{"id":161197,"date":"2024-07-07T22:00:41","date_gmt":"2024-07-07T20:00:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=161197"},"modified":"2024-07-08T08:13:41","modified_gmt":"2024-07-08T06:13:41","slug":"anthologie-17-un-cafe-chez-christian-oster-dans-son-grand-appartement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-17-un-cafe-chez-christian-oster-dans-son-grand-appartement\/","title":{"rendered":"#anthologie #17 | Un caf\u00e9 chez Christian Oster dans son grand appartement&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>15 f\u00e9vrier 2007 dans l\u2019appartement de Christian Oster.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce jeudi 15 f\u00e9vrier 2007, je p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019appartement parisien de Christian Oster. Il m\u2019a invit\u00e9e \u00e0 prendre un caf\u00e9 chez lui. Je suis une petite \u00e9ditrice de livres jeunesse, \u00a0j\u2019\u00e9dite Christian depuis quelques ann\u00e9es, il a le don de reprendre des contes c\u00e9l\u00e8bres et d\u2019y ajouter une touche de fantaisie et d\u2019anachronisme qui enchante les enfants. Il m\u2019a appel\u00e9e tout \u00e0 l\u2019heure, il a retrouv\u00e9 la pochette qu\u2019il cherchait partout et surtout il a retrouv\u00e9 les cl\u00e9s de son appartement dont il se mettait en qu\u00eate comme un fou. Pour f\u00eater \u00e7a, comme je travaille \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il m\u2019a propos\u00e9 de prendre le caf\u00e9 chez lui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il ouvre la porte et me fait entrer dans l\u2019appartement, il me dit d\u2019avancer jusqu\u2019au salon. Il me pr\u00e9c\u00e8de. je longe un long couloir bord\u00e9 d\u2019une biblioth\u00e8que qui n\u2019en finit pas et qui d\u00e9bouche sur le grand salon. Un canap\u00e9 recouvert d\u2019un tapis, comme chez un psychanalyste, des peintures figuratives qui me surprennent sur le mur, et quelques photos anciennes d\u2019anc\u00eatres. Il me dit, <\/em>ne bougez pas, j\u2019apporte le caf\u00e9<em>. Sur un meuble, une collection de cendriers, je m\u2019en empare d\u2019un, un made in Venizia, en verre fum\u00e9, j\u2019allume une cigarette et je l\u2019attends. Le voil\u00e0 qui arrive avec une cafeti\u00e8re italienne fumante et deux tasses anciennes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tout de suite, en me servant, il se met \u00e0 parler.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Vous savez, j\u2019ai un pr\u00e9sent compliqu\u00e9, j\u2019ai peur de m\u2019\u00e9garer. Je n\u2019ai pas de certitude, et il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que je ne connais pas la suite. J\u2019ai tendance \u00e0 croire que ce que je pense est v\u00e9cu. Parfois je me trompe. Cela peut me cr\u00e9er des histoires, d\u2019autres histoires. J\u2019essaie d\u2019attraper un r\u00e9el que je ne comprends pas. Je me le figure d\u2019abord et je le retourne dans tous les sens mentalement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai du mal \u00e0 me d\u00e9cider \u00e0 prendre une d\u00e9cision&nbsp;pour passer \u00e0 l\u2019action.&nbsp; Une d\u00e9cision peut prendre une allure dramatique et c\u2019est en toute conscience et solennit\u00e9 que je parviens parfois \u00e0 la prendre. Et quand je la prends, je la prends.<\/p>\n\n\n\n<p>Serais-je autocentr\u00e9&nbsp;? Egocentrique&nbsp;? Anticipateur&nbsp;? Digressif&nbsp;? Ailleurs&nbsp;? Distrait&nbsp;? Maladroit&nbsp;? &nbsp;Ego\u00efste&nbsp;? Compliqu\u00e9&nbsp;? Impr\u00e9visible&nbsp;? Ind\u00e9cis&nbsp;? M\u00e9lancolique&nbsp;? D\u00e9senchant\u00e9&nbsp;? L\u00e9ger&nbsp;? Lyrique&nbsp;? Ultrasensible&nbsp;? &nbsp;Soliloque \u00e0 l\u2019exc\u00e8s&nbsp;? Seraient-ce des d\u00e9fauts ou serait-ce ma nature&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Romantique&nbsp;? Oui je suis certainement romantique, voire romanesque. Mais l\u2019amour est romanesque, non&nbsp;? Lorsqu\u2019\u00e0 la piscine nous f\u00eemes une longueur ensemble avec ma&#8230;.celle qui est devenue ma femme, &nbsp;j\u2019eus conscience que ce fut l\u00e0 notre premier bout de chemin ensemble. Peut-\u00eatre que j\u2019exag\u00e8re parfois. Je dois m\u00eame \u00eatre un peu sentimental.