{"id":162927,"date":"2024-07-12T17:10:10","date_gmt":"2024-07-12T15:10:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=162927"},"modified":"2024-07-12T19:52:11","modified_gmt":"2024-07-12T17:52:11","slug":"anthologie-21-complement-denquete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-21-complement-denquete\/","title":{"rendered":"#anthologie #21 | Compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Marque page<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En vidant la maison apr\u00e8s sa mort (1), on a retrouv\u00e9 des centaines de photos en papier glac\u00e9, couleur et aussi noir et blanc (2) de son pass\u00e9, d\u00e9pass\u00e9, qu\u2019elle glissait dans les livres de sa biblioth\u00e8que emplie de romans (3). Mani\u00e8re peut-\u00eatre de les garder vivantes, \u00e0 l\u2019abri, entre des pages complices. Mani\u00e8re de faire resurgir la m\u00e9moire (4) quand il lui prenait l\u2019envie de s\u2019embarquer dans une histoire. Mani\u00e8re de tomber sur des traces de vies d\u2019avant devenues marque pages ( 5) .<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>(1)Elle avait tenu bon jusqu\u2019au bout de l\u2019ultime nuit pour mourir entre ses quatre murs, des murs \u00e9pais en pierre, humide l\u2019hiver, chaude l\u2019\u00e9t\u00e9. Une maison \u00e0 la lisi\u00e8re de la for\u00eat. On y venait d\u00e8s qu\u2019on pouvait, elle pr\u00e9parait de la tisane de romarin, on s\u2019installait sous la tonnelle \u00e0 regarder virevolter les hautes herbes du jardin qu\u2019elle ne voulait jamais couper. Elle a r\u00e9ussi son pari, on l\u2019a trouv\u00e9 un matin, endormie pour la vie, dans son lit.<\/li>\n\n\n\n<li>(2)Aucune image de son enfance pendant la guerre, aucune non plus de son p\u00e8re, postier ambulant qui aidait, \u00e0 la gare de l\u2019Est, des juifs \u00e0 passer d\u2019un quai \u00e0 l\u2019autre pour se sauver, une seule de sa m\u00e8re, s\u00e9v\u00e8re, quelques photos au bord dentel\u00e9 avec le nom du photographe et des personnages dont elles ne nous avait jamais parl\u00e9. Les photos couleur \u00e9taient de toutes les \u00e9poques, on la voyait en tailleur et hauts talons, et aussi en jean et chemisier \u00e0 fleurs, fumeuse, cheveux longs, cheveux courts et blonds puis blancs, avec ses enfants, petits, devenus grands, et puis aussi avec ses petites filles. On a pu deviner des paysages des \u00eeles lointaines, ensoleill\u00e9es, et d\u2019autres d\u2019Irlande ou d\u2019Ecosse. On a trouv\u00e9 en pagaille des photos d\u2019arbres, \u00e0 toutes les saisons, on n\u2019a pas pu tous les identifier. Toutes ces photos avaient en commun de n\u2019avoir au dos, aucune date, aucune empreinte.&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>(3)Des romans d\u2019hier et des plus r\u00e9cents, en format poche le plus souvent, empil\u00e9s, mal align\u00e9s, d\u00e9bordant de partout, des noms c\u00e9l\u00e8bres et des moins connus, des s\u00e9ries. Pas de livres de po\u00e9sie, elle qui avait pass\u00e9 son temps \u00e0 la faire rimer, la po\u00e9sie de sa vie, de ses trag\u00e9dies. On a d\u00e9couvert dans sa chambre qu\u2019elle les avait, devant ses yeux, depuis son lit, sur une \u00e9tag\u00e8re, bien rang\u00e9e, bien garnie et aussi une pile, chancelante, sur sa table de nuit.<\/li>\n\n\n\n<li>(4)A la fin, certains, des m\u00e9decins aux infirmi\u00e8res lass\u00e9s d\u2019aller si loin apr\u00e8s le village pour une ordonnance ou une prise de sang, arguaient une maladie, celle qu\u2019aujourd\u2019hui tout le monde craint et qui avant 1906 \u2013 date de son \u00ab&nbsp; d\u00e9couvreur&nbsp;\u00bb &#8211;&nbsp; n\u2019avait pas de nom. Il y avait toujours dans les familles solidement group\u00e9es, jamais \u00e9parpill\u00e9es, une mamie, avachie dans son fauteuil qui \u00ab&nbsp;perdait la t\u00eate&nbsp;\u00bb, comme on disait et dont on se moquait. Maintenant il suffit de laisser voir quelques trous dans sa m\u00e9moire pour \u00eatre catalogu\u00e9 Alzheimeris\u00e9, trait\u00e9 comme tel, et \u00e9vinc\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9. Elle a r\u00e9sist\u00e9 aux moqueurs et manipulateurs. Elle riait de ses amn\u00e9sies, ne s\u2019int\u00e9ressait plus qu\u2019au pr\u00e9sent et narguaient les pseudo sachants. Elle avait eu peut-\u00eatre de bonnes raisons de faire la part belle \u00e0 l\u2019oubli de chapitres, indicibles, de sa vie. On avait eu quelques confidences, qui le resteront.<\/li>\n\n\n\n<li>(5)Le marque page est un objet insolite. Soit il porte bien son nom parce que fabriqu\u00e9 pour son usage. Offert avec un livre \u00e0 la librairie, en carton, en bois fin, d\u00e9cor\u00e9, achet\u00e9 comme tel \u00e9tiquet\u00e9. Soit il est fait main, fait maison. Un bout de papier d\u00e9chir\u00e9 quand on est press\u00e9, un ruban, une plume d\u2019oiseau, une feuille s\u00e9ch\u00e9e. Les images de morceaux de sa vie \u00e9taient dans ses livres, qui marquaient une pause ou une mise \u00e0 l\u2019abri. Ses livres s\u2019ouvraient sur ces photos qui lui racontaient les histoires de sa vie, \u00e0 elle.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Extrait <strong>#anthologie #18 | Poids des mots versus choc des photos<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marque page En vidant la maison apr\u00e8s sa mort (1), on a retrouv\u00e9 des centaines de photos en papier glac\u00e9, couleur et aussi noir et blanc (2) de son pass\u00e9, d\u00e9pass\u00e9, qu\u2019elle glissait dans les livres de sa biblioth\u00e8que emplie de romans (3). Mani\u00e8re peut-\u00eatre de les garder vivantes, \u00e0 l\u2019abri, entre des pages complices. Mani\u00e8re de faire resurgir la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-21-complement-denquete\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #21 | Compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":663,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-162927","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/663"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=162927"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162927\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=162927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=162927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=162927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}