{"id":164346,"date":"2024-07-16T13:08:06","date_gmt":"2024-07-16T11:08:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=164346"},"modified":"2024-07-17T08:30:11","modified_gmt":"2024-07-17T06:30:11","slug":"anthologie-13-3983-signes-pour-la-167","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-13-3983-signes-pour-la-167\/","title":{"rendered":"#anthologie #13 | 3983 signes pour la 167"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est un parc o\u00f9 sont les \u00eatres. Comme dans le r\u00eave, les sangliers sans visage. On ne voit que leurs \u0153uvres\u00a0: la terre d\u00e9nud\u00e9e d&rsquo;herbe, le contenu des poubelles \u00e9tal\u00e9. Maintenant, un chien seul, paisible. Il m&rsquo;ignore. Il passe pr\u00e8s des fleurs bleues. Il n\u2019en connaitra pas la couleur. \u00c0 distance un autre massif de fleurs mais jaunes et leur nom n&rsquo;est pas ici. D\u2019autres chiens apportent leur humain. Des humains apportent leur t\u00e9l\u00e9phone. Des enfants leur trottinette. Il n\u2019y a pas de chevaux, le renard est probable. Pas de mouette, des petits oiseaux, de ceux que l\u2019on aime, dans les arbres, invisibles. Les abeilles et les gu\u00eapes viennent \u00e0 la fontaine boire. Les moustiques sont insistants, infiniment renouvel\u00e9s. Les vers au c\u0153ur de la terre sont plus nombreux que tous les yeux d\u2019une ville \u00e9ternelle. Tous bougent, d\u2019aucuns tr\u00e8s lentement, les huit tilleuls, le conif\u00e8re bleu vert, je n\u2019ai pas son nom, les rejets au pieds des troncs, le mur de ronce au bord du talus, s\u2019\u00e9tirer, tendre le bras pour d\u00e9tacher les m\u00fbres et les donner aux enfants aux yeux lev\u00e9s. Les arbres aussi sur le talus en pente raide ont leur nom, j\u2019en connais certains, mais ils sont m\u00eal\u00e9s et je vois seulement un bois serr\u00e9 existant par lui-m\u00eame, comme les brins d\u2019herbe forment une pelouse, comme les enfants forment pour peu un monde par leur jeu, comme le parc existe comme tel, d\u2019abord comment forme, d\u00e9limit\u00e9 par un grillage et une rang\u00e9e, un mur surmont\u00e9 de grilles, les pentes, des bancs de m\u00e9tal brun parsem\u00e9s qui offrent la qui\u00e9tude et un oubli momentan\u00e9. L\u2019emplacement est dict\u00e9 par les pr\u00e9f\u00e9rences d\u2019ombre. Centr\u00e9 par rapport \u00e0 sa bordure, un chemin b\u00e9tonn\u00e9 suit repr\u00e9sente un rectangle arrondi o\u00f9 les enfants tournent avec leur bicyclette, ceux qui marchent marchent, ceux qui courent courent. C&rsquo;est le lieu pour \u00e9prouver la r\u00e9p\u00e9tition, \u00eatre dans le long intervalle entre deux nombres, pour se lasser du temps. Un jour pendant que mon fils courait, j\u2019ai vu pr\u00e8s de mon ombre celle de l\u2019herbe, et elle se balan\u00e7ait au vent l\u00e9ger d\u2019un printemps pass\u00e9. Au centre, les jeux. Pendant longtemps ils \u00e9taient dangereux, ils ont \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 neuf, l\u2019assesseur constatant qu\u2019ils branlaient a appel\u00e9 les pr\u00e9pos\u00e9s de la mairie. Le soir les adolescents s\u2019assoient sur les balan\u00e7oires, boivent et fument sans entrain, abandonnent \u00e0 terre les bouteilles vides, comme les enfants l\u2019apr\u00e8s-midi laissent tomber les suaires de plastiques scellant leurs biscuits industriels. Lorsque les enfants jouent, les parents s\u2019assoient sur bancs au nombre de six. Ils les regardent, ils les oublient, ils simulent une vie sociale. Les moiti\u00e9s de couples adult\u00e8res ne se rapprochent pas, ils s\u2019\u00e9vitent \u00e0 mesure de leur d\u00e9sir, ils jouent une com\u00e9die fastidieuse, les baisers sont r\u00e9serv\u00e9s aux adolescents le soir, la discipline aux visiteurs du matin, simplement marchant mais d\u00e9guis\u00e9s en sportifs, courant avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, ou bien autour du cadre supportant les machines d\u2019exercices effectuant quelques tractions puis s\u2019arr\u00eatant et partageant r\u00e9cits et statistiques puis recommen\u00e7ant. Le plus souvent un visiteur seul, obstin\u00e9, silencieux, ne s\u2019accordant pas de pause. Parfois, c\u2019est moi, descendant de l\u2019\u00e9cole, la furie du matin tomb\u00e9e, je me sens vide face au jour. Juch\u00e9 sur la bicyclette, p\u00e9dalant debout sans avancer, les mains quittent le guidon, les bras sont l\u00e2ches le long du corps qui devient vertical, les yeux se ferment. C\u2019est l\u00e0 que reviennent les jours de pens\u00e9e pour celui qui est mort pr\u00e8s d\u2019ici, seul, fou, nu.\u00a0 C\u2019est au corps de rendre plausible l\u2019\u00e9quilibre, en r\u00e9duisant l\u2019amplitude des balancements, des inclinaisons. Il faut qu\u2019il oublie celui qui le pense, qui se pense. Ne pas avancer est la r\u00e9compense. Les feuilles existent une \u00e0 une dans un seul regard. Les saisons ne sont plus successives. La pluie donne un po\u00e8me. Tout cela, une cam\u00e9ra juch\u00e9e sur un m\u00e2t le prend pour en faire une image, sans que l\u2019on sache si elle atteindra un regard. Le parc porte un nom, c\u2019est un nombre\u00a0: cent soixante-sept.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un parc o\u00f9 sont les \u00eatres. Comme dans le r\u00eave, les sangliers sans visage. On ne voit que leurs \u0153uvres\u00a0: la terre d\u00e9nud\u00e9e d&rsquo;herbe, le contenu des poubelles \u00e9tal\u00e9. 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