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Votre caf\u00e9 est bon, dis-je\u2026Vous semblez plus serein que d\u2019habitude.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait beaucoup dire, ou le dire maladroitement. Pas vraiment en fait. Je ne peux pas dire que je sois serein. J\u2019ai parfois du mal \u00e0 exister \u00e0 mes propres yeux. J\u2019ai besoin que les autres me l\u2019attestent. J\u2019ai ordinairement un sentiment de non-\u00eatre, d\u2019absence \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 la vie, \u00e0 moi-m\u00eame. Flore dans le train avant d\u2019accoucher, elle avait besoin de quelqu\u2019un et j\u2019ai senti que je n\u2019\u00e9tais que moi. J\u2019ai des doutes sur mon existence. Suis-je seulement quelqu\u2019un\u00a0? Me dis-je souvent. Depuis que je suis p\u00e8re, je prends de l\u2019assurance. Mon regard sur la vie fut longtemps celui-ci\u00a0: j\u2019avais peur de tomber. Je tombais d\u00e9j\u00e0 en fait.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime bien aller dans des caf\u00e9s. Mais j\u2019ai un probl\u00e8me pour en sortir&nbsp;: j\u2019attends que quelqu\u2019un en sorte pour sortir aussi ou bien je sors quand quelqu\u2019un rentre. Je me donne certaines r\u00e8gles de conduite. J\u2019ai plut\u00f4t envie de me fondre dans le d\u00e9cor, qu\u2019on ne me remarque pas. Pour vous dire, je porte m\u00eame une veste quand il fait chaud, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ainsi je passerais inaper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on me fiche la paix je ne suis pas timide, sinon j\u2019aurais cette tendance. Dans la vie je m\u2019attends souvent \u00e0 des catastrophes. J\u2019ai longtemps attendu qu\u2019elles s\u2019accumulent pour conna\u00eetre l\u2019enfer. Oui c\u2019est \u00e7a, je m\u2019attends au pire.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai parfois aucune r\u00e9ponse \u00e0 rien. Je ne per\u00e7ois aucune conclusion fiable dans ma vie sur laquelle je pourrais m\u2019appuyer. Les choses s\u2019encha\u00eenent, je les suis, j\u2019ai seulement envie de durer encore. Je ne connais pas la suite. J\u2019improvise un peu. J\u2019ai souvent cette impression que tout peut s\u2019\u00e9crouler. Par exemple, quand j\u2019ai rendez-vous, je m\u2019arrange pour \u00eatre en avance. Je ne veux rien manquer de ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourtant aujourd\u2019hui vous \u00e9tiez \u00e0 l\u2019heure pour notre rendez-vous. Je suis touch\u00e9e que vous m\u2019invitiez enfin chez vous, je peux maintenant vous imaginer \u00e9crire\u2026Vous semblez heureux en ce moment, c\u2019est l\u2019amour qui vous porte&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes&#8230;.un grand chapitre dans ma vie. Avec Anne Lebedel j\u2019ai v\u00e9cu un v\u00e9ritable calvaire amoureux. J\u2019aimais bien son nom palindromique. Enfin, je l\u2019aimais elle. Elle a partag\u00e9 ma vie quinze jours dans mon appartement. Je r\u00eavais de la retenir. Mais rapidement je pressentis qu\u2019elle me quitterait. Et que c\u2019en serait fini de notre amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je l\u2019ai rencontr\u00e9e, elle travaillait chez un fleuriste. J\u2019achetais des roses roses, parce que rouges, il ne faut pas exag\u00e9rer. Je n\u2019osais pas les lui offrir, le moment n\u2019\u00e9tait jamais opportun. Je les jetais. Anne \u00e9tait plut\u00f4t silencieuse, effac\u00e9e, presqu\u2019une ombre. Elle n\u2019en finissait pas de s\u2019installer chez moi, de chercher sa place. Et puis un jour elle est partie sans rien dire. Mon appartement n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 son go\u00fbt. Moi je l\u2019appelais par son pr\u00e9nom, Anne. Elle, elle ne m\u2019appelait jamais, ne me nommait pas. Est-ce que j\u2019existais pour elle&nbsp;? Elle ne m\u2019autorisait aucune certitude dans notre histoire qui m\u2019e\u00fbt permis d\u2019y croire. A me demander si nous avions vraiment commenc\u00e9 quelque chose ensemble. Le soir elle affectait de dormir, j\u2019affectais d\u2019y croire, c\u2019\u00e9tait un peu un jeu de dupe. J\u2019attendais, je ne dormais pas, je me questionnais