{"id":164005,"date":"2024-07-15T14:01:06","date_gmt":"2024-07-15T12:01:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=164005"},"modified":"2024-07-15T14:50:32","modified_gmt":"2024-07-15T12:50:32","slug":"anthologie-23-la-fenetre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-la-fenetre\/","title":{"rendered":"#anthologie # 23 | la fen\u00eatre"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est ainsi. A chaque fois que je passe dans leur rue, je ne peux pas m&#8217;emp\u00eacher de relever la t\u00eate vers leurs fen\u00eatres, celle du salon \u00e0 trois battants, et celle, basculante de la cuisine. Je regarde surtout celle du salon car c&rsquo;est dans celle-ci que pointaient soudain leurs t\u00eates quand j&rsquo;arrivais (souvent) en retard. Les \u00e9l\u00e9ments de la cuisine maintiennent la fen\u00eatre trop \u00e9loign\u00e9e pour s&rsquo;y pencher. Une grande rampe descend  du rebord pour rejoindre le sol comme ces rampes que les fermiers utilisaient pour monter les balles de foin au grenier. des corps sont allong\u00e9es sur cette rampe, beaucoup de corps dont celui de ma m\u00e8re, morte ou vive ? je ne sais pas. Des pompiers s&rsquo;activent en bas, de la fum\u00e9e sort de la fen\u00eatre du salon dont les deux battants mobiles sont ouverts. Il y a donc le feu. Mais pourquoi autant de corps?  mes parents ne recevaient jamais personne. La rampe en r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;enfonce dans le sol  jusque dans une grande salle mal \u00e9clair\u00e9e qui ressemble plus \u00e0 une gare qu&rsquo;\u00e0 un h\u00f4pital, bien que des infirmi\u00e8res s&rsquo;y activent, t\u00e2tent des pouls et des fronts, remontent des couvertures et calent des oreillers sous ces corps immobiles. Je ne vois plus ma m\u00e8re, j&#8217;emprunte un genre de goulot sombre qui remonte peu \u00e0 peu \u00e0 la surface et je finis par arriver dans un paysage boueux et boulevers\u00e9, un paysage vert de gris o\u00f9 la boue me monte aux genoux, tant pis pour ma petite robe rose, des chars m&rsquo;\u00e9claboussent en passant. Des tirs me font sursauter et je me cache derri\u00e8re une jeep  retourn\u00e9e. Maman est l\u00e0 elle aussi. On se rel\u00e8ve ensemble, on court le plus vite possible chercher abri dans des maison \u00e9ventr\u00e9es, une table  bris\u00e9e, un bahut portes ouvertes et battantes, la vaisselle en morceaux \u00e9voquent une vie d&rsquo;avant, sereine et douce, des soldats nous surprennent et nous courons de nouveau Maman ne court pas bien vite, je crains pour ma vie, mais je la hale comme je peux, je re\u00e7ois une balle dans la nuque, c&rsquo;est comme un petit courant chaud et furtif, je me dis je suis morte mais mes pens\u00e9es se poursuivent, morte peut-\u00eatre mais si c&rsquo;est \u00e7a la mort, ce n&rsquo;est pas bien grave, je me pr\u00e9cipite dans une 404 vert bouteille, Maman prend le volant, tout devient l\u00e9ger, le paysage a bien chang\u00e9, un vrai paysage de vacances, mais elle fait une embard\u00e9e, nous quittons la route et nous d\u00e9valons un ravin qui n&rsquo;en finit pas, les grands pins se pr\u00e9cipitent sur nous, je me rappelle alors que Maman n&rsquo;a jamais pass\u00e9 le permis, le ravin qui semble infini se radoucit enfin nous atteignons une vaste prairie d&rsquo;o\u00f9 surgit un immeuble vitr\u00e9 d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;\u00e9tages. La voiture se gare doucement devant, ma m\u00e8re se tourne vers moi avec un air satisfait : tu vois bien!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est ainsi. A chaque fois que je passe dans leur rue, je ne peux pas m&#8217;emp\u00eacher de relever la t\u00eate vers leurs fen\u00eatres, celle du salon \u00e0 trois battants, et celle, basculante de la cuisine. Je regarde surtout celle du salon car c&rsquo;est dans celle-ci que pointaient soudain leurs t\u00eates quand j&rsquo;arrivais (souvent) en retard. 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