{"id":162559,"date":"2024-07-11T15:35:41","date_gmt":"2024-07-11T13:35:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162559"},"modified":"2024-07-11T22:43:42","modified_gmt":"2024-07-11T20:43:42","slug":"anthologie20-je-veux-bien-te-parler-encore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie20-je-veux-bien-te-parler-encore\/","title":{"rendered":"#anthologie #20 | je veux bien te parler encore"},"content":{"rendered":"\n<p>Feuilletant le petit livre que Monique Nathan te consacre, je me suis arr\u00eat\u00e9e net sur une photo de toi que je n&rsquo;ai jamais vue ailleurs. Et pourtant il en existe de nombreuses autres, toi avec la t\u00eate pench\u00e9e, toi avec Leonard, toi jouant au cricket avec Vanessa, toi et tes amis. Mais celle-ci, je ne l&rsquo;avais jamais rencontr\u00e9e. Tu es dans un jardin, un muret coupe la photo en deux dans son horizontalit\u00e9 et de hautes hampes de fleurs s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent tout pr\u00e8s de toi. Perch\u00e9 sur des herbes, une tache blanche, un chapeau de paille renvoie la lumi\u00e8re et r\u00e9veille les tons de gris qui dominent partout ailleurs. Sur la gauche on devine un buste, un peu cach\u00e9 par les tiges de cette plante, dont je ne retrouve pas le nom, qui offre des sortes de plumeaux \u00e0 ses extr\u00e9mit\u00e9s; si la photo \u00e9tait en couleurs je les aurais dits fuchsias. Le buste, enfin ce que l&rsquo;on en voit est l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 vers le sol, un visage assez impassible qui ne me donne nulle cl\u00e9s pour savoir de qui il s&rsquo;agit. Mais ce qui importe, bien s\u00fbr c&rsquo;est ta silhouette longiligne, dont on ne distingue que la partie sup\u00e9rieure, avec les bras repli\u00e9s et les mains semblant s&rsquo;effleurer qui se rejoignent.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu verticalises la droite de la photographie: c&rsquo;est quand m\u00eame toi qu&rsquo;il est important de contempler. Un port de t\u00eate droit, fait ressortir un collier de perles dans l&rsquo;\u00e9chancrure du chemisier, les cheveux bien tir\u00e9s vers l&rsquo;arri\u00e8re. Ton regard ! C&rsquo;est lui qui importe bien s\u00fbr. Il nous invite \u00e0 un ailleurs, ton ailleurs o\u00f9 tu te r\u00e9fugies. Le monde que tu nous d\u00e9crit dans tes romans, celui o\u00f9 l&rsquo;on bascule presque malgr\u00e9 nous, et dont on a du mal \u00e0 revenir. L\u00e0, Virginia, posant pour cette photo \u2014 dont je ne saurais rien d&rsquo;autre car l&rsquo;origine, le lieu, le photographe ne sont pas not\u00e9s comme si c&rsquo;\u00e9tait une photographie venue de nulle part \u2014, tu sembles dans tes pens\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;\u00e9criture des lignes qui se bousculent dans ta t\u00eate, absente comme tu savais l&rsquo;\u00eatre lorsqu&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture t&rsquo;habitait, te prenait tout enti\u00e8re, t&rsquo;aspirait dans ses filets. Sur la page en vis-\u00e0-vis, il est \u00e9crit en titre <em>je est un autre,<\/em> avec un extrait de <em>Entre les actes<\/em> donnerait une mani\u00e8re de d\u00e9coder le clich\u00e9 sur la page de gauche:<em> C&rsquo;est d&rsquo;abord la belle Mrs Manresa, qui arrive inopin\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;heure du d\u00e9jeuner. Avec ses bagues, ses ongles vernis, son adorable petit chapeau de paille, elle est \u00e0 l&rsquo;image, dans toute sa personne <\/em><em>\u00ab<\/em><em> sursexu\u00e9e<\/em><em>\u00bb<\/em><em> de la parfaite f\u00e9minit\u00e9. <\/em>Un peu plus loin: <em>Voici Dodge, son pareil, son complice, celui qui lit sur les l\u00e8vres, qui cherche les visages cach\u00e9s. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quel est donc ce visage en noir et blanc, et \u00e0 qui est-il offert?<\/p>\n\n\n\n<p>Virginia, combien d&rsquo;autres es-tu? Ton regard n&rsquo;est pas tourn\u00e9 vers nous, mais vers cet autre toi-m\u00eame qui donne vie \u00e0 tous les autres. Tu es toi, mais tu es aussi tes personnages: c&rsquo;est Clarissa, Isa, Rachel, Sara, tous ses personnages r\u00e9unis dans cette silhouette, que l&rsquo;on ressent d&rsquo;une grande sensibilit\u00e9. C&rsquo;est un <em>moment d&rsquo;\u00eatre<\/em> que tu nous donnes \u00e0 voir, et c&rsquo;est \u00e0 cette silhouette-l\u00e0 que je voudrais partager ma reconnaissance, mes remerciements, d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 cette silhouette-l\u00e0, <\/p>\n\n\n\n<p>ici mais aussi ailleurs, <\/p>\n\n\n\n<p>proche et \u00e9loign\u00e9e, <\/p>\n\n\n\n<p>volubile et silencieuse,<\/p>\n\n\n\n<p>sans d\u00e9fense et volontaire<\/p>\n\n\n\n<p>disparue mais si actuelle, <\/p>\n\n\n\n<p>Et si l&rsquo;on pense qu&rsquo;\u00e9voquer les disparus c&rsquo;est les faire exister encore un peu, je veux bien te parler, encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Feuilletant le petit livre que Monique Nathan te consacre, je me suis arr\u00eat\u00e9e net sur une photo de toi que je n&rsquo;ai jamais vue ailleurs. Et pourtant il en existe de nombreuses autres, toi avec la t\u00eate pench\u00e9e, toi avec Leonard, toi jouant au cricket avec Vanessa, toi et tes amis. Mais celle-ci, je ne l&rsquo;avais jamais rencontr\u00e9e. Tu es <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie20-je-veux-bien-te-parler-encore\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #20 | je veux bien te parler encore<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6558,6056],"tags":[],"class_list":["post-162559","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-20-annie-ernaux-de-toi","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=162559"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162559\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=162559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=162559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=162559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}