{"id":163218,"date":"2024-07-13T15:23:48","date_gmt":"2024-07-13T13:23:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163218"},"modified":"2024-07-14T11:09:41","modified_gmt":"2024-07-14T09:09:41","slug":"anthologie-22-une-rue-pas-deux-pas-trois-ma-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-22-une-rue-pas-deux-pas-trois-ma-rue\/","title":{"rendered":"#anthologie #22 | Une rue, pas deux, pas trois, ma rue"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est une rue de banlieue, banale, entre deux ronds-points, communs, d\u2019une longueur que je ne saurai d\u00e9finir, assez \u00e9tendue pour accueillir de part et d\u2019autres&nbsp;: quelques pavillons qui ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la grande mar\u00e9e du b\u00e9ton des ann\u00e9es soixante, des b\u00e2timents d\u2019Habitation \u00e0 Loyer Mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 taille encore humaine fraichement repeints, fen\u00eatres en pvc \u00e0 l\u2019avant, petits balcons \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, un nouveau cimeti\u00e8re, pour soulager celui du vieux village, encombr\u00e9, un coll\u00e8ge, presque moderne et \u00e0 la fa\u00e7ade d\u00e9cor\u00e9e d\u2019une fl\u00e8che tendue vers le ciel, un stade pour les footeux et les rugbymans de la castagne, les sauts en longueur et pas que, les courses contre la montre, un gymnase bond\u00e9 les jours de match de hand ou de basket-ball, et \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, avant de tourner \u00e0 droite pour aller vers le petit centre commercial abandonn\u00e9 par des commer\u00e7ants d\u00e9sargent\u00e9s, une \u00e9glise, ann\u00e9e soixante-deux , ni belle ni moche, avec presque adoss\u00e9 un magnifique pigeonnier en bois comme cir\u00e9 au brou de noix. Une rue o\u00f9 on y vit, peut-\u00eatre encore calmement, on n\u2019y joue pour de vrai comme aux jeux olympiques, on y apprend \u00e0 devenir grand, on y prie le bon dieu avec encore confessionnal le vendredi soir, et o\u00f9 on y repose, pas vraiment en paix, les cris des enfants depuis une \u00e9cole primaire juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 rappelant, de septembre \u00e0 juin, le principe de vie\/mort\/vie. L\u2019\u00e9t\u00e9, la rue s\u2019ennuie, m\u00eame les pigeons semblent partis en vacances.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu ne peux, tu ne pourras jamais l\u2019oublier, m\u00eame avec ces fichus trous de m\u00e9moire qui pars\u00e8ment ton pass\u00e9. Cette rue qui t\u2019a vu arriver \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq ans, avec ta famille et d\u2019o\u00f9 tu t\u2019es enfuie treize ans plus tard. Tu cherches en vain cette sensation \u00e9trange que tu as d\u00fb ressentir comme quand on passe une fronti\u00e8re. Vous veniez du Boulevard de Clichy, le mur de ta chambre de b\u00e9b\u00e9 \u00e9tait coll\u00e9 aux loges du Moulin rouge, avec le man\u00e8ge en bas, le bruit incessant de Paris et vous voil\u00e0 d\u00e9barqu\u00e9s dans le nouveau quartier d\u2019une vieille ville de banlieue, avec ses rues toute neuves, bitum\u00e9es, calmes, bord\u00e9es d\u2019arbrisseaux prometteurs. Heureusement d\u2019autres souvenirs sur ce qui se vivait dans cette rue qui vous a accueillie, sont l\u00e0\u00a0: la messe du dimanche \u00e0 l\u2019\u00e9glise, o\u00f9 il faisait toujours froid, et toi, pimpante, dans des petites robes \u00e0 fleurs que ta m\u00e8re cousait, tard le soir. Le b\u00e2timent o\u00f9 vous habitiez, avec cinq entr\u00e9es, vous le n\u00b0 49, cinq \u00e9tages, vous le quatri\u00e8me. Le parking, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, avec si peu de voitures \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019il servait de terrain de jeux, tu descendais l\u00e0 avec tes poup\u00e9es, plus tard ton tourne disque. Tu montais avec ta m\u00e8re dans sa toute petite Renault 4 CV gris clair qu\u2019elle \u00e9tait fi\u00e8re de conduire, d\u2019avoir os\u00e9 s\u2019\u00e9manciper. Le stade et son gymnase, les \u00e9pop\u00e9es pleines de sueur pour d\u00e9crocher avec ton \u00e9quipe, une joyeuse bande d\u2019adolescentes endiabl\u00e9es, un titre de championne de handball du d\u00e9partement, et aussi les \u00e9preuves sport du Bac, surtout le saut en hauteur, imbattable dans ta cat\u00e9gorie, quelle folie de sauter si haut en ciseaux, pour aller o\u00f9\u00a0? Le coll\u00e8ge, les gar\u00e7ons \u00e0 la sortie, premi\u00e8res cigarettes en cachette, le club de po\u00e9sie avec le professeur de fran\u00e7ais, son magn\u00e9tophone \u00e0 bandes, et ma voix pour le dormeur du val. Et puis\u2026 le b\u00e2timent d\u2019en face du tien, du v\u00f4tre, de celui de ta famille, avec ton p\u00e8re, ta m\u00e8re, ton fr\u00e8re\u2026 le b\u00e2timent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, derri\u00e8re le parking, d\u2019o\u00f9 le malheur est tomb\u00e9\u2026sur toi, sur ta m\u00e8re, sur ton fr\u00e8re. Aujourd\u2019hui quand tu reviens dans cette rue, tu ne vas plus jusqu\u2019au\u00a0N\u00b0 49, tu n\u2019entres plus dans l\u2019\u00e9glise, tu passes devant le coll\u00e8ge sans le regarder, tu voies du coin de l\u2019\u0153il les jeunes jouer dans le stade avant de t\u2019arr\u00eater, en face, au cimeti\u00e8re. L\u00e0 o\u00f9 tu as d\u00e9pos\u00e9 le corps de ta m\u00e8re. Ta m\u00e8re n\u2019a jamais aim\u00e9 le silence. D\u2019o\u00f9 elle est maintenant, tout pr\u00e8s du 49 de cette rue de famille un jour ab\u00eem\u00e9e, d\u00e9sunie, on peut y entendre de septembre \u00e0 juin les cris des enfants turbulents depuis les cours de r\u00e9cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9cole d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. L\u2019\u00e9t\u00e9, tout est ferm\u00e9, esseul\u00e9, sauf le cimeti\u00e8re et le pigeonnier qui jouxte l\u2019\u00e9glise. Les oiseaux tiennent compagnie aux enfants, pas partis, d\u00e9munis.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une rue de banlieue, banale, entre deux ronds-points, communs, d\u2019une longueur que je ne saurai d\u00e9finir, assez \u00e9tendue pour accueillir de part et d\u2019autres&nbsp;: quelques pavillons qui ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la grande mar\u00e9e du b\u00e9ton des ann\u00e9es soixante, des b\u00e2timents d\u2019Habitation \u00e0 Loyer Mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 taille encore humaine fraichement repeints, fen\u00eatres en pvc \u00e0 l\u2019avant, petits balcons \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-22-une-rue-pas-deux-pas-trois-ma-rue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #22 | Une rue, pas deux, pas trois, ma rue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":663,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6589,6056],"tags":[],"class_list":["post-163218","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-22-perec-lieu-reel-lieu-memoriel","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/663"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163218"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163218\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}