{"id":162711,"date":"2024-07-12T00:48:54","date_gmt":"2024-07-11T22:48:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162711"},"modified":"2024-07-12T00:51:25","modified_gmt":"2024-07-11T22:51:25","slug":"anthologie-14-comme-tu-veux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-14-comme-tu-veux\/","title":{"rendered":"#anthologie #14 | comme tu veux"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Fais comme tu veux \u00bb, dit-il. La phrase tombe, s\u00e8che et tranchante, dans l\u2019air d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 de sous-entendus. L\u2019intonation, elle n\u2019est pas \u00e0 prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, malgr\u00e9 le ton de la plaisanterie, mais une plaisanterie qui porte en elle cette pointe d\u2019ironie, si subtile qu\u2019elle pourrait presque passer inaper\u00e7ue. Elle est l\u00e0, ind\u00e9niable, une ironie qui se d\u00e9guste froide, qui s\u2019insinue dans les interstices du dialogue comme un courant d\u2019air glac\u00e9. Oui, il me laisse faire \u00e0 ma guise, mais c\u2019est un laissez-passer charg\u00e9 de menaces voil\u00e9es. \u00c0 mes risques et p\u00e9rils, comme on lance un d\u00e9fi \u00e0 un type qui ignore qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 perdu. Et les cons\u00e9quences, ah, les cons\u00e9quences\u2026 Elles seront miennes, toutes miennes. Si le sort s\u2019acharne, si le destin se montre cruel, ce sera tant pis pour moi. Pas d\u2019\u00e9paule compatissante sur laquelle pleurer, pas de main secourable pour me relever. Non, rien de tout cela. Juste le poids de ma d\u00e9cision h\u00e2tive, Et si l\u2019on venait \u00e0 parler de moi, ce serait pour dire : \u00ab C\u2019est sa faute, il n\u2019a que ce qu\u2019il m\u00e9rite \u00bb. Aucun \u00ab Mon pauvre vieux, t\u2019es vraiment pas verni \u00bb, non, aucune compassion. Juste le silence et le regard de ceux qui me font comprendre que je suis le seul \u00e0 bl\u00e2mer dans cette affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Fais comme tu veux \u00bb, c&rsquo;est ce que je laisse \u00e9chapper, d&rsquo;une voix qui se veut l\u00e9g\u00e8re, presque indiff\u00e9rente. Mais au fond, je suis presque en col\u00e8re. Pourquoi viens-tu \u00e0 moi avec cette demande, comme si j&rsquo;\u00e9tais capable de d\u00e9cider pour toi ? La confiance que tu m\u2019accordes est bien trop lourde \u00e0 porter. J\u2019ignorais jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui que tu me consid\u00e9rais comme un ami aussi proche, avec tant de pouvoir. Je pr\u00e9f\u00e8re garder un peu de distance et botter en touche. C&rsquo;est une responsabilit\u00e9 qui me d\u00e9passe, qui me terrifie. Crois-tu vraiment que je suis le genre de type qui peut r\u00e9pondre \u00e0 une telle question ! D\u00e9j\u00e0 que je peine \u00e0 faire mes propres choix, et que ceux d\u00e9j\u00e0 fait ne m\u2019ont amen\u00e9 que des soucis, comment pourrais-je choisir pour toi ? Mieux vaut que tu suives ton propre chemin, que tu \u00e9coutes cette petite voix qui est la tienne. Et si tu n\u2019entends rien, mieux vaut t\u2019\u2019en remettre&nbsp; au hasard, je n\u2019ai pas de d\u00e9 ni de pi\u00e8ce, et m\u00eame si j\u2019en avais, je ne te les pr\u00eaterais pas, tu pourrais par la suite m\u2019accuser de je ne sais quel subterfuge de magicien, je ne veux \u00eatre associ\u00e9 ni de pr\u00e8s, ni de loin, \u00e0 ce choix corn\u00e9lien. Ainsi, fais comme tu veux et fous-moi la paix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Fais comme tu veux&nbsp;\u00bb dit-elle, avec une nonchalance \u00e9tudi\u00e9e, sans que je puisse lire si, derri\u00e8re cette phrase, elle pr\u00e9f\u00e8rerait l\u2019un ou l\u2019autre. Je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 deviner ce qu\u2019elle cherche \u00e0 dire derri\u00e8re des phrases pareilles. Je suis l\u00e0, scrutant les profondeurs de son regard, cherchant un indice, un signe, quelque chose qui me dirait ce qu&rsquo;elle pr\u00e9f\u00e8re vraiment. D&rsquo;ordinaire, avec d\u2019autres, je sais lire entre les lignes, anticiper les pens\u00e9es, d\u00e9jouer les sous-entendus avant m\u00eame qu&rsquo;ils ne s&rsquo;infiltrent dans l&rsquo;air, ce qui me permet d\u2019avoir toujours un coup d\u2019avance, et d\u00e9samorce tant d\u2019angoisse. Mais avec elle, je tombe toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mes talents habituels de d\u00e9chiffreur de silences semblent s&rsquo;\u00e9vaporer. Je suis paralys\u00e9 par la peur de mal faire, de mal choisir. Alors je reste l\u00e0, fig\u00e9 face \u00e0 son attente illisble, le temps parait bien long. Je d\u00e9tourne le regard, \u00e0 droite, \u00e0 gauche, je presse mes l\u00e8vres l&rsquo;une contre l&rsquo;autre, je m\u00e2chonne le bout de mes ongles, tentant vainement d&rsquo;occuper mon corps immobile pour simuler une r\u00e9flexion profonde. Mais la v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est que je suis compl\u00e8tement perdu, j\u2019ignore ce qu\u2019elle d\u00e9sire ! Comment faire comme je veux quand ce que je veux vraiment, c&rsquo;est r\u00e9pondre \u00e0 son d\u00e9sir cach\u00e9, tout en restant l\u00e0, incertain et silencieux, esp\u00e9rant qu&rsquo;elle me confie ses pens\u00e9es sans avoir \u00e0 les formuler ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Fais comme tu veux \u00bb, dit-il. La phrase tombe, s\u00e8che et tranchante, dans l\u2019air d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 de sous-entendus. 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