{"id":164429,"date":"2024-07-17T09:49:11","date_gmt":"2024-07-17T07:49:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=164429"},"modified":"2024-07-17T11:43:57","modified_gmt":"2024-07-17T09:43:57","slug":"anthologie25-carnet-en-cours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie25-carnet-en-cours\/","title":{"rendered":"#anthologie #25 | carnet en cours"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:32px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">La premi\u00e8re odeur dont je me souvienne, c\u2019est celle de la mer. Fortement li\u00e9e \u00e0 sa rumeur, algue sable sel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">L\u2019odeur du jardin pris de ros\u00e9e au matin.<br>L\u2019odeur des herbes s\u00e8ches sous une pluie forte. Du foin coup\u00e9. Du jasmin. Du ch\u00e8vrefeuille \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de mon bureau.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">L\u2019odeur du b\u00e9ton, de la poussi\u00e8re, de l\u2019urine sur le b\u00e9ton, des punaises prises dans les rideaux, des cadavres d\u2019insectes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">L&rsquo;odeur du cirque, de la barbe \u00e0 papa, de la r\u00e9glisse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">L\u2019odeur de la blessure, du sang, de la chair infect\u00e9e qui peine \u00e0 gu\u00e9rir. L\u2019odeur de l\u2019h\u00f4pital, des produits d\u00e9sinfectants, des couloirs sans fin qui bordent des chambres o\u00f9 l\u2019on meurt. L&rsquo;odeur f\u00e9tide du mar\u00e9cage.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">Il y a les odeurs anciennes attach\u00e9es aux souvenirs et aux lieux, lieux dans les maisons ou dans les jardins, lieux dans les villes. Je me souviens en Inde avoir travers\u00e9 des cloaques sur les rives de la Yamuna, les villageois engraissaient les champs avec des excr\u00e9ments humains, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait atroce, impossible \u00e0 supporter, m\u00eame avec un linge sur le visage.<br>Et il y a des odeurs de maintenant dans la cuisine, courgettes au paprika qui s\u2019amollissent dans le ronronnement du four, mie du pain aux graines de lin, peau de la mangue qui demeure sur les doigts.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">L\u2019odeur de mon corps. L\u2019odeur de l\u2019aisselle, de l\u2019int\u00e9rieur des oreilles. L\u2019odeur de ma sueur. L&rsquo;odeur des autres corps. L\u2019odeur du mensonge, de la peur, du d\u00e9sespoir, du regret parce qu\u2019on aurait pu faire autrement, pas pu dire autrement, pas su se taire, l\u2019odeur qui \u00e9chappe aux mots qui voudraient la d\u00e9crire.<br>Quelques-unes de mes odeurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es&nbsp;: amande douce, caramel, caf\u00e9 moulu, anis \u00e9cras\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">Et ton odeur \u00e0 toi, \u00e0 l\u2019origine des cheveux, tabac et savon doux dans le cou, ton odeur ruisselante et unique au sortir des d\u00e9ferlantes.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>(extension variation r\u00e9cit, prendre le risque de l&rsquo;ins\u00e9rer ici profitant du jour libre)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">Y avait-il eu une odeur au commencement de leur histoire \u00e0 eux&nbsp;? je suis pr\u00eate \u00e0  le croire. La sensation d\u2019attraction qu\u2019ils avaient ressentie la premi\u00e8re fois \u00e9tait si forte qu\u2019une composante olfactive avait d\u00fb concourir \u00e0 la rencontre d\u2019autant que \u00e7a s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 au bord de la ferme. Un vent de printemps balayait la campagne, \u00e9bouriffait les bois. Les cerisiers resplendissaient. Il y en avait trois group\u00e9s en arri\u00e8re de la grange. Leur blancheur remplissait l\u2019espace, couvrait le bleu, abolissait le pass\u00e9. Rien de frappant \u00e0 poser le nez dessus, pourtant une odeur subtile un peu cr\u00e9meuse, une odeur de blanc, prenait vite le relais, rafra\u00eechissait le vent. Et ce jour-l\u00e0 c\u2019est de la m\u00e9moire que cette odeur se jouait tant elle prenait de la place dans le pr\u00e9sent, gagnait en altitude, enveloppait les corps qui passaient. Le parfum \u00e9manait de la couronne des arbres. Il sublimait l\u2019air, fr\u00f4lait le paysage. Il rendait attentifs les corps en suspens,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">son corps \u00e0 lui qui d\u00e9barquait aux portes du domaine dans ses v\u00eatements longtemps port\u00e9s pour r\u00e9clamer du travail,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">son corps \u00e0 elle qui gagnait la hauteur du coteau, panier \u00e0 linge sur la hanche, pour rejoindre l\u2019\u00e9tendoir en ce moment du jour o\u00f9 le monde est le plus grand.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:20px\">Je sais que la couleur blanche des fruitiers transformait le paysage et que le parfum doux qui se r\u00e9pandait \u00e0 l\u2019entour, avait jou\u00e9 dans les regards qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient \u00e9chang\u00e9 \u00e0 distance. Sur la peau de Jude, l\u2019odeur du voyage et de la fatigue accumul\u00e9e au cours de ses mois de boh\u00eame. Elle l\u2019avait per\u00e7ue quand il s\u2019\u00e9tait rapproch\u00e9, de m\u00eame la note de suint, de fum\u00e9e et de bois br\u00fbl\u00e9 qui impr\u00e8gne si facilement la laine, mais il y avait autre chose, un rien de poivr\u00e9, de piquant, un parfum attach\u00e9 \u00e0 sa peau d\u2019homme du Nord qu\u2019elle allait aimer plus que tout, qui serait sa joie, volatile, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re odeur dont je me souvienne, c\u2019est celle de la mer. Fortement li\u00e9e \u00e0 sa rumeur, algue sable sel. L\u2019odeur du jardin pris de ros\u00e9e au matin.L\u2019odeur des herbes s\u00e8ches sous une pluie forte. Du foin coup\u00e9. Du jasmin. Du ch\u00e8vrefeuille \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de mon bureau. 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