{"id":1631,"date":"2019-06-19T09:36:22","date_gmt":"2019-06-19T07:36:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=1631"},"modified":"2019-08-04T21:18:27","modified_gmt":"2019-08-04T19:18:27","slug":"jetais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/jetais\/","title":{"rendered":"#01 J&rsquo;\u00e9tais"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, d\u00e8s le d\u00e9but, pour accueillir tes mains, tes genoux, toucher tes premi\u00e8res progressions enthousiastes, j&rsquo;\u00e9tais le regard bienveillant de tes parents, j&rsquo;\u00e9tais leur regard de biais sur le coin de la table basse et ta vitesse pr\u00e9tendument exponentielle, j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;appui que tu cherchais sur tes jambes fragiles, agit\u00e9es, impatientes, j&rsquo;\u00e9tais le point d&rsquo;immobilit\u00e9 que tu t\u00e2chais d&rsquo;atteindre, j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 aussi le regard fier de tes parents et toujours le biais vers la table basse, j&rsquo;\u00e9tais alors tes premiers pas, cahin-caha, ta bouche immense o\u00f9 se dessinait le sourire de l&rsquo;univers, j&rsquo;\u00e9tais aussi et encore les bras tendus de tes parents qui suivaient tes mouvements dans le chaos des pens\u00e9es \u00e0 venir, j&rsquo;\u00e9tais le go\u00fbt de pneu des premiers coups de p\u00e9dale, une main ferme dans le dos et deux grandes jambes qui couraient pour encourager ton \u00e9quilibre, j&rsquo;\u00e9tais ce contact un peu brutal avec l&rsquo;arr\u00eat et la main dans le dos qui empoigne le tissu du v\u00eatement pour \u00e9viter la contusion, j&rsquo;\u00e9tais ces randonn\u00e9es en montagne, chaussures de cuir lac\u00e9es au plus pr\u00e8s, le b\u00e2ton fier dans la marche silencieuse, j&rsquo;\u00e9tais la racine profonde de cet arbre qui devint ton ami, pour tant d&rsquo;ann\u00e9es, que tu retrouvais avec la m\u00eame joie et qui cultivait avec un soin infini la patience de tes parents qui devaient, qui savaient, attendre la fin de cet entretien priv\u00e9 qui ne regardait que toi et l&rsquo;\u00e9corce, et la branche sur laquelle tu \u00e9tais assis, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la conversation prenne fin et que reprenne la marche o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais, sentier de terre et de cailloux, compagnon de tes r\u00eaveries, et j&rsquo;\u00e9tais alors ce sable complice qui marquait tes empreintes au firmament des souvenirs, les copains, les vagues, les rochers, j&rsquo;\u00e9tais d&rsquo;ailleurs, encore, le regard de tes parents qui murmuraient aux rochers de se d\u00e9fier de leur col\u00e8re s&rsquo;il t&rsquo;arrivait un malheur, j&rsquo;\u00e9tais cette pierre fra\u00eeche \u00e0 l&rsquo;ombre des glaces fondantes partag\u00e9es en sourires, j&rsquo;\u00e9tais le tapis d&rsquo;\u00e9pines des pin\u00e8des noires t\u00e9moins de nos d\u00e9lires, de nos v\u00e9los d&rsquo;\u00e9quilibre, lui devant, toi derri\u00e8re, debout, j&rsquo;\u00e9tais ce retour vers une maison inconnue qui t&rsquo;avait pourtant vu na\u00eetre et ce bouleau improbable qu&rsquo;on a fini par abattre parce qu&rsquo;il mena\u00e7ait de venir me tutoyer de trop pr\u00e8s, j&rsquo;\u00e9tais cet \u00e9cho des conversations du soir, de maison \u00e0 maison, par les fen\u00eatres ouvertes sur la fra\u00eecheur, avec cet ami que, le jour m\u00eame, j&rsquo;avais accompagn\u00e9 dans vos jeux de terre et de b\u00e2tons, j&rsquo;\u00e9tais ce plancher qu&rsquo;il a fallu traiter &#8211; traiter de quoi, de tous les noms ? &#8211; et qu&rsquo;on a teint de sombre parce que sombre en est le souvenir, j&rsquo;\u00e9tais celui-l\u00e0 m\u00eame qui tendait les bras comme toi tu les tendais vers tes enfants quand ils ont jug\u00e9 que l&rsquo;heure \u00e9tait venue de jauger leur audace \u00e0 l&rsquo;aune de leurs premiers pas, j&rsquo;\u00e9tais ce m\u00eame v\u00e9lo et tu \u00e9tais la main dans le dos, j&rsquo;\u00e9tais celui que tu regardais dans les yeux quand tu n&rsquo;osais pas la regarder dans les yeux, celle que tu quittais parce que trop de sombre, j&rsquo;\u00e9tais les planches de cette sc\u00e8ne o\u00f9 allait se jouer la plus belle pi\u00e8ce de ta vie, un seul acte, deux r\u00f4les, elle qui est entr\u00e9e en sc\u00e8ne et qui t&rsquo;a donn\u00e9 la r\u00e9plique et vous avez su que le texte \u00e9tait \u00e9crit pour vous, j&rsquo;\u00e9tais ce deuxi\u00e8me h\u00f4tel de ville, cette deuxi\u00e8me signature, la bonne cette fois, j&rsquo;\u00e9tais les voyages et les avions o\u00f9 tu regrettes tant que je ne sois pas l\u00e0, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 nouveau les bras tendus et&nbsp; la main dans le dos, j&rsquo;\u00e9tais les le\u00e7ons r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, en rond tourn\u00e9es, parce que rester en place impossible, j&rsquo;\u00e9tais, hier encore, le march\u00e9, l\u00e9gumes, pain, noix et menthe fra\u00eeche, j&rsquo;\u00e9tais et serai toujours l\u00e0, sous tes pas, inlassablement je serai, je serai, je serai&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, d\u00e8s le d\u00e9but, pour accueillir tes mains, tes genoux, toucher tes premi\u00e8res progressions enthousiastes, j&rsquo;\u00e9tais le regard bienveillant de tes parents, j&rsquo;\u00e9tais leur regard de biais sur le coin de la table basse et ta vitesse pr\u00e9tendument exponentielle, j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;appui que tu cherchais sur tes jambes fragiles, agit\u00e9es, impatientes, j&rsquo;\u00e9tais le point d&rsquo;immobilit\u00e9 que tu t\u00e2chais d&rsquo;atteindre, j&rsquo;\u00e9tais <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/jetais\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#01 J&rsquo;\u00e9tais<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":194,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-1631","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/194"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1631"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1631\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}