{"id":162886,"date":"2024-07-12T15:09:13","date_gmt":"2024-07-12T13:09:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162886"},"modified":"2024-07-12T15:09:14","modified_gmt":"2024-07-12T13:09:14","slug":"anthologie-21-instants-delle-revisites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-21-instants-delle-revisites\/","title":{"rendered":"# anthologie #21 | instants d&rsquo;elle revisit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p><em>C&rsquo;est le texte correspondant \u00e0 la proposition 10 qui a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de mon choix<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On dit qu&rsquo;elle a cinquante-sept ans quand elle d\u00e9cide de reconsid\u00e9rer ce qui a \u00e9t\u00e9 son enfance.(<strong>1<\/strong>) Est-ce bien utile de remuer ce pass\u00e9 dont elle ne s&rsquo;est jamais remise. Le regard perdu sur le papier, elle commence d&rsquo;aligner les phrases qui tenteront de dire parfois m\u00eame l&rsquo;indicible. Sait-elle qu&rsquo;il lui reste bien peu de temps \u00e0 vivre et qu&rsquo;il est vraiment temps de faire ce travail ?<strong>(2)<\/strong><em> <\/em><em>Imaginer<\/em><em> une prose bien travaill\u00e9e, presque brillante, vir<\/em><em>e<\/em><em>voltant comme une hirondelle, se coulant dans les langes du vent.<\/em>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9puisement qu&rsquo;elle ressent la gagner, elle se met au travail. Et telles des vagues<strong> (3)<\/strong> qui se cognent inlassablement contre les rochers, elle d\u00e9roule les ann\u00e9es, sans trop se soucier de chronologie. \u00c0 la lumi\u00e8re du soir (<strong>4)<\/strong>, c&rsquo;est \u00e0 5 ans, \u00e0 10 ans, \u00e0 15 ans o\u00f9 la figure du p\u00e8re prend toute la place. Elle conserve des images de leurs deux silhouettes pench\u00e9es sur quelque livre. Des bribes de conversations se recousent, enrubann\u00e9es de fioritures. \u00c0 tous les \u00e2ges de la vie, des hommes ont occup\u00e9 l&rsquo;espace comme la houle sur la mer. Avec des liens d&rsquo;attachement voulus ou subis. Vers l&rsquo;\u00e2ge de cinq ou six ans les mains d&rsquo;un fr\u00e8re qui s&rsquo;insinuent sur elle (<strong>5<\/strong>) . Plus tard, \u00e0 l&rsquo;adolescence, ce sera un autre fr\u00e8re (<strong>6<\/strong>). Entre et apr\u00e8s il faut vivre et affronter le monde qui ne la comprend pas toujours. Heureusement la m\u00e8re, la s\u0153ur, des corps o\u00f9 s&rsquo;appuyer, tant qu&rsquo;ils demeurent. <em>Dire les couleurs de l&rsquo;enfance<\/em><em> ou des tissus qui enveloppaient les songes. Dire ce qui brillait .<\/em> \u00c0 trente ans il y a un mariage (<strong>7<\/strong>), atypique, mais union malgr\u00e9 tout, sans les enfants qu&rsquo;elle souhaite, mais qu&rsquo;on (<strong>8<\/strong>) lui interdit d&rsquo;avoir, car de sant\u00e9 trop fragile, sant\u00e9 mentale. L&rsquo;\u00e9criture la sauve, la lecture la nourrit ou inversement. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e2ge pour les crises d&rsquo;\u00eatre. Elle en traverse \u00e0 plusieurs reprises, toutes douloureuses et qui l&rsquo;amputent d&rsquo;une partie d&rsquo;elle-m\u00eame. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e2ge non plus pour affronter les deuils qui la mart\u00e8lent d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. <em>\u00c9voquer les lieux pour s&rsquo;extirper de ce qui tire vers les bas-fonds. <\/em>\u00c0 tous les \u00e2ges, l&rsquo;attirance de la ville et l&rsquo;attrait de la campagne (<strong>9<\/strong>) , mais il faut les deux pour trouver un \u00e9quilibre, \u00e0 la fois la vie presque monastique dans un village retir\u00e9, pour l&rsquo;ampleur de l&rsquo;\u00e9criture, et la tr\u00e9pidation de la grande ville pour se sentir exister presque comme une personne normale. Et le bruit de la mer qui n&rsquo;en