{"id":163898,"date":"2024-07-15T11:44:15","date_gmt":"2024-07-15T09:44:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=163898"},"modified":"2024-07-15T11:44:15","modified_gmt":"2024-07-15T09:44:15","slug":"anthologie24-cet-homme-qui-dort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie24-cet-homme-qui-dort\/","title":{"rendered":"#Anthologie#24: Cet homme qui dort"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Lever du jour, des nuages sombres s&rsquo;\u00e9cartent laissant passer la lumi\u00e8re, les fantassins par milliers, debout dans leur for\u00eat de lances, attendent silencieusement l&rsquo;ennemi sur l&rsquo;immensit\u00e9 glac\u00e9e du lac Pe\u00efpous. Les cordes de Prokofiev, sur des sons tenus graves, donnent des coups d&rsquo;archets mena\u00e7ants. Les soldats en armure, minuscules humains sur l&rsquo;\u00e9tendue de glace et de ciel, scrutent l&rsquo;horizon vide tandis qu&rsquo;on entend dans le lointain un murmure s&rsquo;approchant\u00a0: le ch\u0153ur des chevaliers teutoniques. L&rsquo;homme qui \u00e9tait en apn\u00e9e \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, sa t\u00eate affaiss\u00e9e sur le buste, \u00e9met brusquement un reniflement sonore et redresse son torse. Quelques secondes. Puis il recommence \u00e0 dodeliner, se redresser, dodeliner, s&rsquo;affaisser, je m&rsquo;accroche \u00e0 Prokofiev, ce th\u00e8me de trois notes descendant vers la destin\u00e9e, la glace le ciel, les lances oscillant, le prince Alexandre \u00e0 vingt ans, soudain une p\u00e9tarade \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, d\u00e9marrant sur une brutale aspiration nasale, poursuivie d&rsquo;une cascade irr\u00e9guli\u00e8re d&rsquo;air, de l\u00e8vres molles roul\u00e9es, d&rsquo;inspirations saccad\u00e9es, de fond de gorge bouche ouverte, entre apn\u00e9e, expiration sifflante et jeux de r\u00e9sonateurs buccaux. Je ne vois pas son visage de dormeur, je n&rsquo;ai pas envie de le voir, je ne connais pas cet individu qui m&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 fait ce sketch du dormeur au film <em>Carmen<\/em> de Francesco Rossi.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voici au concert d&rsquo;Indochine, vue sur la mer depuis le haut des gradins, devant nous sur la pelouse une mer humaine de danseurs debout, joyeux, heureux, for\u00eat de bras nus s&rsquo;agitant en l&rsquo;air au rythme de la grosse caisse, hurlant <em>Moi je veux vivre, Vivre, Vivre,Un peu plus fort, <\/em>et voil\u00e0 que brusquement l&rsquo;homme \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s dodeline, s&rsquo;affaisse, se met en apn\u00e9e, \u00e0 quoi r\u00eave-t-il, d\u00e9cha\u00eenement des percussions et de la basse, d\u00e9cibels occupant la nuit jusqu&rsquo;aux \u00e9toiles, d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, r\u00e2le en reprenant son air, du moins je le vois, car l\u00e0 je ne l&rsquo;entends pas. Je voudrais bien descendre danser, mais l&rsquo;homme qui dort peut brusquement tomber de sa chaise en forme de coque, sans accoudoirs, et j&rsquo;ai encore ce qu&rsquo;il faut d&rsquo;humanit\u00e9 pour renoncer \u00e0 danser, bien que oui, je chante tr\u00e8s fort et plus fort que tous <em>Moi je veux vivre, Vivre, Vivre,Un peu plus fort, <\/em>et l\u00e0, il se r\u00e9veille, regarde la sc\u00e8ne embrum\u00e9e de rouge de bleu et de fum\u00e9e, me regarde, se redresse, croise ses bras, et lutte, car il sent peut-\u00eatre le vent tourner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lever du jour, des nuages sombres s&rsquo;\u00e9cartent laissant passer la lumi\u00e8re, les fantassins par milliers, debout dans leur for\u00eat de lances, attendent silencieusement l&rsquo;ennemi sur l&rsquo;immensit\u00e9 glac\u00e9e du lac Pe\u00efpous. Les cordes de Prokofiev, sur des sons tenus graves, donnent des coups d&rsquo;archets mena\u00e7ants. Les soldats en armure, minuscules humains sur l&rsquo;\u00e9tendue de glace et de ciel, scrutent l&rsquo;horizon vide <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie24-cet-homme-qui-dort\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Anthologie#24: Cet homme qui dort<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6665,6056],"tags":[3804,6675,776],"class_list":["post-163898","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-24-nizan-gens-qui-dorment","category-cycle-ete-2024","tag-concert","tag-dormeur","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163898"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163898\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}