{"id":162636,"date":"2024-07-11T19:29:49","date_gmt":"2024-07-11T17:29:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162636"},"modified":"2024-07-11T23:24:04","modified_gmt":"2024-07-11T21:24:04","slug":"anthologie-13-le-jardin-denfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-13-le-jardin-denfants\/","title":{"rendered":"#anthologie #13 | le jardin d&rsquo;enfants"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On l\u2019appelle le jardin d\u2019enfants ou le parc. C\u2019est selon. Selon quand, selon qui. Ou le jardin, tout simplement. Inutile d\u2019arriver trop t\u00f4t. Avant quinze heures, une vieille dame assise sur un banc, tout au plus. Le matin, on peut voir quelques coll\u00e9giens en train de se balancer ou de tournicoter. D\u00e9pos\u00e9s par le bus de 8 heures, ils n\u2019ont cours qu\u2019\u00e0 partir de 9 heures. C\u2019est l\u2019apr\u00e8s-midi qu\u2019il vit. M\u00e8res avec poussette ou enfants plus grands. On a gar\u00e9 la voiture le long du jardin, ou on est venu \u00e0 pied. Au toboggan avec maisonnette en bois, un couple surveille des jumeaux. Faux jumeaux. Maigres. Curieusement maigres. Parce que deux dans le ventre? Le gar\u00e7on a les gestes d\u00e9sordonn\u00e9s. Avec les ann\u00e9es, les \u00e9carts se creusent. Il n\u2019ira jamais au lyc\u00e9e. Il joue de la batterie, suit un scolarit\u00e9 normale en primaire. Arriv\u00e9 au coll\u00e8ge, c\u2019est termin\u00e9. Il ira avec les ULIS. Un couple de grands-parents. Leur banc est pr\u00e8s des balan\u00e7oires. Le gar\u00e7onnet se prom\u00e8ne en tirant une corde \u00e0 laquelle est accroch\u00e9 un camion en plastique. Lucas et sa soeur jouent avec deux soeurs. Les m\u00e8res sont amies. Les maris sont l\u00e0 aussi. L\u2019un est pompier volontaire. Il photographie ses enfants. Plus tard les rues du bourg pour Google Maps. Elle est psychiatre et accompagne son fils Benjamin. Elle s\u2019assied sur le banc pr\u00e8s de l\u2019all\u00e9e et ouvre une revue. Chacun a son banc attitr\u00e9. Arriver trop tard (et )c\u2019est risquer de le voir d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9. Le jardin est travers\u00e9 par une all\u00e9e. \u00c0\u00a0 gauche, le toboggan jaune pr\u00e9vu pour le plus petits\u00a0 est venu remplacer un plus grand, plus haut, au bleu d\u00e9fraichi, des si\u00e8ge en bois mont\u00e9s sur ressort qui repr\u00e9sentent l\u2019un un poney l\u2019autre un chien, plus loin un espace plant\u00e9 mais sans jeux, c\u2019est l\u00e0 que s\u2019assoient en cercle les coll\u00e9giens pour fumer, s\u2019embrasser \u00e0 l\u2019abri des regards. Si l\u2019on continue, on aper\u00e7oit les cours de tennis. C\u2019est ici aussi que les enfants viennent dans l\u2018espoir de trouver une balle jaune fluo \u00e9gar\u00e9e. Puis vient la partie la plus longue du jardin. \u00c0 gauche la piste cyclable, \u00e0 droite les jeux et au fond le bosquet de pins parasols. On ramasse les pignes pour les grillades. \u00c0 gauche aussi, dissimul\u00e9, recouvert de bois, des toilettes publiques, on ne voit jamais personne les utiliser. Personne n\u2019est jamais bien loin de chez soi dans ce bourg. Un peu en avant, une plaque de pluvial, et en-dessous, certains enfants le savent, un crocodile. Le crocodile. Elle a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, plus \u00e2g\u00e9e que la moyenne. Sa fille a huit ans. Elle est parfois accompagn\u00e9e d\u2019une jeune fille, enfant d\u2019une premi\u00e8re union, d\u2019un premier lit disait-on, d\u2019un premier mariage, d\u2019un autre p\u00e8re. La m\u00e8re porte un foulard nou\u00e9 sur sa t\u00eate chauve. Des m\u00e8res essentiellement. On conna\u00eet les p\u00e8res pour les apercevoir parfois. On conna\u00eet les pr\u00e9noms des enfants. Zo\u00e9. Le p\u00e8re est accompagn\u00e9 de deux petits chiens fris\u00e9s. La fillette grandit, d\u00e9m\u00e9nage avec sa m\u00e8re. Le p\u00e8re change de banc, opte pour un en centre ville, dort dans sa voiture, les chiens vieillissent, changent, mais toujours de petits chiens aux poils fris\u00e9s l\u2019accompagnent. Retourne-t-il parfois au jardin d\u2019enfants? C\u2019est un notable de la ville, m\u00e9decin, lettr\u00e9, musicien, et aimant qu\u2019on le sache. On le sait. Il est de garde de sa petite-fille. C\u2019est habituellement \u00e0 sa femme que cette garde revient. La gamine fait des tours de toboggan. Encore et encore. Le vieil homme s\u2019endort. Les m\u00e8res qui ont tout vu surveillent la fillette. Des gamins font la queue aux balan\u00e7oires, se disputent, s\u2019approchent de peur de perdre leur tour. L\u2019un, impatient, ne voit pas la balan\u00e7oire venir vers lui. On accourt pour arr\u00eater la balan\u00e7oire et soigner l\u2019enfants allong\u00e9 sur les graviers. Les graviers seront un jour remplac\u00e9s par un rev\u00eatement caoutchouteux, le tourniquet en bois par un autre en fer \u00e0 hauteur variable, le second toboggan par une araign\u00e9e, des agr\u00e8s destin\u00e9s aux plus grands. Des tapis et couvertures sont \u00e9tal\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre des arbres. Des b\u00e9b\u00e9s\u00a0 jouent avec leur pieds, les fr\u00e8res et soeurs plus grand p\u00e9dalent dans l\u2019all\u00e9e, jouent \u00e0 cache-cache. Tilleul, eucalyptus, grenadier, robinier, pins parasols, buis sont autant de cachette. No\u00e9 accompagn\u00e9 de sa grand-m\u00e8re joue avec ses animaux en plastique. On demande \u00e0 ceux qui veulent jouer au ballon d\u2019aller plus loin. Pierre s\u2019\u00e9lance en courant \u00ab\u00a0 des romains me poursuivent\u00a0\u00bb. C\u2019est avec une\u00a0\u00e9charpe pass\u00e9e sous les bras qu\u2019il a appris \u00e0 marcher, sur la murette, tandis que sa m\u00e8re le maintenait droit avec les pans de l\u2019\u00e9charpe. Damien et Nicolas viennent d\u2019arriver, Jean les suit accompagn\u00e9 de Florian, Maeva pr\u00e9-adolescente n\u2019accompagne que rarement Lucas. Ici c\u2019est la jardin d\u2019enfants, plus loin les tennis, le coll\u00e8ge avec en face la salle de judo. Lieux invisibles tant qu\u2019on n\u2019a pas d\u2019enfants.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On l\u2019appelle le jardin d\u2019enfants ou le parc. C\u2019est selon. Selon quand, selon qui. Ou le jardin, tout simplement. Inutile d\u2019arriver trop t\u00f4t. Avant quinze heures, une vieille dame assise sur un banc, tout au plus. Le matin, on peut voir quelques coll\u00e9giens en train de se balancer ou de tournicoter. 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