des nuits enti\u00e8res. J\u2019y ai pourtant un peu cru \u00e0 cette histoire, mais elle \u00e9tait absente m\u00eame quand elle \u00e9tait l\u00e0. J\u2019\u00e9tais seul. Sa pr\u00e9sence me devint insupportable\u2026 La seule fois o\u00f9 nous f\u00eemes l\u2019amour, je l\u2019ass\u00e9nai de mots d\u00e9finitifs et je me rendis compte qu\u2019elle n\u2019avait encore rien dit. Elle ne me demandait jamais comment s\u2019\u00e9tait pass\u00e9e ma journ\u00e9e. Elle n\u2019a jamais fait attention \u00e0 ma serviette, et \u00e7a, quand m\u00eame&nbsp;! Elle s\u2019en fichait de moi, de mon travail, de tout, elle se fichait de tout. Apr\u00e8s ma rupture avec Anne, je n\u2019\u00e9tais presque plus en capacit\u00e9 de vivre&nbsp;&#8230;.Je me sentais abandonn\u00e9 et je retrouvais le confort de la souffrance et de la solitude r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait eu Marge bien avant. Une des rares femmes que j\u2019ai aim\u00e9 qui fut belle. Il y a environ six mois, elle me laissa un message sur mon r\u00e9pondeur parce qu\u2019elle venait de voir un t\u00e9l\u00e9film avec un acteur de second r\u00f4le qui me ressemblait. Elle m\u2019avait donn\u00e9 rendez-vous \u00e0 la piscine et l\u00e0 j\u2019ai fait semblant de ne pas la voir surtout que j\u2019eus un coup de foudre, on peut le dire, pour une autre femme. Marge, il me semble qu\u2019elle me vit mais elle ne me reconnut pas, c\u2019est invraisemblable&nbsp;; \u00e0 me demander si c\u2019\u00e9tait vraiment elle. Marge, je la laisse dans la marge, si j\u2019ose dire. Parler d\u2019elle ne m\u2019int\u00e9resse que dans la mesure o\u00f9 son rendez-vous justifiait ma pr\u00e9sence incongrue dans cette piscine.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ecoutez, je vous remercie de vous confiez \u00e0 moi en aveugle, promis, je n\u2019en dirai rien au directeur de la publication. Pensez-vous pouvoir bient\u00f4t nous envoyer votre dernier manuscrit&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Oui il est pr\u00eat, enfin c\u2019est beaucoup dire. Sans doute il est pr\u00eat mais pas tout \u00e0 fait. J\u2019ai encore besoin de le faire dialoguer avec moi-m\u00eame comme si j\u2019\u00e9tais mon meilleur ami. En tant que meilleur ami, j\u2019ai de l\u2019affection pour moi. Souvent je me somme de penser d\u2019une certaine fa\u00e7on. Des auto-injonctions si vous pr\u00e9f\u00e9rez. Je m\u2019encourage, je me donne des petits noms&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;grosse b\u00eate, mon vieux, mon cher&nbsp;\u00bb ou bien je me dis&nbsp;: \u00abn\u2019y pense plus, approche toi, va, tu verras bien, tu vois ce que je veux dire, oui je vois.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois je m\u2019encourage affectueusement \u00e0 le terminer et \u00e0 vous l\u2019envoyer mais j\u2019y ajoute un brin de reproche anticip\u00e9 car je me connais et me m\u00e9fie un peu de mes r\u00e9actions. Je peux me f\u00e9liciter&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu ne te d\u00e9brouilles pas si mal, tu as de l\u2019avance comme le li\u00e8vre dans la fable&nbsp;\u00bb. Ou alors si j\u2019exag\u00e8re, \u00ab&nbsp;mais tu d\u00e9railles mon vieux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tenez par exemple, je peux me dire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0C\u2019est le d\u00e9but, me dis-je. Le d\u00e9but de quoi, me dis-je. De la faim, plaisantai-je\u00a0\u00bb. Des fois je m\u2019arr\u00eate en pleine phrase : \u00ab\u00a0c\u2019est elle qui.\u00a0\u00bb J\u2019aime bien les blancs. Ils me permettent de ne pas tout me dire. De me r\u00e9server \u00e0 moi-m\u00eame un peu de myst\u00e8re. Donc, je vous propose d\u2019attendre jusqu\u2019au moins la semaine prochaine avant de recevoir ce manuscrit, si je parviens \u00e0 faire la paix avec moi-m\u00eame\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>15 f\u00e9vrier 2007 dans l\u2019appartement de Christian Oster. Ce jeudi 15 f\u00e9vrier 2007, je p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019appartement parisien de Christian Oster. Il m\u2019a invit\u00e9e \u00e0 prendre un caf\u00e9 chez lui. 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