{"id":163465,"date":"2024-07-14T10:17:10","date_gmt":"2024-07-14T08:17:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163465"},"modified":"2024-07-14T17:46:54","modified_gmt":"2024-07-14T15:46:54","slug":"anthologie-23-i-limmeuble-paquebot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-i-limmeuble-paquebot\/","title":{"rendered":"#anthologie #23 | L\u2019immeuble-paquebot"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La porte est bleue et lourde. Il faut s\u2019y prendre \u00e0 deux mains pour l\u2019ouvrir, basculer le corps vers l\u2019arri\u00e8re, peser de tout son poids en s\u2019accrochant \u00e0 la poign\u00e9e-tube-m\u00e9tallique. La grille de protection se d\u00e9plie, se replie, s\u2019enclenche, l\u2019ascenseur d\u00e9marre. Ne pas toucher le mur qui d\u00e9file, trop dangereux. L&rsquo;ascenseur navigue sur douze \u00e9tages, il ronronne, rassure les habitants, donne vie au corps vibrant de l\u2019immeuble-paquebot et raconte que nous ne sommes jamais seuls ici.\u00a0 Au rez-de-chauss\u00e9e le hall d\u2019entr\u00e9e est travers\u00e9 par des rang\u00e9es de bo\u00eetes \u00e0 lettres bien align\u00e9es, le monde d\u2019ailleurs se plie en quatre, se glisse dans les fentes o\u00f9 les noms sont \u00e9crits et num\u00e9rot\u00e9s de 1 \u00e0 24, tout est sous contr\u00f4le. \u00c0 gauche une porte s\u2019ouvre sur une salle au plafond quadrill\u00e9 de fil \u00e0 linges o\u00f9 flottent de grands draps blancs. A droite un escalier m\u00e8ne aux caves, c\u2019est le rep\u00e8re des blattes, rien ne les arr\u00eate, elles envahissent l\u2019immeuble \u00e0 intervalle r\u00e9gulier, progressant en \u00e9pid\u00e9mie le long des tuyaux. Plus bas l\u2019arriv\u00e9e du vide-ordures o\u00f9 tout se m\u00e9lange, les d\u00e9chets des uns et des autres pourrissent ensemble dans un grand container m\u00e9tallique, aucune diff\u00e9rence entre ceux du deuxi\u00e8me et ceux du douzi\u00e8me, tout sent mauvais. Plus bas encore une porte s\u2019ouvre sur l\u2019obscurit\u00e9, un voyage commence. \u00c7a sent la terre, la poussi\u00e8re, l\u2019abandon, l\u2019oubli. \u00c7a parle d\u2019un pass\u00e9 mis en bo\u00eete et qui se d\u00e9lite. Un sentier longe l\u2019alignement des portes en bois ferm\u00e9es par de gros cadenas. Les racines des arbres-for\u00eats qui poussaient l\u00e0 bien avant que l\u2019immeuble existe affleurent \u00e0 la surface. Dans quelques flaques flottent de vieux livres. Plus on descend, plus l\u2019eau monte. Et voil\u00e0 la Seine qui arrive avec ses \u00e9crevisses, ses \u00e9cluses, ses mariniers, ses adolescents affam\u00e9s d\u2019amour qui s\u2019embrassent comme on se mord et ses noy\u00e9s. Elle enfle, de plus en plus sombre, charriant les d\u00e9chets des usines en contrebas. Plus loin encore un pr\u00e9 immense prolong\u00e9 d\u2019un bois avec des jeux d\u2019enfants \u00e0 jouer \u00e0 dix, vingt, trente : la vigie, la chasse \u00e0 l\u2019homme. Dans une clairi\u00e8re trois petites filles coiffent trois poup\u00e9es : on dirait qu\u2019on serait\u2026 Elles grandissent \u00e0 vue d\u2019\u0153il, tournent le dos \u00e0 la Seine, au pr\u00e9, au bois, traversent la rue qui devient d\u00e9partementale, nationale, autoroute. Des b\u00e2timents poussent serr\u00e9s au ras du bitume ou derri\u00e8re des talus paysagers. Plus loin encore la mer. Dans l\u2019angoisse du soir, je relis \u00ab\u00a0Lointain Int\u00e9rieur\u00a0\u00bb de Michaux tandis que l\u2019immeuble-paquebot flotte au-dessus du chantier du monde, entour\u00e9 de grues qui se vantent de voir au loin les vagues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La porte est bleue et lourde. Il faut s\u2019y prendre \u00e0 deux mains pour l\u2019ouvrir, basculer le corps vers l\u2019arri\u00e8re, peser de tout son poids en s\u2019accrochant \u00e0 la poign\u00e9e-tube-m\u00e9tallique. La grille de protection se d\u00e9plie, se replie, s\u2019enclenche, l\u2019ascenseur d\u00e9marre. Ne pas toucher le mur qui d\u00e9file, trop dangereux. L&rsquo;ascenseur navigue sur douze \u00e9tages, il ronronne, rassure les habitants, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-i-limmeuble-paquebot\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #23 | L\u2019immeuble-paquebot<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":555,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6638,6056],"tags":[3405,6650,572,407,4266],"class_list":["post-163465","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-23-perec-plus-bas-encore-plus-bas","category-cycle-ete-2024","tag-immeubles","tag-ascenceur","tag-cave","tag-immeuble","tag-seine-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163465","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/555"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163465"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163465\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}