{"id":161749,"date":"2024-07-09T14:41:56","date_gmt":"2024-07-09T12:41:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=161749"},"modified":"2024-07-09T16:04:58","modified_gmt":"2024-07-09T14:04:58","slug":"anthologie-18-cliches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-18-cliches\/","title":{"rendered":"#anthologie #18 |\u00a0clich\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La photo de la photo n\u2019annule pas l\u2019objet<br><\/strong>Je connais deux fr\u00e8res tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s qui ne se parlent plus \u00e0 cause de photos de famille que l\u2019un conserve jalousement, que l\u2019autre voudrait seulement photographier, en vain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Garder, regarder<br><\/strong>Un geste devenu banal devant un paysage, un tableau, un concert: garder avant de regarder, ou sans m\u00eame regarder. Je me souviens d\u2019une col\u00e8re \u00e0 Istanbul, derri\u00e8re une rang\u00e9e de t\u00e9l\u00e9phones qui capturaient en rafale la m\u00eame sculpture, m\u2019emp\u00eachant de la voir autrement que cent fois reproduite dans ces petits rectangles lumineux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9sir instantan\u00e9 de la capture<br><\/strong>Que faire de la beaut\u00e9 ? Peut-\u00eatre rien. Une lumi\u00e8re sur un objet, sur un lac, sur une peau, et la voil\u00e0, main dans la main avec le d\u00e9sir de la conserver.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Se souvenir de nos photos&nbsp;<br><\/strong>On me commandait des grandes fresques \u00e0 l\u2019encre noire \u00e0 partir de photos de famille et d\u2019amis. J\u2019en composais une constellation de figures et de silhouettes qui gravitaient autour d\u2019une personne \u2014 celle \u00e0 qui on offrait le tableau. D\u00e9pouill\u00e9es du d\u00e9cor, tous les personnages \u00e9taient esquiss\u00e9s, en noir et blanc, sans nuance, \u00e9voquant par touches la photo qui les repr\u00e9sentait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le go\u00fbt d\u2019une relation<br><\/strong>J\u2019ai gard\u00e9 quelques portraits de moi o\u00f9 je regarde celle ou celui qui tient l\u2019objectif. Ce regard me d\u00e9localise au coeur d\u2019une intimit\u00e9 que nous sommes deux \u00e0 avoir partag\u00e9; elle m\u2019enveloppe alors avec la m\u00eame puissance qu\u2019une chanson trop \u00e9cout\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le sort des morts<br><\/strong>Au Mexique, tout le monde a chez soi un autel. Des bougies, des plantes \u00e0 br\u00fbler, des petits objets, des photos; \u00ab\u00a0voici mes morts. Ils veillent.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cong\u00e9lateur-Vaudou<br><\/strong>Elle a dans son cong\u00e9lateur un compartiment rempli de photos. Ce sont des proches qui l\u2019ont bless\u00e9e. Pour les oublier, elle les cong\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les amants archiv\u00e9s<br><\/strong>On les dessine alors qu\u2019ils dorment \u2014 voir et toucher. Puis on photographie le dessin \u2014archiver la texture d\u2019un instant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;oeil constant<br><\/strong>Vague souvenir de Depardon parlant des gens qu\u2019il filmait et qui, \u00e0 partir des ann\u00e9es 90, \u00e9taient de plus en plus conscients de la pr\u00e9sence de l\u2019objectif. Il se plaignait de cette disparition du \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, parasitant le vif du r\u00e9el. Je me souviens d\u2019une petite fille, lors d\u2019un atelier parents-enfants, qui ne sortait jamais de la pose, d\u2019un sourire de poup\u00e9e, d\u2019un corps saccad\u00e9, pr\u00eat, au cas o\u00f9, a se faire photographier. Sa m\u00e8re nourrissait chaque jour, depuis la grossesse, son profil Instagram d\u2019images de l\u2019enfant, qui avait grandi avec l\u2019objectif fondu dans l\u2019amour de la m\u00e8re, fondu dans sa relation au monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le souvenir d\u2019une photo<br><\/strong>Elle me parle en boucle de la photo o\u00f9 je l\u2019attrape par le cou pour lui embrasser la joue. Photo prise sur le vif, en plein repas de famille, j&rsquo;ai 6 ans. Elle dit \u00ab\u00a0\u00e7a, c\u2019est l\u2019amour sinc\u00e8re\u00a0\u00bb, elle dit \u00ab\u00a0l\u2019amour, toi et moi, on sait ce que c\u2019est\u00a0\u00bb. J\u2019ai retrouv\u00e9 la photo dans un de ses album, je l\u2019ai encadr\u00e9e pour qu\u2019elle l\u2019accroche dans sa chambre d\u2019Ehpad, pensant qu\u2019elle serait ravie. Sans m\u00eame la regarder, elle repart dans sa boucle, la photo \u00e0 la main, d\u00e9crit encore la photo, encore l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Air pic<br><\/strong>Il y a ceux qui jouent de la guitare sans guitare, on appelle \u00e7a du <em>air guitar<\/em>. Depuis peu, je prends des photos sans appareil. Mon oeil rompu n\u2019a plus besoin du geste, plus besoin de la preuve. Je m\u2019immobilise un instant, j\u2019imagine cadrer et je murmure \u00ab\u00a0photo\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La photo de la photo n\u2019annule pas l\u2019objetJe connais deux fr\u00e8res tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s qui ne se parlent plus \u00e0 cause de photos de famille que l\u2019un conserve jalousement, que l\u2019autre voudrait seulement photographier, en vain.&nbsp; Garder, regarderUn geste devenu banal devant un paysage, un tableau, un concert: garder avant de regarder, ou sans m\u00eame regarder. 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