finit pas de circuler en elle et dont elle ne cesse de parler dans les livres qui sont publi\u00e9s. Elle raconte, n&rsquo;arr\u00eate pas d&rsquo;\u00e9crire des r\u00e9cits qui lui ressemblent, qui tournent et retournent sur eux-m\u00eames, se br\u00fblent aux entournures, souvent fr\u00f4l\u00e9s par une lumi\u00e8re de c\u00f4t\u00e9 qui donne \u00e0 voir quelque fissure. Des \u00e9pluchures de soi tombent entre les pages, et quand le soleil s&rsquo;\u00e9teint \u00e0 la fin de ses livres, il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 tomber \u00e0 son tour.(<strong>10)<\/strong><em> Terminer ses histoires par un peu de lumi\u00e8re, on voudrait bien. <\/em>La fin (11) elle ne pourra pas l&rsquo;\u00e9crire puisque c&rsquo;est la fin: elle a cinquante-neuf ans et a atteint les limites qu&rsquo;elle peut supporter. <em>Conserver ce qui lui a donn\u00e9 cette force d&rsquo;\u00e9crire malgr\u00e9, et remercier. <\/em><em>Son ombre est tout pr\u00e8s. <\/em><em>Ne pas pouvoir en dire davantage.<\/em><em>(<\/em><strong>12)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>N<\/strong><strong>otes:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(1) <\/strong>C&rsquo;est Vanessa Bell, qui sugg\u00e8re \u00e0 sa s\u0153ur Virginia Woolf d&rsquo;\u00e9crire ses m\u00e9moires avant d&rsquo;\u00eatre trop vieille. Celle-ci note m\u00eame la date o\u00f9 elle entreprend son r\u00e9cit: dimanche 16 avril 1939. Comme elle est n\u00e9e le 25 janvier 1882, elle a exactement 57 ans.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(2)<\/strong> Virginia se suicidera le 28 mars 1941, soit deux ann\u00e9es apr\u00e8s la r\u00e9daction du texte \u00ab Une esquisse du pass\u00e9 \u00bb, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 59 ans. Elle se suicide en se jetant dans l&rsquo;Ouse, la rivi\u00e8re pr\u00e8s de Monk&rsquo;s House, sa maison de Rodmell.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(<\/strong><strong>3)<\/strong> Discret rappel du livre \u00ab Les Vagues \u00bb sur lequel elle travaillera durant des ann\u00e9es, qui sera publi\u00e9 en 1931.Livre qui sort vraiment des sentiers battus de la litt\u00e9rature, o\u00f9 l&rsquo;on a de la difficult\u00e9 \u00e0 entrer, mais dont on ne se d\u00e9tache pas une fois lu. Un livre qui m&rsquo;accompagne depuis des ann\u00e9es, gr\u00e2ce auquel j&rsquo;ai anim\u00e9 tout un cycle d&rsquo;ateliers d&rsquo;\u00e9criture, et qui n&rsquo;a pas encore fini de me hanter puisque je continue d&rsquo;\u00e9crire en \u00e9cho.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>4<\/strong>) C&rsquo;est un myst\u00e8re pour moi que ce d\u00e9but de phrase. Je pense que j&rsquo;ai d\u00fb oublier un morceau de phrase quelque part, mais je ne l&rsquo;ai pas retrouv\u00e9. Est-ce que j&rsquo;ai voulu dire qu&rsquo;elle \u00e9crivait cela \u00e0 la fin de sa vie ? Est-ce que c&rsquo;est moi qui \u00e9crivait ce texte le soir? Enigme d&rsquo;une \u00e9criture sans doute trop h\u00e2tive. Ce que j&rsquo;ai voulu noter l\u00e0 c&rsquo;est l&rsquo;omnipr\u00e9sence du p\u00e8re et surtout son emprise. Par contre il m&rsquo;apparait que je n&rsquo;\u00e9voque pas vraiment la m\u00e8re. Et que j&rsquo;aurais d\u00fb parler aussi de tous les deuils que Virginia a subis dans son jeune \u00e2ge. Je n&rsquo;ai parl\u00e9 que de l&#8217;emprise des hommes, sans doute y aurait-il encore \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 creuser autour de cela.