{"id":161499,"date":"2024-07-08T19:56:52","date_gmt":"2024-07-08T17:56:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=161499"},"modified":"2024-07-08T21:42:46","modified_gmt":"2024-07-08T19:42:46","slug":"anthologie13-745-mots-pour-un-coin-de-berlin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie13-745-mots-pour-un-coin-de-berlin\/","title":{"rendered":"#anthologie #13 | 745 mots pour un coin de berlin"},"content":{"rendered":"\n<p>A l\u2019angle de Laustistzer platz il y a un caf\u00e9 dont les tables sont vides pour l\u2019instant. Juste assise \u00e0 l&rsquo;angle, dos appuy\u00e9 sur le mur, une femme boit son caf\u00e9 dans un petit verre, comme ceux que l\u2019on avait enfant \u00e0 la cantine, en contemplant la place. L\u2019homme qui l\u2019accompagne est assis de biais, lui aussi face \u00e0 la place. Ils ne se parlent pas, l\u2019homme fume, la femme boit son caf\u00e9. Ils ne se parlent pas. On ne peut pas savoir qu\u2019ils se sont f\u00e2ch\u00e9s, un peu plus t\u00f4t et que c\u2019est pour cela qu\u2019ils ne se parlent pas. On pourrait penser qu\u2019ils sont comme ces couples qu\u2019ils ne veulent pas \u00eatre quand ils voient au restaurant, ceux qui n\u2019ont plus rien \u00e0 se dire. Ils ne se parlent pas mais ils sourient tous les deux au serveur du caf\u00e9 qui a des yeux d\u2019un bleu d\u00e9lav\u00e9 qu\u2019on n\u2019avait jamais vu et un sourire qui vous donne forc\u00e9ment envie de lui sourire aussi. Le serveur fait des choses de serveur que l\u2019on ne peut pas voir quand il est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur mais l\u2019on devine qu\u2019il doit ranger et nettoyer des verres, actionner la machine \u00e0 caf\u00e9 o\u00f9 d\u2019autres choses encore que l\u2019on ignore. On le voit parfois apparaitre, car il sort parfois fumer une cigarette son regard bleu dans le vide et faire des choses attendrissantes comme attraper une plume dans sa main, la garder un peu pour lui puis la rel\u00e2cher d\u2019un coup au vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Des hommes arrivent \u00e0 intervalle r\u00e9gulier en v\u00e9lo et s\u2019arr\u00eatent devant la porte qui jouxte le caf\u00e9. Ils descendent de leur v\u00e9lo, sortent de leur sac une cl\u00e9, ouvrent la porte et rentrent avec leur v\u00e9lo qu\u2019ils font glisser au moyen d\u2019une rampe qui enjambe les marches. La porte se referme.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant le couple assis qui ne se parle pas, en l\u2019absence du serveur qui est rentr\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, il y a la rue pi\u00e9tonne et le trottoir d\u2019o\u00f9 viennent toute sortes de gens comme un homme avec sa fille en poussette, l\u2019homme est v\u00eatu de noir et la petite fille a une frange tr\u00e8s courte, on ne peut pas le savoir mais ils viennent de la boutique de coiffeur d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, et l\u2019instant d\u2019avant, la petite fille avait le s\u00e9choir qui faisait voler ses petits cheveux blonds. Ils s\u2019assoient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du couple, l\u2019homme regarde son portable et sa fille lui parle parfois, il lui r\u00e9pond toujours en souriant. Une femme passe en v\u00e9lo suivie d\u2019un adolescent, lui aussi \u00e0 v\u00e9lo, la femme porte des lunettes de soleil et ses cheveux sont bruns, boucl\u00e9s. Elle a des tatouages sur les bras. On ne peut pas deviner si l\u2019adolescent est fier des tatouages de sa m\u00e8re ou si il s\u2019en fou. Deux femmes aux cheveux gris s\u2019assoient un peu plus loin, elles se parlent beaucoup. Elles pourraient \u00eatre parentes ou coll\u00e8gues de travail, l\u2019une est beaucoup plus jeune que l\u2019autre. Un homme hagard qui porte un imperm\u00e9able orange d\u00e9lav\u00e9 s\u2019arr\u00eate devant la terrasse et d\u00e9cline une sorte de litanie, dans cette lague que l\u2019on ne parle pas, une des deux femmes qui viennent de s\u2019assoir au caf\u00e9 lui donne une pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>En face, sur la rue pi\u00e9tonne, une petite fille traverse lentement. Elle a un cartable sur le dos et un petit fichu rose sur la t\u00eate. Elle marche tr\u00e8s lentement, seule, donnant une impression m\u00e9lancolique que renvoient parfois certains enfants sans le savoir car bien s\u00fbr ils ne savent pas ce sentiment pensent les adultes. Les adultes se trompent parfois. Les adultes interpr\u00e8tent aussi. Parfois la petite fille s\u2019arr\u00eate regarder longuement une feuille sur une branche d\u2019arbre \u00e0 sa hauteur, puis repart, de son pas tr\u00e8s petit et un brin m\u00e9lancolique, allez, je le dis.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re elle, deux gar\u00e7ons effectuent le m\u00eame trajet. Ils ont aussi un cartable. L\u2019un d\u2019eux a les cheveux longs. Ils ont un ballon, qu\u2019ils se passent, lentement d\u2019un pied \u00e0 un autre, comme s\u2019ils n\u2019y croyaient pas vraiment. Ils rient, font mine de tomber, sourient, se parlent et \u00e9clatent de rire. Le ballon passe, silencieux. On peut penser soudain que la petite fille de tout \u00e0 l\u2019heure est peut-\u00eatre avec eux, pour une raison obscure qui tient \u00e0 comment les gar\u00e7ons se construisent, ils la laissent aller seule devant.<\/p>\n\n\n\n<p>De la terrasse du caf\u00e9 \u00e0 l\u2019angle de Laustistzer platz, on entend le bruit des enfants qui jouent au loin dans un petit jardin, mais on ne les voit pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019angle de Laustistzer platz il y a un caf\u00e9 dont les tables sont vides pour l\u2019instant. Juste assise \u00e0 l&rsquo;angle, dos appuy\u00e9 sur le mur, une femme boit son caf\u00e9 dans un petit verre, comme ceux que l\u2019on avait enfant \u00e0 la cantine, en contemplant la place. 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