{"id":164566,"date":"2024-07-17T12:53:53","date_gmt":"2024-07-17T10:53:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=164566"},"modified":"2024-08-11T15:08:31","modified_gmt":"2024-08-11T13:08:31","slug":"anthologie-25-simple-comme-ca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-25-simple-comme-ca\/","title":{"rendered":"anthologie #25 | simple comme \u00e7a."},"content":{"rendered":"\n<p>Tes odeurs pour dire le lien. Le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Beyrouth l\u2019\u00e9t\u00e9. Je suis l\u2019enfant et tu transpires quand tu me portes. La vie sent doux. Je me sens sucr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu me serres contre toi apr\u00e8s la douche. Me s\u00e9cher, corps enveloppant. Et je te renifle sans bruit. Le cou surtout et la poitrine. Ton odeur, accentu\u00e9e par l\u2019effort. Ton odeur de b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau de javel, les produits m\u00e9nagers. La maison n\u2019est jamais assez propre. Tes mains s\u2019y perdent, tes doigts. Je retrouverai l\u2019odeur ta peau plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Journ\u00e9es de plage avant la guerre, les odeurs de sel et de cr\u00e8me solaire (et son go\u00fbt quand elle coule). Les \u00e9gouts par endroits (tu nous d\u00e9places aussit\u00f4t). Les odeurs molles de nos sandwichs faits maison. Tu as pr\u00e9vu le concombre entre fromage et pain, \u00e7a d\u00e9salt\u00e8re tu dis. Je retiens tes phrases comme sagesse du quotidien. Et l\u2019odeur verte en bouche (le concombre tient \u00e0 peine droit). Penser fruits ou l\u00e9gumes quand on manque d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu pr\u00e9f\u00e8res les piq\u00fbres de moustique \u00e0 l\u2019odeur des spirales \u00e0 br\u00fbler. J\u2019admire silencieusement ton courage.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu fermes les fen\u00eatres contre les odeurs de soufre et de m\u00e9tal, comme pour nous prot\u00e9ger de la guerre. Tu ne peux rien contre les \u00e9clats de son et de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentrer de l\u2019\u00e9cole, deviner le repas. D\u00e9go\u00fbt \u00e0 la seule odeur des plats sophistiqu\u00e9s. Tu es bless\u00e9e, vous \u00eates des ingrats.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur de l\u2019asphalte chaud, je la sens du balcon. Les \u00e9chappements des camions, des motos. Tu as la chance des fumeurs \u00e0 l\u2019odorat tamis\u00e9. Le tien, comme m\u00e9moire s\u00e9lective t\u2019\u00e9pargne parfois.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu ne pues pas des aisselles, tu es fi\u00e8re de n\u2019avoir jamais achet\u00e9 de d\u00e9odorants. Je v\u00e9rifie, confirme. T\u2019envie.<\/p>\n\n\n\n<p>Respirer c\u2019est me remplir de tes odeurs, tout pr\u00e8s et contre, comme petite de nuit \u2014 ton odeur repoussait fant\u00f4mes et cauchemars.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est parfois les oignons frits avec nos sept \u00e9pices, cuisiner avant la douche. C\u2019est moi qui sens l\u2019huile&nbsp;? Tu voudrais que je le nie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin, odeur de caf\u00e9 et d\u2019allumette gratt\u00e9e. Les moments silencieux ont leurs odeurs. Je t\u2019aime simple comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu m\u2019as appris \u00e0 renifler mes v\u00eatements en cas de doute. L\u2019odeur d\u00e9cide.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand tu plantes le beurre p\u00e9rim\u00e9 sous mon nez. L\u2019odeur en jugera (tu n\u2019aimes pas jeter).<\/p>\n\n\n\n<p>Les odeurs de ta coquetterie, laque parfums et cr\u00e8me. Ton rouge \u00e0 l\u00e8vre aussi. Ta f\u00e9minit\u00e9 me reste myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Au seuil d\u00e9j\u00e0 la maison t\u2019exhale, je suis chez toi. Accueillie.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne s\u2019embrasse pas, on se renifle quand ensemble \u00e0 nouveau \u2014 apr\u00e8s des mois d\u2019\u00e9loignement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais que je n\u2019habite plus avec vous quand les pi\u00e8ces portent leurs odeurs \u2014 on ignore l\u2019odeur de chez soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Fum\u00e9e et odeurs de cigarette. Ton air boudeur quand je referme la porte de la salle de s\u00e9jour sur vous deux. Mon sentiment coupable, vous aimerais-je moins que cette haine&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je me lave les mains \u00e0 chaque fois que je touche l\u2019argent. Tu ris et me demandes si je fais de m\u00eame en France.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour l\u2019odeur de l\u2019h\u00f4pital dans la chambre qui a senti poudre et parfum. Est-ce encore toi dans ce lit endormie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je demande \u00e0 ma ni\u00e8ce de me parler de l\u2019odeur de ta maison. M\u00e9lange de bois (les meubles), de plantes (le balcon) et de cuisines. Peut-on approcher les odeurs d\u2019un lieu sans penser les vies d\u00e9roul\u00e9es&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ta petite-fille me dit, je sens encore son odeur dans les chambres. Dans le salon. Partout, son odeur. Le soulagement de ma ni\u00e8ce m\u2019\u00e9meut. Malgr\u00e9 nos nettoyages. Malgr\u00e9 le vide, ton odeur vit. Faut-il \u00eatre enfant pour d\u00e9tacher l\u2019odeur de la mati\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019odeur ne me vient plus, serait-ce t\u2019oublier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"simple comme \u00e7a | gracia bejjani\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/IPBbokE6y2M?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tes odeurs pour dire le lien. Le temps. Beyrouth l\u2019\u00e9t\u00e9. Je suis l\u2019enfant et tu transpires quand tu me portes. La vie sent doux. Je me sens sucr\u00e9e. 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