sont d\u00e9j\u00e0 au travail, une longue procession, il attend\nqu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent les secrets du sous-sol, des secrets bien gard\u00e9s, par un\nserpent parait-il, le m\u00eame qui tra\u00eene du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019arbre, il se cache dans ses\nracines , c\u2019est s\u00fbr, plus il regarde plus les racines bougent et s\u2019enlacent, il\naimerait voir \u00e7a de plus pr\u00e8s mais la chaleur, mais la peur de ne plus revenir\ntout \u00e0 fait \u00e0 la m\u00eame place, des claquements de sabots, l\u00e9gers, des caresses de\ngranit, il sourit, il attend mais il sait qui arrive, elle l\u2019a entendu, elle\nviendra se frotter contre lui, elle n\u2019a pas de nom, seulement la ch\u00e8vre noire\net blanche et il se r\u00e9veillera tout \u00e0 fait. Il a quatre ans et la guerre a\ncommenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[<em>Souvenir d\u2019enfance, peut-\u00eatre le plus net. Une m\u00e9moire d\u2019exil aussi. Je ne suis s\u00fbr de rien sauf des sensations de chaleur et de la ch\u00e8vre. Un temps d\u2019Alger,\u00a0 un peu avant un d\u00e9part que j\u2019ai compris plus tard. Une maison, celle de l\u2019enfance .Derri\u00e8re les deux fen\u00eatres, un grand citronnier, deux bananiers, un figuier et un abri pour la ch\u00e8vre. Balais pr\u00e8s du rebord. La pi\u00e8ce est peinte en blanc, c\u00f4t\u00e9 \u00e9vier et en jaune c\u00f4t\u00e9 cellier. Sur la porte est accroch\u00e9 un panier \u00e0 commission en paille souple. Aucune gravure, seulement le calendrier des PTT avec des photos de chats sur le frigo.\u00a0 Cuisine assez sombre mais fra\u00eeche l\u2019\u00e9t\u00e9. Au plafond blanc, un n\u00e9on sur la longueur. Il clignote avant de s\u2019allumer. Des tue-mouches pendent.\u00a0 Avant le repas, sur la table, une nappe <\/em>jaune avec des olives dessin\u00e9es et des cahiers d\u2019\u00e9coliers et des livres de le\u00e7ons. <em>Phrases de l\u2019homme du texte de Claude- Louis Combet \u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0L\u2019ordre de la m\u00e9moire n\u2019est pas celui de l\u2019histoire\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0I<em>l y a chez cet homme que l\u2019on veut bien croire en marche mais qui est surtout en fuite<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0 <em>Rien n\u2019est jamais dit de ce qu\u2019il fallait dire\u00a0\u00bb<\/em> ]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vent s\u2019est lev\u00e9. Ouverture, fermeture. Bureau ou sac\u00a0? Bureau, la t\u00eate de punk en bois et crayons de couleurs hoche la t\u00eate en rythme sur le dernier Bowie, l\u2019ultime, couverture blanche avec cette \u00e9toile noire au milieu. Un l\u00e9ger clic. Les deux stylos d\u2019humeur changeante, ce sera le bois d\u2019olivier, pour le vent et le bruissements des feuilles, d\u2019autres bruissements d\u2019Aulnes et de Charmes le long du Danube. Il m\u2019avait offert cette bo\u00eete en aurevoir de cette rencontre surprenante, avec une carte de visite vierge et un seul mot \u00ab\u00a0Schriftsteller\u00a0\u00bb. Je l\u2019avais remis\u00e9e, mes stylos \u2013 d\u2019autres, anonymes- \u00e9taient enferm\u00e9s dans une trousse souple rouge, un autre cadeau-. J\u2019ai perdu la trousse rouge et r\u00e9ouvert la bo\u00eete en fer avec cet unique message, longtemps apr\u00e8s.[ <em>un entre deux, les deux objets racontent des p\u00e9riodes distinctes, de vie et d\u2019\u00e9criture, chansons et textes. Seul le lieu est le m\u00eame\u00a0: Marseille. Le Danube esquisse une autre histoire qui n\u2019a jamais commenc\u00e9e, presqu\u2019une absence de lien<\/em>.] R\u00e9surgence, p\u00e9riode de l\u2019\u00e9criture et de la sc\u00e8ne, la trousse\/passer marcher violence\/ne plus rien faire\/ne plus rien dire\/ caresses d\u2019un instant\/ automatique\/ p\u00e9riode de l\u2019\u00e9criture et de l\u2019urgence\/de la n\u00e9cessit\u00e9, la bo\u00eete en fer blanc\/ tu dis vagues\/et je m\u2019\u00e9vade\/ sans horizons\/sans rien\/nu de sel\/nu d\u2019entraves\/ sans horizons\/sans rien.