{"id":164506,"date":"2024-07-17T06:55:40","date_gmt":"2024-07-17T04:55:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=164506"},"modified":"2024-07-17T06:55:42","modified_gmt":"2024-07-17T04:55:42","slug":"anthologie-25-repertoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-25-repertoire\/","title":{"rendered":"# anthologie # 25 | r\u00e9pertoire"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une sc\u00e8ne dans <em>Les fant\u00f4mes <\/em>o\u00f9 le h\u00e9ros s\u2019approche \u00e0 le toucher, dans une file d\u2019attente de restaurant universitaire, du tortionnaire qu\u2019il traque \u2013 il ne sait pas que c\u2019est lui \u2013 il sent \u2013 c\u2019est lui<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">dehors il pleut et ils interrogent la veuve de Maia \u2013 puis ils montent tous dans le bureau, la poussi\u00e8re la pluie sur les carreaux les feuilles de papier les pi\u00e8ces du dossier \u2013 et assis l\u00e0 son fant\u00f4me<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">dans l\u2019entrep\u00f4t de pneus, il y avait un jeune type en bleu qui tout en balan\u00e7ant les pneus pour qu&rsquo;on les range dans la remorque, chantait et \u00e9ructait et imitait les pets, le tout baignait dans la sensation du noir de carbone du caoutchouc des tracteurs et des camions<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">c\u2019est plut\u00f4t de l\u2019oignon frit<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">en bas de l&rsquo;avenue, le garage s&rsquo;appelait Robert et \u00e0 celles de la graisse, des pneus, des huiles et de l&rsquo;essence se m\u00ealait celle du vent et de la lagune toute proche &#8211; f\u00e9tide, doucereuse, \u00e9c\u0153urante &#8211; la vase &#8211; le type portait un bleu de travail marron tach\u00e9 de noir et \u00e0 la main une jante, il me regardait venir, il s&rsquo;appelait Habib<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">avec cette saloperie de covid on ne sent plus rien \u2013 on ne go\u00fbte plus \u00e0 rien \u2013 on n\u2019a plus de go\u00fbt pour rien \u2013 il y a quelque chose de la mort qui tra\u00eene surtout pour les vieux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">celle de la mort a quelque chose de palpable\u00a0: je me souviens de la thanatopractrice qui \u00e9tait venu chez elle, l&rsquo;apr\u00e8s-midi de ce samedi-l\u00e0, je l\u2019avais laiss\u00e9e, j\u2019\u00e9tais parti acheter au monopix de l\u2019avenue une bouteille de whisky, l\u2019\u00e9tiquette repr\u00e9sentait deux chiens, l\u2019un au pelage noir l\u2019autre blanc, j&rsquo;ai tra\u00een\u00e9, en revenant elle en avait termin\u00e9 \u2013 il restait bien qu\u2019elle ait eu ouvert les fen\u00eatres de ce petit appartement des relents particuliers \u2013 elle s\u2019en est all\u00e9e oubliant dans le lavabo un de ses instruments chrom\u00e9s \u2013 je l\u2019ai rattrap\u00e9e dans la rue \u2013 en rentrant un verre (mais c\u2019est un rituel empli d\u2019erreur)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">quand il s\u2019agit de prendre le m\u00e9tro, \u00e0 la pointe, il vaut mieux fermer les \u00e9coutilles<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">une chanson d\u2019un sale type faisait \u00ab<em>\u00a0j\u2019ai toujours ma place dans le m\u00e9tro<\/em>\u00a0\u00bb (je crois que c\u2019est Renaud \u2013 d\u2019ailleurs on dit parfois\u00a0\u00bb\u00e7a renaude\u00a0\u00bb) \u2013 le putois \u2013 celles des b\u00eates chevaux vaches \u2013 celle de l\u2019herbe coup\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ils s\u2019installent dans une des parties de l\u2019appartement, isol\u00e9e du reste par une porte \u2013 quand le lendemain matin ils s\u2019en vont, il y a l\u00e0 qui reste cette sensation de la cr\u00e8me dont elle enduisait les mains de son enfant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(dans la 4L rouge, pas uniquement celle de la poudre et le sang&nbsp;: aussi celle de la sueur des meurtriers)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">elle faisait cuire au four des poivrons, des tomates et de l\u2019ail \u2013 elle hachait tout \u00e7a avec deux couteaux \u2013 salez poivrez, huile et thon (servir frais)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">salade tomates oignons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je revois tr\u00e8s bien Jacques essayant de r\u00e9cup\u00e9rer avec tristesse ce qui pouvait l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019aide d\u2019une