{"id":163878,"date":"2024-07-15T10:52:31","date_gmt":"2024-07-15T08:52:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163878"},"modified":"2024-07-15T19:38:14","modified_gmt":"2024-07-15T17:38:14","slug":"anthologie-24-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-24-2\/","title":{"rendered":"# anthologie # 24 | l&rsquo;\u00e9cume et le ressac"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-background-color has-background\"><code>il y a toujours la question de l'arri\u00e8re-plan - le point de vue - qui parle? lui ou l'autre ? Personne ? Le narrateurice ? en tout cas travail en cours <\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Moro<br>On dit que \u00e7a a dur\u00e9 cinquante-cinq jours. Il y en eut autant \u00e0 P\u00e9kin (le titre d\u2019un film r\u00e9alis\u00e9 par John Huston \u2013 pas des meilleurs) ou \u00e0 Tunis (un de mes cousins je crois pour la dur\u00e9e de la guerre \u00e0 Tunis \u2013 une fa\u00e7on de garder la t\u00eate hors de l\u2019eau sans doute \u2013 ma m\u00e8re parlait des chiclets et des chocolats que distribuaient l\u2019arm\u00e9e US \u2013 mon p\u00e8re se taisait) ? Non mais c\u2019est seulement parce qu\u2019on oublie les nuits. Cinquante-cinq tout autant : le bras sur le visage, Moro dormait. Il prenait un somnif\u00e8re l\u00e9ger, comme \u00e0 la maison. Il mangeait plut\u00f4t des l\u00e9gumes comme \u00e0 la maison (\u00e9videmment, les repas en repr\u00e9sentation avaient une autre teneur), et comme \u00e0 la maison, il s\u2019agenouillait et priait. Il avait gard\u00e9 ces rituels, Pourtant, Noretta n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 sa droite, il n\u2019avait pas \u00e0 penser \u00e0 aller v\u00e9rifier si le gaz \u00e9tait ferm\u00e9, il n\u2019avait pas \u00e0 se laver les mains, il n\u2019avait pas \u00e0 penser \u00e0 son lendemain. Il avait \u00e0 dormir. Ses traits se figeaient. Dormir. Ses yeux se fermaient derri\u00e8re son bras, il respirait calmement, s\u2019ing\u00e9niait sans doute \u00e0 construire des strat\u00e9gies, sans doute pensait-il \u00e0 tous ceux qui, dans cette m\u00eame ville car il se savait \u00e0 Rome, dormaient eux aussi. Dormir. Il faudrait \u00e9crire \u00e0 Le sommeil du juste dit-on. Il pensait \u00e0 son ami Cossiga, il se doutait qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 entrepris par les envoy\u00e9s de Kissinger, ce chien galeux, il pensait \u00e0 Andreotti \u2013 son bras cachait son regard et \u00e7a passait vite\u00a0: il n\u2019avait rien \u00e0 attendre de lui, non plus que de son homologue au parti communiste, Berlinguer \u2013 ces autres chiens \u2013 il y a quelque chose qui \u00e9voluait dans son esprit, il les voyait comme des animaux, comme d\u00e9fendant un os, comme se battant dans la nuit, les ombres s\u2019\u00e9loignaient et lui, son bras sur les yeux, allong\u00e9 l\u00e0 sur cette mauvaise couche, sur cette vilaine couverture, lui allong\u00e9 l\u00e0, attendait le d\u00e9nouement et l\u2019action du somnif\u00e8re sur ses nerfs, son m\u00e9tabolisme, qui voyaient s\u2019\u00e9tioler les ombres \u2013 le petit Luca \u2013 les enfants \u2013 un homme comme un autre, \u00e0 qui on enl\u00e8ve de force l\u2019amour des siens \u2013 pris uniquement pour ce qu\u2019il repr\u00e9sente \u2013 pris pour un fou \u2013 il ne faut pas trop r\u00e9fl\u00e9chir car sinon le sommeil fuit tu sais Aldo \u2013 l\u2019escorte abattue, cette escorte qui aurait au minimum d\u00fb compter le double de policiers \u2013 Andreotti ou Fanfani en disposaient, eux \u2013 ne pas bouger, attendre tranquillement que viennent le double le doute le calme le repos \u2013 un de ces matins, il sera \u00e9ternel : le paradis, l\u2019enfer et Montini qui doit dormir, lui aussi, assis \u2013 vieux rid\u00e9 sa main droite tenant sa main gauche presque d\u00e9j\u00e0 enfuit \u2013 le jour du deuxi\u00e8me anniversaire de cette r\u00e9volution fleurie d\u2019\u0153illets du Portugal, la lettre du pape \u2013 le m\u00eame jour que celui qui f\u00eate la lib\u00e9ration du pays \u2013 Moro s\u2019endort comme il s\u2019endormit m\u00eame le 14 avril quand on lui annon\u00e7a la sentence\u00a0: \u00ab\u00a0la mort, Pr\u00e9sident\u00a0\u00bb \u2013 non impossible d\u2019y croire, non \u2013 les paupi\u00e8res s\u2019alourdissent, le calme le repos les ombres qui s\u2019\u00e9loignent le rire des enfants qui courent sur le rivage et le soleil et les chapeaux \u2013 Moro s\u2019endort<\/p>\n\n\n\n<p>Mario<br>\u00ab\u00a0O\u00f9 dormiez-vous\u00a0?