[ Juxtaposition des textes des chansons\u00a0: passer marcher violence et des po\u00e8mes\/fragments qui viendront apr\u00e8s]Crissements l\u00e9gers sur la feuille blanche qui colle un peu sous cette chaleur d\u2019\u00e9t\u00e9, le carnet bleu transpire lui aussi, malgr\u00e9 le ventilateur qui ronronne. Parfum de sueur, d\u2019effluves de mer, l\u00e9ger go\u00fbt de sel sur la peau, une caresse apprivois\u00e9e sur le renflement du stylo, celui-l\u00e0 ne se mordille pas, le bois est trop dur. Digression de l\u2019\u00e9trange, une patte de crabe contre ma peau craquel\u00e9e et des mots qui sautent, s\u2019emm\u00ealent, traces dansantes sur une page vierge, les langages du corps. Ripe, r\u00e2pe et \u00e7a d\u00e9rape\/ clich\u00e9s\/photos\/ arr\u00eat sur image\/ flou \/ralenti\/ le mur du rien\/ ruelles surexpos\u00e9es\/ couleurs blanches\/ neutres\/ lumi\u00e8res\/ spots\/ projecteurs\/ poses\/ pauses. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lumi\u00e8re \u00e9clatante dans ce matin d\u2019\u00e9t\u00e9. Une phrase\nde Lou Reed&nbsp;:\u00ab&nbsp; L\u2019avenir est tellement \u00e9clatant que je mets mes\nlunettes noires&nbsp;\u00bb d\u00e9rision matinale, just rock and roll.&nbsp; Le bureau tourne le dos \u00e0 la\nfen\u00eatre\/presqu\u2019une baie\/, ne pas voir le Garlaban au loin embrum\u00e9 de nuit, ne\npas entendre les cris d\u2019enfants qui se r\u00e9veillent dans les maisons qui jouxtent\nl\u2019immeuble, concentration sur le mur blanc orn\u00e9 de dessins et d\u2019aquarelles\/ma\npr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, un homme au regard trouble au regard double, noir et mauve\/ d\u2019une\nvieille affiche\/le Star tour cabaret\/ les vitres un peu sales\/il faudrait les\nlaver\/ renvoient les reflets de vie, miroirs menteurs, un m\u00e9lange fou d\u2019ailleurs,\nd\u2019avant, de pr\u00e9sent, se raccrocher aux souvenirs, en pr\u00e9parer d\u2019autres. Un bar\nsans nom seulement pour dire bonsoir, les mots s\u2019\u00e9crasent comme des figues\nm\u00fbres sur les vitres sales, une conversation banale. Nous aurons des matins\nd\u2019ours gris. Une chanson de Mina \u00ab&nbsp;Pasion&nbsp;\u00bb fait vibrer l\u00e9g\u00e8rement\nles carreaux, une escale \u00e0 Lisbonne, le silence du temps pass\u00e9, des palmiers\nendormis sous des brumes, l\u2019enfance encore au garde \u00e0 nous. Il ne peut \u00eatre dit\ndeux fois la m\u00eame chose, entre-temps, une ride , un silence est pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un lit rouge dans une chambre blanche, enti\u00e8rement , sans traces sans rien, un homme jeune passe tr\u00e8s vite, pose un oreiller, referme la porte. Il laisse l\u00e0 la nuit.\u00a0 <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arr\u00eat 25 rue Jean Roque, impasse entre deux rues, immeuble rose aux volets verts. Premier \u00e9tage,\u00a0 appartement en U, vagabondages de couleur,\u00a0 porte bleue chambre, rouge salle de bain, jaune cuisine, verte deuxi\u00e8me chambre, neutre toilettes, tomettes rouges partout, brillantes ou ternes,\u00a0 murs blancs affiches de Querelle, Sid Vicious, Clash, Taxi Girl.