{"id":162754,"date":"2024-07-12T08:47:58","date_gmt":"2024-07-12T06:47:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162754"},"modified":"2024-07-12T08:47:59","modified_gmt":"2024-07-12T06:47:59","slug":"anthologie-19-l-des-images-comme-des-reves","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-19-l-des-images-comme-des-reves\/","title":{"rendered":"#anthologie #19 l Des images comme des r\u00eaves"},"content":{"rendered":"\n<p>Je n&rsquo;avais aucune image d&rsquo;Istanbul avant d&rsquo;y arriver. L&rsquo;impression d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 persiste. Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;image avant et maintenant celles qu&rsquo;il me reste en m\u00e9moire sont fragiles et commencent \u00e0 se dissiper apr\u00e8s trois semaines. Je dois faire un effort pour me souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune femme de l\u2019h\u00f4tel fume la shisha. L&rsquo;objet bleu tranche avec le vert du gazon synth\u00e9tique de la cour o\u00f9 nous prenions le petit d\u00e9jeuner et elle ses pauses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le serveur du restaurant dont je n&rsquo;ai plus le nom. Il est fin et son sourire est doux. Il m\u2019invite toujours \u00e0 m\u2019asseoir pour attendre mon take away. Quand je dois payer, il me montre la calculatrice pour m&rsquo;indiquer le montant. Nous parlons par \u00e9crans interpos\u00e9s. J&rsquo;ai crois\u00e9 son regard. Je croise peu les regards.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plateau de loukoum \u00e0 l&rsquo;accueil de l&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un \u00e9l\u00e9phant en bois laiss\u00e9 l\u00e0 par un ami de E qui s&rsquo;amuse \u00e0 abandonner des objets lors de ses voyages comme des bouts de lui qu&rsquo;il offre au monde. Je suis superstitieuse. Je n&rsquo;oserai jamais laisser quoique ce soit dans un pays o\u00f9 j&rsquo;ai peu de chance de revenir et de retrouver ce que j&rsquo;y aurais laiss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aziz un chauffeur de taxi. Il s&rsquo;arr\u00eate et me sourit. Je monte devant. Il m&rsquo;a retrouv\u00e9 \u00e0 la place Taksim. Lui je le regarde et il me regarde aussi. Il est habill\u00e9 tout de blanc. Il est \u00e0 l&rsquo;aise. Il est chez lui. Il parle la langue. II mange des olives et boit sa bi\u00e8re et tapotant sur l&rsquo;\u00e9cran et je peux lire \u00ab\u00a0thanks good to ever invented this\u00a0\u00bb en parlant de google traduction.<\/p>\n\n\n\n<p>Les v\u00eatements et les chaussures us\u00e9es d\u00e9pos\u00e9s sur le trottoir et propos\u00e9s \u00e0 la vente des passants non loin du Victorious caf\u00e9. Des hommes sont assis sur de petits bancs \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et fument et boivent du th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plafond du hammam et ces 42 \u00e9toiles dispos\u00e9es en cercle d&rsquo;o\u00f9 passe la lumi\u00e8re. Je les ai compt\u00e9s. La femme qui me lave est seins nus.<\/p>\n\n\n\n<p>La vue de la fen\u00eatre de la chambre 303 du grand almira hotel. Un terrain vague rempli de cageots en plastique bleu. Un immeuble en vis-\u00e0-vis et une fen\u00eatre que je domine me laisse voir un bout de table. Je n&rsquo;ai aper\u00e7u aucune silhouette.<\/p>\n\n\n\n<p>Les minarets dans l&rsquo;horizon depuis la terrasse panoramique du restaurant Dudu. Un immense drapeau turc flotte dans le vent au loin. J&rsquo;ai coll\u00e9 un magnet du drapeau sur mon frigo au cas o\u00f9 j\u2019oublierais que je suis all\u00e9e un jour \u00e0 Istanbul.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images s\u2019effacent. Elles deviennent des r\u00eaves dont on cherche \u00e0 se souvenir. Ils s&rsquo;\u00e9loignent encore plus quand on cherche \u00e0 les retenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;avais aucune image d&rsquo;Istanbul avant d&rsquo;y arriver. L&rsquo;impression d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 persiste. Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;image avant et maintenant celles qu&rsquo;il me reste en m\u00e9moire sont fragiles et commencent \u00e0 se dissiper apr\u00e8s trois semaines. Je dois faire un effort pour me souvenir. La jeune femme de l\u2019h\u00f4tel fume la shisha. 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