\u00a0\u00bb Lui demande-t-on. Quinze ans plus tard. Il est en prison, il r\u00e9pond aux questions, les journalistes plut\u00f4t d\u2019ob\u00e9dience communiste (juste un peu \u00e0 sa droite), \u00e0 ce moment-l\u00e0, quinze ans plus t\u00f4t, on ne sait pas savoir qui est le plus parfait ennemi des BR \u2013 PC ou DC\u00a0? \u2013 on ne saurait le dire \u2013 \u00ab\u00a0apr\u00e8s la d\u00e9couverte de la base via Gradoli plut\u00f4t \u00e0 Montalcini, ou dans les trains le plus souvent, je ralliais Rapallo o\u00f9 se tenaient les r\u00e9unions du comit\u00e9 directeur\u00a0\u00bb \u2013 je ne suis pas certain du \u00ab\u00a0comit\u00e9 directeur\u00a0\u00bb \u2013 on le voit dormir dans des trains, assoupi, sans document, un sac de voyage o\u00f9 quelques affaires sont pli\u00e9es, \u00ab\u00a0qui vous repassait vos chemises\u00a0?\u00a0\u00bb moi dit-il \u2013 il dort assis, comme le pape mais lui est aux aguets, il se peut qu&rsquo;il soit arm\u00e9 \u2013 apr\u00e8s la r\u00e9union il reprend le train en sens inverse, il se cache, ne se fait pas remarquer, un panino au buffet de la gare de la Spezia , pas de caf\u00e9, \u00e9crire sur un bloc vierge, se souvenir des d\u00e9cisions prises, envoyer par la poste les communiqu\u00e9s pour les r\u00e9cup\u00e9rer plus tard\u00a0; m\u00eame s\u2019il est malade, m\u00eame s\u2019il a faim\u00a0; un seul but, obsessionnel, une seule chose \u00e0 penser \u2013 durant les trois mois qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s pas une seule minute \u00e0 soi \u2013 ils dormaient dans des lits achet\u00e9s en banlieue, au moment o\u00f9 ils avaient obtenu les cl\u00e9s de l\u2019appartement (lui se cachait, la couverture, c\u2019\u00e9tait ce jeune couple, l\u2019ing\u00e9nieur Altobelli et sa femme, Camille \u2013 d\u2019ailleurs elle se nommait Claude en France quand elle s\u2019y rendait) \u2013 il venait en cachette, passait par l\u2019arri\u00e8re, le couple dormait dans une des chambres, lui dans une autre \u2013 Prospero prenait le premier tour de garde, lui le deuxi\u00e8me \u2013 retournait se coucher sans trouver le sommeil quand Germano venait \u00e0 son tour \u2013 s\u2019en allait sans bruit vers cinq heures, l\u2019attention de tous les instants, l\u2019\u00e9coute des respirations de l\u2019otage, regarder quelques fois par le judas \u2013 ce jour-l\u00e0, seize avril, voil\u00e0 quarante-huit heures qu\u2019il n\u2019a pas ouvert la bouche, qu\u2019il n\u2019a rien demand\u00e9, qu\u2019il est rest\u00e9 assis sur son lit de camp \u00e0 \u00e9crire, ne r\u00e9pondant que par quelque grognement ou signe indistinct aux questions \u2013 l\u00e2ch\u00e9 par tous, il y a de quoi, l\u00e2ch\u00e9 m\u00eame par ses ravisseurs, condamn\u00e9 \u00e0 mort et la sentence sera ex\u00e9cut\u00e9e, \u00e7a ne peut pas faire de doute\u00a0: jusqu\u2019au dernier moment, lui Mario esp\u00e9rait un geste, a dit-il, il voudrait il aimerait il pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas \u2013 le dernier appel t\u00e9l\u00e9phonique \u00e0 Eleonora, le sept mai au soir, dimanche vers dix-neuf heures, depuis une cabine publique d\u2019un sous-terrain de Termini, cach\u00e9 par les autres pour lui dire l\u2019urgence comme si elle pouvait y faire quelque chose \u2013 et donc vous dormiez\u2026 Non, je ne pouvais pas dormir, non \u2013 dans les trains, j\u2019y arrivais un peu, une habitude de dormir et de se r\u00e9veiller cinq minutes avant l\u2019arr\u00eat o\u00f9 on descend \u2013 cinq heures durant puis cinq heures dans l\u2019autre sens, ne pas se faire remarquer par les contr\u00f4leurs, ou les carabiniers qui patrouillent<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MoroOn dit que \u00e7a a dur\u00e9 cinquante-cinq jours. Il y en eut autant \u00e0 P\u00e9kin (le titre d\u2019un film r\u00e9alis\u00e9 par John Huston \u2013 pas des meilleurs) ou \u00e0 Tunis (un de mes cousins je crois pour la dur\u00e9e de la guerre \u00e0 Tunis \u2013 une fa\u00e7on de garder la t\u00eate hors de l\u2019eau sans doute \u2013 ma m\u00e8re parlait <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-24-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># anthologie # 24 | l&rsquo;\u00e9cume et le ressac<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6665,6056],"tags":[],"class_list":["post-163878","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-24-nizan-gens-qui-dorment","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/86"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163878"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163878\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}