\u00a0 Marseille se d\u00e9roule, partition de limonaire, grillag\u00e9e de noir et blanc. Briata de sombres orages, pluie de d\u00e9luge sur cette rue, sale des pas accumul\u00e9s sans cesse et sans l\u00e9gende. Les gal\u00e9riens encha\u00een\u00e9s aux fa\u00e7ades aveugles, des amours en vrac, une odeur de pisse, mais la mer. Entendre la respiration de la nuit, un souffle profond, enfoui. Marseille vieille b\u00eate asthmatique, une terre mouvante, masqu\u00e9e de bitume, une matrice folle. Faire ces voyages de nulle part au bord des quais d\u00e9serts, aucun bateau en partance\u00a0; il n\u2019 y a plus d\u2019urgence.[<em> ce lieu est symbolique et structurant d\u2019une autre mani\u00e8re d\u2019aborder l\u2019\u00e9criture, ce n\u2019est plus celle de la sc\u00e8ne mais celle qui continue une respiration, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde comme derri\u00e8re un miroir sans tain, une \u00e9criture qui vient apr\u00e8s la mort, pour purger sa col\u00e8re, pour ne pas sombrer dans un \u00e9tat d<\/em>e stase. Etre au monde mais autrement, sans urgence]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Glissades et roulades, les orphelins du d\u00e9luge se noient sur les pav\u00e9s glissants de la cit\u00e9 flamande \u00e0 4 h du matin les pas incertains qui clignent des yeux sous le r\u00e9verb\u00e8res \u00e0 peine des lueurs, regarde ses pieds et ces godasses si neuves et rutilantes, anti d\u00e9rapantes et pourtant \u00e7a glisse, sous les pav\u00e9s, il y a ce sable mouill\u00e9 qu\u2019on arrive pas \u00e0 retenir tellement il glisse entre les doigts, les doigts du matin froid et humide,\u00a0 ceux des pieds qui se d\u00e9p\u00eachent de faire se bruit qui claque comme celui des sabots des chevaux, se sentir vivant dans ce bruit rythm\u00e9 et furtif qui te monte dans tous le corps pour finir aux mains qui s\u2019agitent pour se r\u00e9chauffer et pour marquer le tempo du sol qui te porte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de la nuit, le seuil de la porte coch\u00e8re en marbre us\u00e9, une invitation \u00e0 rentrer, il h\u00e9site, repartir marteler ce sol glorieux de tant de rires, d\u2019impasses et de gerbes, mais le bois de l\u2019escalier, geint \u00e0 n\u2019en plus finir, alors il se d\u00e9cide, la chaleur de l\u2019\u00e9corce polie par des pas incessants, press\u00e9s ou tra\u00eenants, c\u2019est un rythme lent sans bruit celui du sommeil qui vient, reste sur l\u2019asphalte ce bras de bitume en route pour nulle part.[ <em>le sentiment des nuits blanches, o\u00f9 seuls les bruits des pas accompagnent la marche, parfois une marche d\u00e9sordonn\u00e9e ou difficile. Il reste les bruits de la nuit, les musiques de la nuit, des queues de com\u00e8tes, le go\u00fbt de l\u2019alcool, le d\u00e9r\u00e8glement souhait\u00e9, un dernier avant une autre nuit. Souvent d\u00e9rap\u00e9 \u00e0 Lille, dans les bars et sur les pav\u00e9s, orgasmes \u00e0 la lune souvent voil\u00e9e. Sommes jeunes sommes fiers, clin d\u2019\u0153il \u00e0 Daniel Darc]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9racinement. C\u2019est le mot exact quand l\u2019avion d\u00e9colle. Vol\nde nuit un texte qu\u2019il faudrait relire. Bruits de moteurs. Chacun retiens son\nsouffle. Acc\u00e9l\u00e9ration. Le steward parle espagnol, tu penses \u00ab&nbsp;<em>Aux\namants passagers<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e0 cet amant de passage et constant, \u00e0 ce c\u0153ur en\njach\u00e8re qui tourne comme une toupie autour des b\u00e2timents vides. L\u2019atterrissage\nest toujours rude, les roues sautent, la machine grince, la terre est l\u00e0 de\nnouveau, des lumi\u00e8res, des hommes s\u2019agitent, ils vont, ils viennent, ils parlent,\ndans ce th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres. Plong\u00e9e dans un taxi, voiture anonyme conduite par\nune inconnue, \u00e9change de politesse et de silences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des panneaux d\u00e9filent, des noms qui r\u00e9sonnent et ne parlent\npas, des mots