{"id":163395,"date":"2024-07-14T04:42:57","date_gmt":"2024-07-14T02:42:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163395"},"modified":"2024-07-14T04:42:58","modified_gmt":"2024-07-14T02:42:58","slug":"anthologie-22-zone-grise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-22-zone-grise\/","title":{"rendered":"#anthologie #22 | zone grise"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Statue_de_Beaumarchais_Boulevard_Beaumarchais.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-163396\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Statue_de_Beaumarchais_Boulevard_Beaumarchais.jpg 450w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Statue_de_Beaumarchais_Boulevard_Beaumarchais-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1969<\/h3>\n\n\n\n<p>Probablement l&rsquo;\u00e9t\u00e9, il y avait cette luminosit\u00e9 si particuli\u00e8re, une luminosit\u00e9 que l&rsquo;on ne rencontre qu&rsquo;\u00e0 Paris, des clart\u00e9s qui percent les feuillages se r\u00e9percutent sur les fa\u00e7ades, rendent beaux les grisailles des toits, rouges les enseignes, pur le ciel. On m&rsquo;avait laiss\u00e9 dans une voiture, pr\u00e8s de la place de la Bastille et, de mon point de vue, je crois que je voyais le g\u00e9nie tout en haut de sa colonne, et la trou\u00e9e de la rue Saint-Antoine. Mais bien s\u00fbr, je ne savais rien du g\u00e9nie ni m\u00eame du nom des rues \u00e0 cette \u00e9poque. Mais j&rsquo;aimais la lumi\u00e8re sur la ville. Quand les ouvriers de la voirie ouvraient les vannes qui alimentaient en eau les caniveaux, la lumi\u00e8re qui jouait sur l&rsquo;eau me fascinait. Et \u00e9galement ces grosses bobines, ces \u00e9normes bobines de c\u00e2ble que l&rsquo;on pouvait rencontrer \u00e7a et l\u00e0. Mais non, ce ne devait pas \u00eatre en 1969 r\u00e9flexion faite, probablement que cette sc\u00e8ne se passe 4 ou 5 ans plus t\u00f4t, je ne me souviens pas de toutes ces observations qui proviennent apr\u00e8s coup comme pour enjoliver une vieille roue. Peut-\u00eatre que je me trompe encore dans les ann\u00e9es. Objectivement, je ne sais m\u00eame pas si je savais d\u00e9j\u00e0 marcher. J&rsquo;avais les yeux grands ouverts \u00e7a c&rsquo;est s\u00fbr et tout ce que je voyais me traversait, la seule chose que j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 vraiment capter c&rsquo;est les quelques \u00e9clats dor\u00e9s tout en haut d&rsquo;une colonne au milieu d&rsquo;une grande place, quelques lueurs traversant les feuillages des arbres, les automobiles tournant en rond, la grande trou\u00e9e de la rue Saint-Antoine, n&rsquo;\u00e9tait alors qu&rsquo;une trou\u00e9e, une rue, une issue pour quitter la rotation perp\u00e9tuelle. L&rsquo;un de mes oncles habitait au septi\u00e8me \u00e9tage d&rsquo;un immeuble et nous devions \u00eatre venus en visite, ou bien juste pour prendre quelque chose, on n&rsquo;avait pas cru bon de m&#8217;emmener. Sept \u00e9tages sans ascenseur avec un enfant dans les bras, non merci. Il y avait un grand caf\u00e9 \u00e0 l&rsquo;angle de la place et de la rue Saint-Antoine, des tables, une terrasse, autant de mots que je peux utiliser aujourd&rsquo;hui avec le recul. Mais je devais m\u2019arr\u00eater l\u00e0, je sens que j&rsquo;enjolive beaucoup trop. Une automobile \u00e9tait gar\u00e9e et j&rsquo;\u00e9tais dedans, j&rsquo;avais \u00e0 peine 3 ans si \u00e7a se trouve. De l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais je voyais une rue qui partait \u00e0 l&rsquo;oblique, l\u00e9g\u00e8rement en pente vers le centre de la ville, je ne savais pas le nom de cette rue, je ne savais pas le nom de cette place, je ne savais pas qu&rsquo;on appelait les statues des g\u00e9nies non plus.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1980<\/h3>\n\n\n\n<p>Mon oncle nous a laiss\u00e9 en location deux chambres de bonnes qu&rsquo;il avait d\u00fb acheter une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es plus t\u00f4t. Cet appartement se situait au septi\u00e8me \u00e9tage de l&rsquo;immeuble de la banque de France, celui qui fait l&rsquo;angle entre la place de la Bastille et la rue Saint-Antoine, \u00e0 ne pas confondre avec la rue du Faubourg Saint-Antoine qui se trouve \u00e0 l&rsquo;exact oppos\u00e9. De cette p\u00e9riode de ma vie, j&#8217;empruntais souvent cette rue qui ensuite se nomme rue de Rivoli. J\u2019appr\u00e9ciais peu le premier tron\u00e7on, soit que je sorte de chez moi soit que j&rsquo;y retourne par le m\u00eame chemin, c&rsquo;\u00e9tait alors le dernier tron\u00e7on. Je l&rsquo;appr\u00e9ciais peu ni la statue de Beaumarchais sur la minuscule placette sise \u00e0 l&rsquo;angle de la rue des Tournelles. Juch\u00e9e sur son socle, contemplant les passants, dont je fais partie. Dans mon ignorance encore du personnage, un noble, un privil\u00e9gi\u00e9, et moi un t\u00e2cheron, un serf, un vilain.