{"id":164892,"date":"2024-07-18T17:10:24","date_gmt":"2024-07-18T15:10:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=164892"},"modified":"2024-07-19T10:19:08","modified_gmt":"2024-07-19T08:19:08","slug":"anthologie-26","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-26\/","title":{"rendered":"#anthologie #26 | sept fois"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><br><br><br><br><br>\u00c7a devrait \u00eatre des sons, uniquement et non des mots. Retranscrits. Non dits. \u00c9voqu\u00e9s. Des voix derri\u00e8re les murs. Et des odeurs aussi, mais des voix. Des oignons frits, des lentilles, de l\u2019ail. J&rsquo;\u00e9tais libre alors. Des bruits, r\u00f4deurs, un percuteur qu\u2019on fait fonctionner et une arme qu\u2019on remonte. Un bruit, une culasse, les balles qu\u2019il faut compter mais ne pas en mettre quarante et une\u00a0: celle qui est de trop enraye imm\u00e9diatement l\u2019objet. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le cas, deux fois. Au moins. Je ne dormais que mal, j&rsquo;entendais les poissons rouges s&rsquo;\u00e9battaient un peu dans l&rsquo;aquarium, \u00e0 la nuit. Les fen\u00eatres ouvertes. Les canaris de Prospero qui chantaient le matin. Tout est mort. Cette fascination pour la guerre, pour les meurtres faire couler le sang se d\u00e9barrasser des ennemis tuer encore et encore tuer \u2013 le silence de la nuit. En parler avec Freud\u00a0? Cette fois-l\u00e0 o\u00f9 je suis arriv\u00e9e devant ce vieux professeur*, qui sortait de son cours de droit \u2013 constitutionnel \u2013 vice-pr\u00e9sident d\u2019un syndicat de magistrats, \u00e0 droite fatalement \u00e0 droite entour\u00e9 d\u2019\u00e9tudiants et d\u2019\u00e9tudiantes, sans un mot, sans le moindre tra\u00eetre mot \u2013 le bruit m\u00e9tallique et les douilles qui tombent et lui qui s\u2019affaisse. Sept coups. Il meurt. Elle court c&rsquo;est moi, mais je n\u2019entends rien, la voiture d\u00e9marre et elle, elle n\u2019est pas, elle n\u2019est plus elle-m\u00eame. C&rsquo;est moi. N\u2019entendre rien. \u00c7a ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9, et \u00e7a ne se serait jamais arr\u00eat\u00e9 s\u2019ils ne m\u2019avaient prise. Apr\u00e8s, il n\u2019y a plus que la tentation de la r\u00e9demption. La part des anges. Dans la cellule, elle est devenue ma meilleure amie, Francesca, m\u00eame si elle \u00e9tait de l\u2019autre extr\u00eame bord ou c\u00f4t\u00e9\u00a0: elle parle en dormant. On entend des voix. Des cris, hurler pleurer tortures et coups \u2013 loin dans les cauchemars \u2013 je ne sais vraiment pas, je ne sais pas, parfois reviennent les sc\u00e8nes, nous sommes derri\u00e8re cet homme nous sommes deux, il fait froid, nous sommes dans le nord, nous n\u2019entendons rien que le bruit de nos talons qui s\u2019approchent l\u2019un de nous sort son arme le bruit le m\u00e9tal le choc \u2013 on tire dans les jambes de ce type qui s\u2019\u00e9croule devant nous \u2013 nous partons sans courir, nous avons nos passe-montagnes mais plus de c\u0153ur qui va se rompre et cogne, la voiture nous attend au coin \u2013 nous partons. Des meurtres. Allong\u00e9e sur la couche, j\u2019entends Francesca respirer, j\u2019entends ses r\u00eaves, je n\u2019\u00e9coute pas les miens. Perp\u00e9tuit\u00e9 dont quinze ans, seule \u00e0 l\u2019isolement, dans une cellule de cinq m\u00e8tres carr\u00e9s \u2013 je ne me plains pas \u2013 trois ans ensuite avec elle ici. Des meurtres. Que doit-on au monde\u00a0? Nos id\u00e9es\u00a0? Nos volont\u00e9s ? Notre vie et notre corps. Notre id\u00e9al. \u00c7a ne s\u2019arr\u00eatera jamais, Mario dit que ce poids ne nous abandonnera jamais, le silence plonge dans la nuit noire, les bruits du sang pomp\u00e9 par le c\u0153ur qui bat aux tempes, cette fois o\u00f9 dans la sacoche de ce chef-maton on a retrouv\u00e9 une pomme mais pas d\u2019arme \u2013 la mort il l\u2019avait m\u00e9rit\u00e9e, la m\u00e9rite-t-on jamais\u00a0? Je me suis retourn\u00e9e, la mauvaise couverture, r\u00eache sans couleurs je me suis souvenue du poids du revolver que je portais \u00e0 la ceinture, ce jour j\u2019avais crois\u00e9 un de ces \u00e9tudiants avec lesquels j\u2019avais suivi des cours, je me suis souvenu de la d\u00e9tresse de mon p\u00e8re \u2013 je ne regrette rien, les regrets ne servent jamais \u00e0 rien \u2013 rien<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-background-color has-background\"><code>inspir\u00e9 du livre <em>Le prisonnier<\/em> \u00e9crit par Anna Laura Braghetti, une des gu\u00e9rilleros qui retinrent Moro dans un appartement romain, au printemps 78 (livre \u00e9crit en collaboration avec la journaliste Paola Tavella, traduit de l'italien par Claude Galli - avril 1999)\nil y aura sans doute un probl\u00e8me de point de vue \u00e0 adopter - multiple - un narrateur, de quelle place parler ? \ndans la 27, prend la place trois\n\n* Le (pas si vieux : 53 ans) professeur : Vittorio Bachelet, d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien, abattu en f\u00e9vrier 1980, universit\u00e9 La Sapienza \u00e0 Rome,situ\u00e9e sur la piazzale Aldo Moro. Anna Laura Braghetti sera arr\u00eat\u00e9e le 27 mai de cette ann\u00e9e-l\u00e0 - elle avait 27 ans (naissance en ao\u00fbt 53).<\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a devrait \u00eatre des sons, uniquement et non des mots. Retranscrits. Non dits. \u00c9voqu\u00e9s. Des voix derri\u00e8re les murs. Et des odeurs aussi, mais des voix. Des oignons frits, des lentilles, de l\u2019ail. J&rsquo;\u00e9tais libre alors. Des bruits, r\u00f4deurs, un percuteur qu\u2019on fait fonctionner et une arme qu\u2019on remonte. 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