muets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019odeur de l\u2019oc\u00e9an, les mouettes arrogantes, le souffle des vagues,\u00a0 le varech et les granits rong\u00e9s. D\u00e9pos\u00e9\u00a0 dans une zone neutre, arbres et containers, arbres et entrep\u00f4ts, carcasses de bateaux et rues d\u00e9sertes. Hall de l\u2019h\u00f4tel \u00e9clair\u00e9, r\u00e9ception discr\u00e8te, chambre vaste, lit douillet, les murs des nouveaux h\u00f4tels ne disent rien, ne pensent rien, ils sont l\u00e0 dans leur ind\u00e9cence typique. [ <em>Une obsession de l\u2019exil, racines itin\u00e9rantes, ne rien retrouver et ne rien vouloir retrouver, un voyage sans escales, une sorte de man\u00e8ge fou, c\u00f4toiement d\u2019inconnus dans des endroits qui se ressemblent tous, des h\u00f4tels standardis\u00e9s, des bo\u00eetes \u00e0 vide]<\/em>On ne remplit pas les souvenirs avec des panneaux lisses. Un matin gris sale, la nuit trompe, la nuit ment, un paysage industriel et l\u2019Oc\u00e9an, brusquement au d\u00e9tour, une mer profonde bleu marine, des bateaux sur le sable, tu avais oubli\u00e9 les mar\u00e9es, tu ne savais plus ces mouvements de la mer. Les couleurs c\u2019est ce qui manque \u00e0 l\u2019exil. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait tendre la main pour\narracher cette part d\u2019enfance qui revient comme un peau douce et tendre. Des\nyeux \u00e9merveill\u00e9s devant une procession de fourmis qui passent sans se presser\nentre les jambes de soldats de plombs qui encombrent une cour l\u00e9g\u00e8rement\nensoleill\u00e9e\/c\u2019est la fin du jour\/ bient\u00f4t le cr\u00e9puscule et les ombres qui\ns\u2019allongent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parlons des ombres, celle qui suivent pas \u00e0 pas , de mani\u00e8re obsessionnelle, chaque \u00eatre, \u00e0 voir l\u2019ombre d\u2019un insecte, un point minuscule, elles attendent et murmurent \u00e0 peine. Le chant des ombres, \u00a0impossible \u00e0 attraper, les chiens deviennent fous \u00e0 courir derri\u00e8re cette tache d\u2019encre qui les poursuit.[ <em>la vie des ombres \u00e9crite dans les Cr\u00e9puscules d\u2019or p\u00e2le\u00a0: Il faut que tu saches que si je suis ton ombre, je ne suis pas n\u00e9 avec toi. Nous les ombres sont vieilles comme l\u2019humanit\u00e9\u2026 je ne vais pas te raconter la vie de tous ceux que j\u2019ai accompagn\u00e9. Sache simplement que quand vous mourez nous ne vous suivons pas. C\u2019est un monde qui nous est ferm\u00e9. Nous avons \u00e0 faire uniquement avec les vivants. Nous sommes une sorte de r\u00e9f\u00e9rence vitale. Il nous faut des corps pleins pour nous refl\u00e9ter\u2026]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des champs \u00e0 perte de vue, la fronti\u00e8re belge \u00e0 port\u00e9e de main, aucune id\u00e9e de la d\u00e9limitation, on disait la fronti\u00e8re c\u2019est par l\u00e0, avec un geste large et impr\u00e9cis, la maison se tenait l\u00e0 seule, b\u00e2tisse de briques rouges aux frises blanches qui lui donnaient un air de ch\u00e2teau. Escaliers de bois, carrelages bleus et blancs au sol, vastes pi\u00e8ces, en bas , en haut, chambre d\u2019enfants, chambre des parents, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sert\u00e9e,\u00a0 baies vitr\u00e9es qui donnaient sur la fronti\u00e8re impr\u00e9cise, la pluie , le gris, des illuminations parfois d\u2019un soleil timide, un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la nostalgie et la fuite. [ <em>Encore un lieu perdu sans fronti\u00e8res ou vague, quelque part l\u00e0-bas, il existe sans exister, une maison d\u00e9j\u00e0 vide m\u00eame habit\u00e9e. Je pourrai parler de lieu de transition ou lieu de masques, enferm\u00e9 dans un jeu social dans lequel je me d\u00e9battais et d\u00e9j\u00e0 les affirmations d\u2019un d\u00e9sir autre, un coming out lib\u00e9rateur, quelque part \u00e0 la fronti\u00e8re de deux vies.]