{"id":161834,"date":"2024-07-09T18:02:18","date_gmt":"2024-07-09T16:02:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=161834"},"modified":"2024-07-10T10:22:37","modified_gmt":"2024-07-10T08:22:37","slug":"anthologie-17-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-17-apres\/","title":{"rendered":"#anthologie #17 | apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Non, bien s\u00fbr il n\u2019y a pas de photo de ces quatre ge\u00f4liers. Ils sourient, devant une des baies du salon, ils sont dans le jardinet et se tiennent par le bras, (de gauche \u00e0 droite), Germano dans son costume d\u2019ing\u00e9nieur, qui fait un peu la figure sans porter de cravate,  Prospero son tout petit sourire qui tient Lalla (ou Anna Laura ou Camille, c\u2019est comme on veut) pimpante et \u00e0 l\u2019autre bras de la petite brunette et Mario qui lui aussi sourit, il porte un chapeau de paille, d\u2019Italie, \u00e9videmment. Tout le monde face cam\u00e9ra regards cam\u00e9ra&nbsp;: personne ne bouge. C\u2019est Aldo qui prend la photo (on l\u2019aper\u00e7oit ou on le devine, oui, un peu dans le reflet que donne la vitre de la baie,comme une esp\u00e8ce de fant\u00f4me avec sa chevelure grise et blanche). Mais non, \u00e9videmment, elle n\u2019existe pas<\/p>\n\n\n\n<p>17.1 \u2013 Mario, au premier \u00e9tage dans l&rsquo;appartement, du 8 via Montalcini, le dimanche qui suit. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s \u00e7a, il a bien fallu s\u2019y mettre. Pendant ce week-end-l\u00e0, celui du 13 mai. Il a bien fallu terminer ce qu\u2019on avait commenc\u00e9. Camille avait jet\u00e9 la plupart des habits qu\u2019il avait port\u00e9s, il restait la mousse \u00e0 raser et le rasoir sur la petit tablette au dessus du combin\u00e9 toilette-lavabo de camping. Il a bien fallu s\u2019occuper de tout \u00e7a, le lit de camp, les draps et la couverture. Le drap pendu au mur et les documents, on les a br\u00fbl\u00e9s, tous, ils ne nous \u00e9taient de rien. La petite bible qu\u2019il lisait tout le temps, je crois que Prospero l\u2019a gard\u00e9e, le magn\u00e9tophone o\u00f9 on lui avait enregistr\u00e9 une messe au d\u00e9but de sa d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9, la bande magn\u00e9tique br\u00fbl\u00e9e. Les cartables, Camille les avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duits en petits morceaux qu\u2019elle avait fait br\u00fbler avec les mauvaises herbes du jardin. Tout le monde sait que ce 9 mai-l\u00e0 \u00e9tait un mardi, et avant le dimanche, il fallait que tout soit en ordre. C\u2019est quelque chose qui a \u00e9t\u00e9 fait avec rage. La rage nous prenait, Prospero et moi, oui, parce que nous n\u2019avions rien obtenu. Nous n\u2019avions plus rien. Je l\u2019avais ex\u00e9cut\u00e9, lui, fatalement, mais son dieu m\u00eame ne lui avait servi \u00e0 rien. Il \u00e9tait parti, il s\u2019en \u00e9tait all\u00e9. Nous avons attaqu\u00e9s les parpaings que nous avions mont\u00e9s avec soin trois mois plus t\u00f4t. Je me souviens des efforts pour ne pas faire de bruit, des linges qui entouraient nos masses, de nos regards aussi. C\u2019est comme si nous \u00e9tions poss\u00e9d\u00e9s. Germano s\u2019\u00e9tait enfui, le matin m\u00eame, vers huit heures, m\u2019a dit Camille&nbsp;: il \u00e9tait parti et nous ne l\u2019avons plus jamais revu. C\u2019est comme s\u2019il s\u2019\u00e9tait fondu dans le monde. Ils l&rsquo;ont chop\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard. Il avait \u00e9t\u00e9 contre, comme Valerio et Adriana&nbsp;: mais apr\u00e8s&nbsp;? Ne fallait-il pas continuer la lutte&nbsp;? Fallait-il laisser l\u00e0 notre honneur de guerrilleros, nous humilier \u00e0 ne rien faire&nbsp;? Temporiser encore, malgr\u00e9 l&rsquo;ultimatum ? Quand bien m\u00eame rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 acquis, nous avions notre r\u00e9putation, notre foi dans l\u2019ultime n\u00e9cessit\u00e9 et notre croyance dans l\u2019aboutissement de nos valeurs. Avions-nous pli\u00e9&nbsp;? Qu\u2019on ne vienne pas nous raconter que nous avons eu tort : nous \u00e9tions tous ensemble, unis contre cet ennemi que nous n\u2019avions pas vaincu, peut-\u00eatre, mais nous avions montr\u00e9 notre force et notre d\u00e9termination. Celle-l\u00e0 m\u00eame qui nous faisait agir contre les murs de cette prison. Contre les illusions, contre les faux-semblants, contre leurs hypocrisies, leurs mensonges et leurs calomnies. Et \u00e0 chacun des coups port\u00e9s contre ces parpaings imb\u00e9ciles, c\u2019est un peu de notre foi qui se manifestait. Nous avions d\u00e9truit le mur, nous avions d\u00e9truit les portes, et nous \u00e9tions reparti le dimanche soir, Prospero et moi. Restait \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 