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>5<\/strong> ) Ce fr\u00e8re, demi-fr\u00e8re exactement, est G\u00e9rald Duckworth, et c&rsquo;est la sc\u00e8ne devant le miroir du hall. Ce sont des attouchements qu&rsquo;elle \u00e9voque, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;une toute petite fille; et le malaise qu&rsquo;elle ressent et sur lequel \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque elle ne peut mettre des mots. Mais dans ce texte, que l&rsquo;on trouve en fran\u00e7ais sous le nom de \u00ab Instants de vie\u00bb, elle en parle en une quinzaine de lignes. Et elle finit ce paragraphe par ces deux phrases: <em>Cela semble montrer qu&rsquo;un sentiment concernant certaines parties du corps \u2014 qu&rsquo;il ne faut pas les toucher \u2014 doit \u00eatre instinctif. Cela prouve que Virginia Woolf n&rsquo;est pas n\u00e9e le 25 janvier 1882, mais n\u00e9e des milliers d&rsquo;ann\u00e9es auparavant; et qu&rsquo;elle a d\u00fb affronter d\u00e8s le d\u00e9but des instincts d\u00e9j\u00e0 acquis par des milliers d&rsquo;a\u00efeules dans le pass\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>(<\/em><strong>6<\/strong><em>) <\/em>Il s&rsquo;agit du deuxi\u00e8me demi-fr\u00e8re de Virginia, Georges Duckworth qui, alors que son p\u00e8re est en train de mourir, abuse d&rsquo;elle.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>7<\/strong>) Virginia Stephen \u00e9pouse Leonard Woolf en 1912, avec qui elle fondera en 1917 la maison d&rsquo;\u00e9dition Hogarth Press.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>8<\/strong>) Son mari et son m\u00e9decin. Il y a des pol\u00e9miques \u00e0 ce sujet, mais elle n&rsquo;aura pas d&rsquo;enfants, alors m\u00eame qu&rsquo;elle aurait souhait\u00e9 devenir m\u00e8re. Sa sant\u00e9 psychologique fragile, ses tentatives de suicide ont orient\u00e9 cette prise de d\u00e9cision \u00e0 laquelle on n&rsquo;est pas vraiment s\u00fbr qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e..<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>9<\/strong>) Ses lieux de vie oscilleront entre Londres et Rodmell, pour ne citer que les plus connus. Mais il ne faudrait pas oublier Saint-Ives, en Cornouailles, o\u00f9 elle a pass\u00e9 ses vacances d&rsquo;enfant et qu&rsquo;elle adorait. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, on le retrouve dans le livre \u00ab La promenade au phare \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>10<\/strong>) Je fais ici allusion \u00e0 la fin des \u00ab Vagues \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>11<\/strong>) C&rsquo;est bien s\u00fbr de son suicide qu&rsquo;il s&rsquo;agit, lorsque, les poches de son manteau emplies de pierres, elle est entr\u00e9e dans l&rsquo;eau, apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 une lettre d&rsquo;adieu \u00e0 Leonard o\u00f9 elle le remerciait d&rsquo;avoir partag\u00e9 sa vie avec elle, et lui signifiant qu&rsquo;elle a la certitude de devenir folle, et qu&rsquo;elle n&rsquo;en peut plus. Elle venait d&rsquo;achever son dernier livre \u00ab Entre les actes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>(<strong>12) <\/strong>Cette travers\u00e9e de la vie de Virginia ne repr\u00e9sente que quelques flashes de sa vie. \u00c0.trois autres reprises, je me suis appuy\u00e9e sur elle pour \u00e9crire dans ce cycle. En \u00e9cho et pour me relier \u00e0 un autre travail d&rsquo;\u00e9criture que j&rsquo;essaie de mener. Cette autrice, que j&rsquo;ai lue, relativement tard dans ma vie, car elle m&rsquo;impressionnait et je ne pensais pas \u00eatre dans la capacit\u00e9 de l&rsquo;aborder, m&rsquo;a offert des bonheurs de lecture et des incitations \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture qui me ravissent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est le texte correspondant \u00e0 la proposition 10 qui a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de mon choix On dit qu&rsquo;elle a cinquante-sept ans quand elle d\u00e9cide de reconsid\u00e9rer ce qui a \u00e9t\u00e9 son enfance.(1) Est-ce bien utile de remuer ce pass\u00e9 dont elle ne s&rsquo;est jamais remise. 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