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les dates al\u00e9atoires, des jours de gestes automatiques, des\nregards en arri\u00e8re, des souvenirs \u00e9mergeant, brusques presque violents, quand\non s\u2019y attend le moins. Une contemplation du chemin parcouru et de celui\nencombr\u00e9, inconnu qu\u2019il reste \u00e0 faire. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un 27 septembre de basculement, 77, date disruptive. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer \u00e9tait grise, couleur de mer du nord. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une petite usine recycl\u00e9e en salle de concert. Nous \u00e9tions\nquelques centaines \u00e0 attendre \u00e0 port\u00e9e de main du port d\u2019Anvers, pi\u00e9tinant sous\nle crachin,&nbsp; presque le pogo \u00e0 venir. J\u2019avais\nencore les signes du gar\u00e7on propre sur lui, du fils , du gendre id\u00e9al, du p\u00e8re\nde famille responsable de deux petits gar\u00e7ons. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer \u00e9tait grise , couleur de mer du nord. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les portes s\u2019\u00e9taient ouvertes. Un bar sur la droite, la bi\u00e8re \u00e9tait fra\u00eeche, une sc\u00e8ne encore vide, batterie install\u00e9e, guitare, et basse, r\u00e9glage du son. Un public chamarr\u00e9, cheveux, bleus, rouges, rose, sauf moi. Je regardais tout avec avidit\u00e9. La salle s\u2019est \u00e9teinte, des cris de joie, d\u2019impatience, la sc\u00e8ne s\u2019est \u00e9clair\u00e9e et tout est all\u00e9 tr\u00e8s vite au rythme effr\u00e9n\u00e9 des morceaux bruts des Sex Pistols. \u00c7a sautait dans tous les sens, mannequins stroboscopiques, jusqu\u2019au dernier God save the queen. Aucun rappel. Tout \u00e9tait dit.[ T<em>out est dit\u00a0! I am an antichrist. I am an anarchist. Don\u2019t know what I want, but I know how to get. I wanna destroy passerby]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer \u00e9tait grise, couleur de mer du nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne regarde que ses pieds, que ses godasses montantes, pleines de boue ( il a plu pendant la nuit) le chemin est glissant, des pierres affleurent \u00e7\u00e0 et l\u00e0, il les \u00e9vite soigneusement, autant de pi\u00e8ges, le souffle est au rythme de la terre noire et lourde ( un autre souffle,\u00a0 terre craquel\u00e9e assoiff\u00e9e, mares ass\u00e9ch\u00e9es) impossible de reculer, avance , avance encore, un ravin sur la droite s\u2019\u00e9claire peu \u00e0 peu entre deux falaises sombres encore, la terre satur\u00e9e d\u00e9gorge de petits ruisseaux qu\u2019il enjambe, les herbes se redressent c\u2019est un chemin d\u2019avant oubli\u00e9 dans l\u2019espace des falaises, il s\u2019enfonce dans les bosquets \u00e9teints, des buissons tordus effar\u00e9s de leurs feuilles mortes s\u2019agrippent \u00e0 l\u2019hiver, un bruit d\u2019avion( le B29 ronronnait aussi avant Hiroshima, avant Nagasaki) les chiens n\u2019ont plus cours , la chasse est ferm\u00e9e , seule la lune les fait aboyer, la brume se l\u00e8ve, la terre respire un long souffle majeur, les racines poussent entre ses doigts meurtris, \u00e0 n\u2019entendre que les bruissements profonds de la d\u00e9rive des corp, les ombres claquent sur les murs qui s\u2019\u00e9tirent , escaliers de verre sur les toits du monde, il les monte et les descend\u00a0 esp\u00e9rant des mots qui ouvrent le temps de vivre.