{"id":162833,"date":"2024-07-12T13:50:53","date_gmt":"2024-07-12T11:50:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162833"},"modified":"2024-07-13T08:54:55","modified_gmt":"2024-07-13T06:54:55","slug":"03-facon-tarkos-le-petit-naufrage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-facon-tarkos-le-petit-naufrage\/","title":{"rendered":"# anthologie #03, fa\u00e7on Tarkos, le petit naufrag\u00e9*"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"746\" class=\"wp-image-162852\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/R.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/R.jpg 700w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/R-394x420.jpg 394w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une plage turque, en septembre 2015, Je suis tomb\u00e9e nez \u00e0 nez devant cet enfant naufrag\u00e9. L&rsquo;enfant mort \u00e9tait par terre, oui par terre, une forme petite, rouge et bleue, du noir aussi sous ses chaussures. Et d\u00e8s que je l\u2019ai vu, d\u00e8s que j\u2019ai vu cet enfant immobile, couch\u00e9 sur le ventre, t\u00eate tourn\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9 gauche, les bras le long du corps comme des algues, je me suis dit je vais le soulever, je vais le prendre dans mes bras, je vais le garder avec moi. Mais je le pensai seulement . Je pensais, oui , je vais prendre cet enfant mort dans mes bras. Mais quand je le regardais \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9cran de la t\u00e9l\u00e9, il ne se soulevait pas. Quand je le regardais, je me disais, tiens comment se fait-il que mon regard affol\u00e9 ne soul\u00e8ve pas cet enfant mort. Pourtant je le regardais attentivement et je voulais vraiment, je l\u2019avais vraiment imprim\u00e9 dans ma t\u00eate, le fait que cet enfant mort, je pourrais le prendre dans mes bras et le bercer. Et, en m\u2019imaginant comme \u00e7a prendre l&rsquo;enfant mort dans mes bras, je me disais: Bon, une fois que tu l&rsquo;auras pris dans tes bras, qu\u2019est-ce que tu fais ? C\u2019est-\u00e0-dire que, je m\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 avec l&rsquo;enfant mouill\u00e9 dans les bras, un enfant inerte pesant de tout son poids, bizarrement l\u00e9ger , une masse ti\u00e8de, gonfl\u00e9e d&rsquo;eau de mer, lourde de d\u00e9rive, dans les bras, je l\u2019aurais soulev\u00e9e \u00e0 mains nues, je l\u2019aurais, oui je me serais pench\u00e9e, je l\u2019aurais pris contre, contre moi et je l\u2019aurais arrach\u00e9 au sable et je le serrerais dans mes bras, je le presserais contre moi, et une fois que je l\u2019aurais\u2026 sur moi, je ne saurais plus quoi en faire. C\u2019est \u00e7a , la difficult\u00e9, c\u2019est que, je m\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 l\u2019avoir pris, l\u2019avoir soulev\u00e9 dans mes bras, mais je savais plus quoi en faire, une fois que je l\u2019ai eu port\u00e9 une premi\u00e8re fois. Je n&rsquo;\u00e9tais pas sa m\u00e8re, ni sa grand-m\u00e8re, ni sa tante, ni sa grande cousine, je ne parlais m\u00eame pas sa langue. Donc je m\u2019imaginais tr\u00e8s bien, m\u00eame instantan\u00e9ment, d\u00e8s que j\u2019ai vu le petit seul par terre, je me suis dit je vais le prendre dans mes bras. Y a qu\u2019une chose \u00e0 faire si je vois un enfant par terre, je le prends je le soul\u00e8ve, alors, je le soul\u00e8ve avec\u2026 en me penchant et en le prenant avec mes mains nues, parce que\u2026 simplement par le regard, m\u00eame en le regardant attentivement, ce jour l\u00e0 il ne se soulevait pas. C\u2019est -\u00e0 -dire <em>que j\u2019avais pas un regard souleveur. <\/em>Pourtant je le regardais attentivement et je voulais le prendre dans mes bras, par instinct maternel imp\u00e9rieux, mais mon regard \u00e0 lui tout seul, ne soulevait rien n\u2019arrivait pas \u00e0 soulever le petit corps foutu. Alors je l\u2019ai imagin\u00e9, plut\u00f4t que de le regarder, et de me dire que mon regard allait le ramener \u00e0 la vie et vers moi d&rsquo;abord,je\u2026 je pensais, je m\u2019imaginais, je m\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0, me