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;emprunte ce morceau de rue et c&rsquo;est une zone grise parmi d&rsquo;autres. C&rsquo;est le passage oblig\u00e9 pour se rendre au march\u00e9 vers Saint-Paul, ou encore au Monoprix, \u00e0 la librairie, \u00e0 la fac, au boulot. Un mauvais moment \u00e0 traverser. Puis en 1982, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un coup de d\u00e9s et d&rsquo;un voyage en Irlande, je d\u00e9couvre un petit magasin de photographe dans cette zone grise. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai achet\u00e9 mon tout premier agrandisseur, un Durst, les cuvettes, les diff\u00e9rents produits photographiques, la petite cuve pour d\u00e9velopper les films 24&#215;36. La grisaille s&rsquo;\u00e9claircit un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, je passe par la rue Saint-Antoine pour me rendre Rue du roi de Sicile, chez Publimod, et aussi pour parvenir \u00e0 la rue Vieille-du-Temple, le cabinet d&rsquo;architecture o\u00f9 je travaille comme photographe archiviste. La zone grise existe toujours, mais elle s&rsquo;est amoindrie, elle para\u00eet acceptable. Le magasin du photographe est un havre de paix, sit\u00f4t que je parviens \u00e0 sa hauteur, j&rsquo;ai l&rsquo;air de me sentir moins perdu, moins l&rsquo;impression d&rsquo;errer. Que j&rsquo;y entre ou pas n&rsquo;a pas d&rsquo;importance, la rue Saint-Antoine devient chouette \u00e0 partir de ce simple point de rep\u00e8re. J&rsquo;arrive \u00e0 supporter \u00e0 peu pr\u00e8s tout ensuite, les succursales de banques, les magasins de fringues, les bo\u00eetes d&rsquo;assurances, les sup\u00e9rettes, petit \u00e0 petit les bars branch\u00e9s. Cet envahissement du pognon dans les vieux quartiers, progressivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Des ann\u00e9es plus tard (1989 ?), j&rsquo;ai, avec du papier journal de l&rsquo;eau et de la farine, cr\u00e9\u00e9 une statue de papier-m\u00e2ch\u00e9. Bien surpris en la voyant arriver dans ma chambre d&rsquo;h\u00f4tel (rue des Poissonniers au 35, quatri\u00e8me \u00e9tage) de constater qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une repr\u00e9sentation de Saint-Antoine de Padoue. Je ne me souviens pas si c&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que j&rsquo;ai lu Flaubert, sa Tentation. Cette histoire de diable qui vient le tenter, lui insinuer le doute; Je ne me souviens pas non plus comment j&rsquo;ai interpr\u00e9t\u00e9 cette histoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, j&rsquo;\u00e9tais probablement du c\u00f4t\u00e9 du diable, le doute \u00e7a me conna\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2023<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une visite chez les enfants, nous sommes mont\u00e9s \u00e0 la capitale depuis notre campagne. Nous avons pris le train, laiss\u00e9 les bagages \u00e0 la consigne et d\u00e9cid\u00e9 de marcher dans la ville, nous \u00e9tions larges en temps. En avons profit\u00e9 pour prendre des places au Louvre, dans lequel je n&rsquo;ai pas remis les pieds depuis plus de 40 ans. En arrivant \u00e0 la place de la Bastille, quel changement, plus de la moiti\u00e9 est devenue pi\u00e9tonni\u00e8re. En ai profit\u00e9 pour regarder les fen\u00eatres de l&rsquo;ancien appartement, en passant, vite fait, habitu\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 chasser toute vell\u00e9it\u00e9 de nostalgie imb\u00e9cile. Et bien s\u00fbr, nous sommes engouffr\u00e9s dans la rue Saint-Antoine. La boutique du photographe a disparu. Beaumarchais tr\u00f4ne toujours \u00e0 la m\u00eame place, le bistrot est le m\u00eame aussi o\u00f9 le caf\u00e9 co\u00fbte d\u00e9sormais plus de 2 \u20ac, la zone grise s&rsquo;est recompos\u00e9e derri\u00e8re mon dos.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin je crois que j&rsquo;ai encore bien plus de souvenirs de la rue Saint-Antoine que je ne le pense. Je n&rsquo;en ai parcouru qu&rsquo;un tout petit tron\u00e7on finalement, celui en sens unique car je crois que vers Saint-Paul la circulation s&rsquo;effectue \u00e0 double sens. Je n&rsquo;ai pas non plus parl\u00e9 de l&rsquo;impasse Gu\u00e9m\u00e9n\u00e9 qui m\u00e8ne silencieusement \u00e0 la Place des Vosges, presque dans la maison de Victor Hugo. Je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 d&rsquo;un tas de choses, je m&rsquo;en rends bien compte \u00e0 la fin, mais il ne s&rsquo;agit pas de faire un roman n&rsquo;est-ce pas c&rsquo;est juste un exercice d&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1969 Probablement l&rsquo;\u00e9t\u00e9, il y avait cette luminosit\u00e9 si particuli\u00e8re, une luminosit\u00e9 que l&rsquo;on ne rencontre qu&rsquo;\u00e0 Paris, des clart\u00e9s qui percent les feuillages se r\u00e9percutent sur les fa\u00e7ades, rendent beaux les grisailles des toits, rouges les enseignes, pur le ciel. 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