nous fondre \u00e0 notre tour, mais \u00e0 continuer, continuer encore jusqu\u2019\u00e0 ce que les choses c\u00e8dent et que nous soyons entendus qu\u2019on nous rende raison et compte des agissements des multinationales et des liens tiss\u00e9s avec elles par le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>17.2 \u2013 Germano, vers sept heures et demie, via Caetani &#8211; le 9 Mai &#8211; et apr\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord. Apr\u00e8s l\u2019ai-je jamais \u00e9t\u00e9\u00a0? C\u2019est vrai, j\u2019ai d\u00e9mont\u00e9 graiss\u00e9 remont\u00e9 la sten (ou \u00e9tait-ce le skorpion ? je ne sais plus), trois fois pour qu\u2019elle ne s\u2019enraye pas, je suis un peu responsable des deux rafales \u2013 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019auto, il \u00e9tait sous son plaid, il avait ferm\u00e9 les yeux \u2013 les tirs \u00e9taient \u00e9touff\u00e9s par un silencieux que j\u2019avais fabriqu\u00e9 \u00e0 la fin avril \u2013 les onze douilles ont cliquet\u00e9 sur le b\u00e9ton du garage \u2013 j\u2019ai conduit la voiture jusqu\u2019\u00e0 sa place, il y avait dans l\u2019habitacle l\u2019odeur de son sang, Mario avait quelque chose de prostr\u00e9, je lui ai demand\u00e9 d\u2019ouvrir sa fen\u00eatre il n\u2019a pas compris \u2013 le chemin \u00e9tait long, mais \u00e0 cette heure-l\u00e0 \u2013 avant sept heures \u2013 la Magliana est encore praticable \u2013 nous avons crois\u00e9 des voitures de carabiniers, on passait simplement \u2013 je ne crois pas que nous ayons \u00e9chang\u00e9 un mot : je n\u2019avais plus rien \u00e0 lui dire \u2013 je crois que c\u2019\u00e9tait Bruno qui avait gard\u00e9 la place, je l\u2019ai vu s\u2019en aller au bout de la rue \u2013 pas un tra\u00eetre mot, j\u2019ai gar\u00e9 l\u2019auto, je suis descendu et je suis parti \u2013 lui vers la rue du Dauphin, moi celle des Boutiques Obscures, j\u2019ai pris \u00e0 gauche et je suis parti \u2013 je ne les ai plus revus \u2013 l\u2019ex\u00e9cution m\u2019avait \u00e9t\u00e9 insupportable, je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord et je ne le suis toujours pas, je me disais qu\u2019il fallait attendre, qu\u2019ils allaient c\u00e9der bien s\u00fbr, il ne pouvait en \u00eatre autrement, ils allaient c\u00e9der, faire attendre, c\u2019est certain mais c\u00e9der c\u2019\u00e9tait tout aussi certain, c\u2019\u00e9tait \u00e0 qui c\u00e9derait le premier et c\u2019est nous qui y avons \u00e9t\u00e9 aveugles et sourds \u2013 le rel\u00e2cher aurait \u00e9t\u00e9 intelligent, il ne nous aurait pas trahi il n\u2019aurait pas pu il ne savait rien \u2013 il se savait parfaitement compl\u00e8tement largu\u00e9, ses amis il n\u2019en avait plus, Zaccagnini pleurait c\u2019\u00e9tait tout, Andreotti ce chien galeux et mafieux se frottait les mains, le pape \u00e9tait s\u00e9nile et l\u2019avait largu\u00e9, il ne lui restait que sa famille et qu\u2019est-ce que c\u2019est une famille dans ces tractations\u00a0? Rien. Rien de rien. Je me suis tranquillement fait oublier mais je me suis fait arr\u00eater en 82, j\u2019ai pris quatre ans que j\u2019ai faits \u2013 ces ann\u00e9es-l\u00e0, les suivantes, \u00e9taient les pires \u2013 puis il a fallu qu\u2019une repentie se d\u00e9siste, il a bien fallu qu\u2019ils me trouvent, m\u2019accusent, me condamnent \u00e0 nouveau mais moi je n\u2019avais pas tir\u00e9, moi j\u2019\u00e9tais complice mais je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord pour la mise \u00e0 mort, non, pas pour la mort non,pas la mort \u2013 ils me jettent \u00e0 Rebbebia. Vingt-quatre ans. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019un samedi, \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt, un an apr\u00e8s le d\u00e9but du deuxi\u00e8me mill\u00e9naire de cette \u00e8re maudite s\u2019est rompu un de mes an\u00e9vrismes \u2013 ou que de battre mon c\u0153ur s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u2013 ou qu\u2019on m\u2019a suicid\u00e9<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"931\" height=\"548\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-du-2024-07-09-09-05-15.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-161837\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-du-2024-07-09-09-05-15.png 931w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-du-2024-07-09-09-05-15-420x247.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-du-2024-07-09-09-05-15-768x452.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 931px) 100vw, 931px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Non, bien s\u00fbr il n\u2019y a pas de photo de ces quatre ge\u00f4liers. 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