petite cuill\u00e8re. Sans me l\u2019expliquer, je me souviens avoir v\u00e9cu cette sc\u00e8ne comme un d\u00e9sastre. J\u2019aime encore l\u2019odeur de la Gomina : douce\u00e2tre, l\u00e9g\u00e8rement citronn\u00e9e. Elle reste synonyme de nettet\u00e9, de luxe, d\u2019une forme d\u2019\u00e9xigence <\/em>(Marcel Cohen, Faits \u2013 folio 5940)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il est descendu en chantant \u00e0 S\u00e8vres-Babylone <\/em>chantait Bill Deraime \u2013 et l\u00e0 se trouvait une des officines de ce commer\u00e7ant, raciste notoire (on n\u2019en ach\u00e8te plus \u2013 mais qu\u2019est-ce que \u00e7a change\u00a0?) qui ne voulait pas que ses produits soient distribu\u00e9s ailleurs que dans ses propres \u00e9piceries, et certainement pas en dehors de la capitale, rue de S\u00e8vres comme il en \u00e9tait une rue de Castiglione coin Saint-Ho et une autre sur les Champs-Elys\u00e9es \u2013 on entrait les filles \u00e9taient en tailleur noir, petit foulard nou\u00e9 au cou chaussures hauts talons\u00a0\u00ab\u00a0il est conditionn\u00e9 en 50, 100 ou 500 millilitres vous d\u00e9sirez un flacon de quelle volume\u00a0?\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0je vous parfume\u00a0?\u00a0\u00bb On ouvrait sa veste pschittt pschittt<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">aisselles, aines, plis rides vall\u00e9es et monts, celui de V\u00e9nus (l\u2019alpinisme du po\u00e8te, <em>premi\u00e8re \u00e0 \u00e9clairer la nuit <\/em>chantait Bashung) \u2013 nos humeurs, la lymphe\u00a0? La sueur\u00a0? Les larmes ? Nos s\u00e9cr\u00e9tions \u2013 nos m\u00e9tabolites nos urines \u2013 \u00e0 chaque chose cette correspondance<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">plus le go\u00fbt que l\u2019ou\u00efe s\u2019y attache \u2013 mais il se peut qu\u2019un son en provoque l\u2019apparition, une couleur tout autant, une image \u2013 il arrive qu\u2019on sente au cin\u00e9ma ce qui nous est montr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u2013 il y avait un d\u00e9veloppement qui a fait long feu, l\u2019odorama (je ne sais comment se nommait le poste du technicien (ou la) de cr\u00e9ation qui en avait la charge) \u2013 devant la sc\u00e8ne o\u00f9 tout \u00e0 l&rsquo;heure s&rsquo;enverrait pa\u00eetre \u00e0 vingt m\u00e8tres de haut un piano droit, un des servants passait alimentant sa machine \u00e0 odeurs (une esp\u00e8ce de b\u00e9tonni\u00e8re sur roues) \u00ab et\u00a0maintenant la pizza\u00a0!!\u00bb (Royal de Luxe, 1998)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">celle du pain grill\u00e9e du caf\u00e9 de la confiture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">celle du bois qui flambe et craque et crie et tout \u00e0 coup paf&nbsp;! Une \u00e9tincelle s\u2019\u00e9jecte<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">celle des lacrymog\u00e8nes ce soir-l\u00e0, on a couru au m\u00e9tro, sortant du Hautefeuille (mais qu\u2019avions nous \u00e9t\u00e9 voir?) des flics patrouillaient dans les rues (d\u00e9but d\u00e9cembre quatre-vingt six&nbsp;: Malik Oussekine perdit la vie, battu \u00e0 mort \u2013 les fonctionnaires de police auteurs de ce meurtre sont sortis libres du pr\u00e9toire \u2013 ni oubli ni pardon)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a une sc\u00e8ne dans Les fant\u00f4mes o\u00f9 le h\u00e9ros s\u2019approche \u00e0 le toucher, dans une file d\u2019attente de restaurant universitaire, du tortionnaire qu\u2019il traque \u2013 il ne sait pas que c\u2019est lui \u2013 il sent \u2013 c\u2019est lui dehors il pleut et ils interrogent la veuve de Maia \u2013 puis ils montent tous dans le bureau, la poussi\u00e8re <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-25-repertoire\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># anthologie # 25 | r\u00e9pertoire<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6691,6056],"tags":[],"class_list":["post-164506","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-25-ryoko-sekiguchi-carnet-des-odeurs","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/164506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/86"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=164506"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/164506\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=164506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=164506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=164506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}