{"id":163682,"date":"2024-07-14T16:40:53","date_gmt":"2024-07-14T14:40:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163682"},"modified":"2024-07-14T16:40:54","modified_gmt":"2024-07-14T14:40:54","slug":"anthologie-23-bords-de-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-bords-de-mer\/","title":{"rendered":"# Anthologie # 23 | Bords de mer&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Le studio que je loue en bord de mer est au 1<sup>er<\/sup> et dernier \u00e9tage d\u2019un petit immeuble, en dessous des logements avec petits jardinets, chaises longues, tuyaux d\u2019arrosage. Comme chaque matin, je descends l\u2019escalier et emprunte le petit chemin sableux qui m\u00e8ne \u00e0 la plage. Suis-je bien r\u00e9veill\u00e9e, je ne vois pas le rivage\u00a0! C\u2019est comme si la mer s\u2019\u00e9tait retir\u00e9e tr\u00e8s loin lors d\u2019une grande mar\u00e9e, mais pas de grande mar\u00e9e possible en m\u00e9diterran\u00e9e. Alors, moi \u00e0 qui il faut beaucoup pour m\u2019\u00e9tonner ou me d\u00e9courager, je d\u00e9cide d\u2019avancer tout droit vers elle, dans ce qui me para\u00eet \u00eatre un d\u00e9sert de sable. J\u2019aper\u00e7ois des algues racornies et blanch\u00e2tres, je passe devant une carcasse de v\u00e9lo, des tongs qui ressemblent aux miennes. Je marche toujours, le soleil commence \u00e0 \u00eatre br\u00fblant. Le sable est ferme sous mes pas mais par moment mes pieds s\u2019enfoncent.\u00a0 En regardant derri\u00e8re moi, j\u2019observe que je n\u2019ai laiss\u00e9 aucune trace sur le sol, \u00e7a me questionne quand m\u00eame. Mon petit immeuble semble d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s loin, on dirait une miniature. Je poursuis ma marche encore longtemps, j\u2019ai perdu mes tongs depuis un moment, le sable devient mar\u00e9cageux et devant moi il y a une petite mare d\u2019eau de mer. J\u2019ai si chaud que je n\u2019h\u00e9site pas et je m\u2019y \u00e9tends sur le dos. Et l\u00e0, une force magn\u00e9tique inou\u00efe m\u2019attire vers le sol, le fond de la mare o\u00f9 le sable se m\u00e9lange \u00e0 l\u2019eau et je suis entra\u00een\u00e9e dans un tourbillon, comme aspir\u00e9e dans un tunnel o\u00f9 pourtant je respire. Tout est noir autour de moi et la descente vertigineuse se poursuit sans que j\u2019aie m\u00eame le temps d\u2019avoir peur. Arrive un moment o\u00f9 la force de l\u2019aspiration devient plus faible et puis cesse. Je flotte, gravit\u00e9 z\u00e9ro, je respire tranquillement, sans plus descendre, sans pouvoir remonter non plus. Mes yeux s\u2019habituent \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 et j\u2019arrive \u00e0 voir la paroi du tunnel. Une inscription en lettres violettes m\u2019encercle. Je lis\u00a0: \u00ab\u00a0le voyage ne fait que commencer. As-tu tout ce dont tu as besoin, de quoi as-tu besoin\u00a0?\u00a0\u00bb Pas le temps de m\u2019\u00e9tonner, l\u2019aspiration reprend de plus belle, \u00e7a me rappelle vaguement les sensations que j\u2019avais eues enfant sur les montagnes russes, mais l\u00e0 ce n\u2019est pas un jeu, je ne ma\u00eetrise rien, je me laisse emporter par la puissance du courant qui m\u2019absorbe. Second ralentissement de cette force, je reprends mon souffle, je suis en apesanteur et d\u00e9couvre une autre phrase circulaire sur la paroi\u00a0: \u00ab\u00a0Cette peur de manquer, ce besoin de th\u00e9sauriser, dans quel but, \u00e0 quelle fin\u00a0?\u00a0\u00bb Je me souviens de ce passage d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Encore un instant\u00a0\u00bb de Claude Sarraute que je viens de terminer hier soir. L\u00e0, j\u2019ai le temps de m\u2019\u00e9tonner, mais \u00e0 peine une fraction de seconde car la descente reprend, cette fois plus lentement, presqu\u2019avec \u00e9l\u00e9gance, je peux remuer bras et jambes comme si je dansais et scruter la paroi \u00e0 la recherche d\u2019autres indices. A cet instant, je me rends compte que je suis entour\u00e9e de bouquins, rang\u00e9s circulairement et que parfois, entre deux rang\u00e9es, une phrase est inscrite. Je ne l\u2019avais compris tout de suite parce que je ne voyais rien ou mal mais oui depuis le d\u00e9but je suis absorb\u00e9e dans un tunnel biblioth\u00e8que ou une biblioth\u00e8que tunnel. Mais pourquoi\u00a0? Et la chute reprend avec encore plus de douceur et de calme et puis s\u2019interrompt, nouvel arr\u00eat, apesanteur, d\u00e9chiffrage d\u2019un paragraphe\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la cabane, l\u00e0-bas, tout en haut, le vieux s\u2019\u00e9tait endormi. Il gisait toujours sur le ventre. Le gamin, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, le regardait dormir. Le vieux r\u00eavait de lions\u00a0\u00bb. D\u2019accord, Hemingway, la fin du Vieil homme et la mer\u2026Et moi, ne serais-je pas en train de r\u00eaver\u00a0? Aussit\u00f4t que cette pens\u00e9e me traverse l\u2019esprit, me voil\u00e0 remontant le tunnel \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re et rejet\u00e9e par une vague puissante comme un bout de bois sur la gr\u00e8ve. Je me redresse sur les coudes, j\u2019ouvre mes paupi\u00e8res, je ne suis pas mouill\u00e9e, la mer est bien l\u00e0 en face de moi, mes tongs \u00e0 mes pieds. Et si mes yeux n\u2019avaient pas aper\u00e7u l\u2019extrait d\u2019Hemingway\u00a0? Et si je ne m\u2019\u00e9tais pas r\u00e9veill\u00e9e\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le studio que je loue en bord de mer est au 1er et dernier \u00e9tage d\u2019un petit immeuble, en dessous des logements avec petits jardinets, chaises longues, tuyaux d\u2019arrosage. 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