{"id":165227,"date":"2024-07-19T22:41:45","date_gmt":"2024-07-19T20:41:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=165227"},"modified":"2024-07-20T12:11:28","modified_gmt":"2024-07-20T10:11:28","slug":"anthologie-23-plus-bas-que-taire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-plus-bas-que-taire\/","title":{"rendered":"#anthologie #23 | Plus bas que taire"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u2019abord il y aurait des phrases aux couleurs pastel de villa, des id\u00e9es de grande b\u00e2tisse cossue, des arguments en pi\u00e8ces d\u2019eau, un ton farci de ces fioritures qu\u2019on discerne dans le fer forg\u00e9 des balcons. On entrerait grande pompe par la porte forc\u00e9ment coch\u00e8re, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur on a mis les petits discours dans les grands, on a sorti l\u2019argenterie, les formules brillent en h\u00e9ritage bien astiqu\u00e9. \u00c7a vrombit, \u00e7a enfle sous le toit, \u00e7a veut monter, s\u2019\u00e9lever, piailler en voli\u00e8re, les repliques s\u2019agencent, consolident les murs porteurs, s\u2019\u00e9chafaudent en r\u00e9cit, plans narratifs de miel \u00e0 tous les \u00e9tages, aucun pas d\u2019enfant ne trottine dans cette langue, aucun godillot tra\u00eenant, aucune empreinte de pied mouill\u00e9 au sortir de la douche. Pas d\u2019idiome pour le cul bien s\u00fbr, ni de voix pour la haine, on les admire parfois de l\u2019\u0153il qu\u2019on pose sur les fossiles. Au mur, l\u2019horloge cadence le pouls de la langue. Tout le monde s\u2019est r\u00e9uni dans le petit salon, au coin du lieu commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors \u00e7a commence, \u00e7a pourrait commencer, \u00e7a viendrait d\u2019en bas vous voyez, comme une eau stagnante parcourue d\u2019un frisson, le bois\u00e9 du parquet se l\u00e9zarde, une fente soudain dans une expression, dans un mot, une fente qui fabrique du gouffre, elle cr\u00e8ve l\u2019abc\u00e8s du sol joliment d\u00e9ploy\u00e9 dans les bouches, on pensait s\u2019y tenir en toute s\u00e9curit\u00e9 mais voil\u00e0. Alors oui on descend oui, plut\u00f4t on chute, on d\u00e9gringole et sous le vernis du discours c\u2019est la langue des caves, des gardes manger, c\u2019est le ressentiment le long du mur humide, le venin en bouteille, align\u00e9s grands crus en attente des gosiers, c\u2019est l\u2019ivresse aussi des joies inavouables, planqu\u00e9es au placard o\u00f9 les mites s\u2019attaquent aux habits d\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;; maintenant aussi ce sont des murmures obsc\u00e8nes qui suintent par la pierre, par le b\u00e9ton qui cherche son corps naturel de roche, de mollasse, ils envahissent les terriers sous le grand parc, p\u00e9n\u00e8trent insalubres dans les canalisations qui s\u2019amollissent en boyaux, se tordent sous les assauts du rauque, du sous-entendu, des voyelles qui s\u2019affolent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a continue pourtant, \u00e7a pourrait continuer, \u00e7a finirait par grignoter les fondations, par forer \u00e0 m\u00eame l\u2019humus, alors tout l\u2019\u00e9difice du langage s\u2019\u00e9croulerait, oui vous voyez oui le ciment s\u2019effrite, choit en morceaux au point de former une tour en gravats, et haute, que personne ne reconna\u00eet. Tout le beau monde y va de son corps maintenant, il n\u2019est plus l\u2019heure de sauver les meubles. En bas du bas des sons articul\u00e9s, dans la glue de leur dessous, tout au fond sous la couture de la communication, au seuil des l\u00e8vres qui n\u2019\u00e9mettent plus qu\u2019un grouillement, une onomatop\u00e9e idiote, le terrain s\u2019est creus\u00e9. On s\u2019y laisse glisser, on d\u00e9vale les galeries de taupes, les chemins ouverts par les chenilles, au noyau du langage plus rien d\u2019habitable. Juste le cri.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019abord il y aurait des phrases aux couleurs pastel de villa, des id\u00e9es de grande b\u00e2tisse cossue, des arguments en pi\u00e8ces d\u2019eau, un ton farci de ces fioritures qu\u2019on discerne dans le fer forg\u00e9 des balcons. 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