[<strong> <\/strong><em>J\u2019ai trouv\u00e9 asile sur les plateaux arides d\u2019une Loz\u00e8re en fuite. Une caravane \u00e0 rideaux orange et blancs. Radeau de fin de semaine o\u00f9 la caresse reprend au milieu des gen\u00eats, des bruy\u00e8res, \u00e0 entendre les pas des deux\u00a0 marteler les plateaux d\u00e9serts <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>hant\u00e9s par les vents acides et les G\u00e9vaudan de nos corps en flamme.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>J\u2019ai jet\u00e9 la Loz\u00e8re apr\u00e8s<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tout chemin est une initiation. Une errance. On abandonne derri\u00e8re soi les rep\u00e8res des heures, des minutes, des conventions. On retire un \u00e0 un tous les masques. Au fil des pas ce n\u2019est pas le m\u00eame temps qui se d\u00e9roule. C\u2019est un corps qu\u2019on sent pr\u00e8s de soi, que l\u2019on caresse du bout des doigts, le mouvement devient somnambule.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Que faire d\u2019autre sur cette voie de granit qui porte toujours notre propre poussi\u00e8re\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les hommes d\u2019avant sur les landes d\u00e9sertes ont consacr\u00e9 leurs univers de leurs incertitudes. Ceux qui trimball\u00e8rent les lourds granits des jours entiers pour les \u00e9riger comme des squelettes de dragons. Ils ont pein\u00e9 comme nous \u00e0 heurter, jusqu\u2019\u00e0 devenir une procession lente, absurde, faite du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre simplement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une contr\u00e9e infest\u00e9e de brigands et de f\u00e9es, de g\u00e9ants et de goules. La t\u00eate en feu, assis sur un sommet balay\u00e9 de vent froid, on devient sa propre solitude, on comprend la fiert\u00e9 de celui qui s\u2019est \u00e9gar\u00e9 loin des clochers de la tourmente. On pactise avec les pierres. On accepte la fin du voyag<\/em>e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le sentier du Mas de la Barque \u00e0 Gourdouze, j\u2019ai pein\u00e9 mais heureux d\u2019\u00eatre l\u00e0, d\u2019accomplir les gestes les plus nus. Au sortir de la for\u00eat, au milieu du chaos granitique, j\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019on pourrait me dire comment poussent les pierres et \u00e7a m\u2019a fait rire, un rire enfin retrouv\u00e9 de l\u2019enfance. Je me suis dit d\u2019aller \u00e0 l\u2019aube pour voir cette pouss\u00e9e min\u00e9rale o\u00f9 d\u2019\u00e9normes galets se chevauchent, s\u2019extirpent de la terre comme si le sol vomissait des mastodontes chim\u00e9riques, livrant au froid et aux chaleurs les t\u00e9moins d\u2019une vie immobile et \u00e9ternelle. Mais le temps est celui du temps convenu et les sentinelles de pierre se vautrent dans les \u00e9toiles.]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il sent le froid de la pierre sur ses fesses nues, il aime se lever t\u00f4t, il reste l\u00e0 \u00e0 contempler &nbsp;les dalles sombres de la terrasses, un chemin magique jusqu\u2019au citronnier, \u00e9norme, charg\u00e9 de fruits lourds, entre les dalles de schistes, les fourmis sont d\u00e9j\u00e0 au travail, une longue procession, il attend qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent les secrets du sous-sol, des <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/accelerations\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Acc\u00e9l\u00e9rations<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":59,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1300],"tags":[],"class_list":["post-16108","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-11-devenir-son-propre-dictionnaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/59"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16108"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16108\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}