penchant, je m\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 l\u2019avoir lov\u00e9 dans mes bras, l&rsquo;arrimer avec mes mains, le prendre, le ramasser, le porter un peu vers le haut, comme s&rsquo;il ne dormait pas et le coller sur moi, et l\u2019avoir dans les bras contre mon coeur battant la chamade. Et une fois que je l\u2019avais dans les bras je ne savais plus quoi en faire. Donc je restais l\u00e0, avec l&rsquo;enfant, l&rsquo;enfant mort, sur moi, dans ma t\u00eate, puisque je m\u2019imaginais vraiment avoir pris ce petit dans mes bras, et je savais pas quoi en faire, parce qu&rsquo;il \u00e9tait lourd, mais je savais pas pourquoi j\u2019avais pris cet enfant, qui n&rsquo;\u00e9tait pas le mien dans mes bras, parce que je n\u2019avais aucune raison d&rsquo;intervenir, je n&rsquo;\u00e9tais pas un garde-c\u00f4te, ni le photographe qui a capt\u00e9 la sc\u00e8ne, j\u2019\u00e9tais pas en train de fl\u00e2ner sur ce rivage ou de revenir d&rsquo;une baignade, donc je n\u2019avais pas de raison de prendre cet enfant l\u00e0, ce minuscule noy\u00e9 dans mes bras mais c\u2019est simplement, d\u2019\u00eatre, d\u2019\u00eatre tomb\u00e9 nez \u00e0 nez avec l&rsquo;image t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e gros plan d&rsquo; un enfant seul par terre, qui m\u2019a donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e tout de suite quand je l\u2019ai vu, je me suis dit cet enfant abandonn\u00e9 il faut que je le sauve dans mes bras. Parce qu\u2019il faut absolument que je le porte, il faut que je le soul\u00e8ve, il faut que je le tienne fermement contre moi. Pour moi, un enfant mort par terre tout seul, n\u2019est pas responsable de son sort ,lui, il n\u2019a plus de conscience, il n&rsquo;appelle pas ses parents, il est tout seul par terre et il se tient sage, et il tient toute sa place de sa sagesse mortelle. Et moi de mon c\u00f4t\u00e9, le voyant par terre seul, je me suis dit en boucle: il faut que qu&rsquo;il se r\u00e9fugie dans mes bras, il faut que je l&#8217;emporte avec moi .Et et de l\u00e0 est n\u00e9e une sorte, une sorte d&rsquo;obsession \u00e0 vouloir porter tous les enfants tourment\u00e9s par la guerre, l&rsquo;abandon, l&rsquo;exil&#8230; sur mon coeur pour rejoindre celui des m\u00e8res Pi\u00e9ta , ou des hommes penauds tout autour de la plan\u00e8te. Je sais on ne peut pas porter plus d&rsquo;un enfant mort \u00e0 la fois, mais \u00e0 plusieurs, on peut imaginer un autre destin aux \u00eatres qui sortent de nos ventres. M\u00eame d\u00e9flagration \u00e9motive l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier \u00e0 la disparition du petit Emile et la photo virale de sa fleur jaune de pissenlit, coinc\u00e9e entre son oreille droite et son cr\u00e2ne. Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame trag\u00e9die&#8230; cependant \u00ab\u00a0un enfant qui meurt&#8230; est un enfant qui meurt&#8230; chantait Barbara. Un enfant porte en lui le destin de toute sa lign\u00e9e et bien davantage. Il est le \u00ab\u00a0parpaing\u00a0\u00bb fragile de tous nos \u00e9difices familiaux et sociaux. Sa place n&rsquo;est pas par terre, ni dans les cimeti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>La mort d\u2019Alan Kurdi (kurde : Alan Kurd\u00ee, initialement orthographi\u00e9 par la presse Aylan Kurdi), un gar\u00e7on syrien d&rsquo;origine kurde, r\u00e9fugi\u00e9 de la guerre civile syrienne, noy\u00e9 le 2 septembre 2015 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trois ans, entra\u00eene une onde de choc mondiale et relance la question de l&rsquo;accueil des migrants syriens lorsque plusieurs photographies de sa d\u00e9pouille gisant sur une plage de Turquie sont relay\u00e9es dans la presse internationale.<\/em> Source WIKIPEDIA<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur une plage turque, en septembre 2015, Je suis tomb\u00e9e nez \u00e0 nez devant cet enfant naufrag\u00e9. L&rsquo;enfant mort \u00e9tait par terre, oui par terre, une forme petite, rouge et bleue, du noir aussi sous ses chaussures. 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