{"id":163245,"date":"2024-07-13T16:44:43","date_gmt":"2024-07-13T14:44:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163245"},"modified":"2024-07-13T17:25:54","modified_gmt":"2024-07-13T15:25:54","slug":"anthologie-22-rue-miailhes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-22-rue-miailhes\/","title":{"rendered":"#anthologie #22 | Rue Miailhes"},"content":{"rendered":"\n<p>Depuis l\u2019ennui des grandes et petites vacances, je l\u2019ai regard\u00e9e longtemps, la seule rue Miailhes au monde, situ\u00e9e \u00e0 Canet en Roussillon. Ce mot que j\u2019ai encore du mal \u00e0 \u00e9crire sans chanter dans ma t\u00eate <em>a-i-l-h-e-s<\/em> proviendrait de l\u2019occitan <em>mealha<\/em>; maille, menue monnaie, m\u00e9daille. C\u2019est probablement le surnom d&rsquo;un homme pauvre, devenu nom de famille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les 600 m\u00e8tres de la rue, j&rsquo;ai compt\u00e9 13 ou 14 nids de poules. Au 48, le grand-p\u00e8re a fabriqu\u00e9 son petit pavillon de retraite avec l\u2019aide de son fr\u00e8re, qui vit au 13 ou au 17. C\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es 70. La rue se peuple alors de destin\u00e9es semblables \u00e0 la sienne; celles d\u2019hommes d\u2019une m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, qui reviennent au pays apr\u00e8s une vie de travail dans les sous-sols de la capitale, pour y construire un nid o\u00f9, au repos, personne ne les d\u00e9rangera, ils ne d\u00e9rangeront personne. L\u2019\u00e9t\u00e9, pendant que la grand-m\u00e8re cuisine, ses enfants et leurs enfants arpentent la rue charg\u00e9s de parasols, d&rsquo;huiles bronzantes et de bou\u00e9es pour aller \u00e0 la plage, deux fois, parfois trois fois par jour selon le vent, qui d\u00e9cide si le soir, on va ou non \u00e0 la p\u00e8che. La chauss\u00e9e claire, grise, caboss\u00e9e, est bord\u00e9e de maisons modestes aux murs cr\u00e9pis blancs d&rsquo;oeuf, dont certaines portent des noms clout\u00e9s en arabesque. Elles sont presque toutes identiques \u2014 le murier pour l\u2019ombre, le laurier rose pour cacher la rue, les g\u00e9raniums, les volets, les vasistas, les girouettes, les portails bas en plomb qui couinent, le petit crochet invisible pour les curieux sans imagination, la place pour la poubelle et celle pour garer exactement une petite voiture qu\u2019on rentre \u00e0 20h dans le petit garage. La rue sent l\u2019apr\u00e8s-soleil et la grillade \u00e0 midi, accueille les m\u00eames hommes \u00e0 v\u00e9lo jambes arqu\u00e9es b\u00e9rets impeccables qui vont au pain ou au march\u00e9 vers 10h, les m\u00eames femmes permanent\u00e9es dans leur tunique fleurie (les fameuses m\u00e9nag\u00e8res de cinquante ans) qui arrosent vers 18h les plantes et le trottoir, les m\u00eames chiens qui aboient derri\u00e8re certaines portes, on s\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e9cart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais rien en dire aujourd\u2019hui. Un panneau \u00ab\u00a0voisins vigilants\u00a0\u00bb donne le ton \u00e0 chaque versant de la rue. Le goudron pos\u00e9 il y a 10 ans est noir et lisse. La rue r\u00e9nov\u00e9e est une art\u00e8re, avec des lignes blanches dessin\u00e9es en parfaits pointill\u00e9s pour garer les voitures. Le Covid a su liquider le bonjour, la visite impromptue d&rsquo;une voisine qui s&rsquo;ennuie. Un silence nouveau souffle sur les lampadaires flambant neufs, avec la tramontane que personne ne commente. Les hommes sont morts, leurs femmes \u00e0 l\u2019Ehpad. Les mouettes et les tourterelles, bavardes aux m\u00eames heures, ont trouv\u00e9 d&rsquo;autres observatoires que les fils \u00e9lectriques, disparus, et continuent d&rsquo;habiter les jardins secs, les rosiers pel\u00e9s, les muriers malades, les portails en PVC. La rue est sinistre. Bien \u00e9clair\u00e9e, propre. Sinistre.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis l\u2019ennui des grandes et petites vacances, je l\u2019ai regard\u00e9e longtemps, la seule rue Miailhes au monde, situ\u00e9e \u00e0 Canet en Roussillon. Ce mot que j\u2019ai encore du mal \u00e0 \u00e9crire sans chanter dans ma t\u00eate a-i-l-h-e-s proviendrait de l\u2019occitan mealha; maille, menue monnaie, m\u00e9daille. C\u2019est probablement le surnom d&rsquo;un homme pauvre, devenu nom de famille.&nbsp; Sur les 600 m\u00e8tres <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-22-rue-miailhes\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #22 | Rue Miailhes<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":350,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6589,6056],"tags":[],"class_list":["post-163245","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-22-perec-lieu-reel-lieu-memoriel","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163245","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/350"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163245"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163245\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163245"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163245"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163245"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}