{"id":165286,"date":"2024-07-20T11:05:09","date_gmt":"2024-07-20T09:05:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=165286"},"modified":"2024-07-30T14:31:51","modified_gmt":"2024-07-30T12:31:51","slug":"anthologie-28-hasard-ou-bien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-28-hasard-ou-bien\/","title":{"rendered":"#anthologie #28 | de hasard, ou bien"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\"><em>avancer. Frapper se demander: Ouvrir avec sa cl\u00e9. Entrer. Balayer du regard : lit recouvert, rideaux tir\u00e9s, plateau sous la fen\u00eatre ; il y a ou il n\u2019y a pas plateau, ils prennent ou pas le petit d\u00e9jeuner dans la chambre, le plateau c\u2019est du temps en plus, c\u2019est du temps en moins : d\u00e9compter; ne pas s\u2019arr\u00eater sur un d\u00e9tail, ne pas s\u2019arr\u00eater<\/em>. <em>Respecter le cadence\u00a0<\/em>: Du placard ouvert de la chambre douze sort une voix, violon et du violoncelle en fond, un quatuor peut-\u00eatre. La voix ne parle pas normalement, je veux dire pas comme dans une conversation courante, on dirait qu&rsquo;elle joue; pour autant elle ne chante pas ; on dirait qu\u2019elle jongle avec les phrases et les mots d&rsquo;une texture peu habituelle, et des sonorit\u00e9s se r\u00e9p\u00e8tent. ( un jour avec mon p\u00e8re, nous \u00e9coutions la radio, il avait dit : l\u00e0, tu entends bien que \u00e7a parle \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb pas comme moi qui te parle \u00e0 pr\u00e9sent&#8230;) C&rsquo;est \u00e7a je me dis, la voix qui sort du placard ouvert parle : \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb; j&rsquo;entends des bois et des plaines; je reconnais des loups. Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re du placard ouvert la galette noire d\u2019un disque tourne <br><strong><br><\/strong><em>\u00c0 l\u2019exception de la table, aucun meuble, \u00e0 l\u2019exception de la tasse et du crayon, aucun objet\u00a0; sous la table une pomme pourrit\u00a0:<\/em><strong><em> <\/em><\/strong><em>mur de gauche, tout le papier arrach\u00e9, restent des lambeaux, des fils pendent, des cheveux on dirait, pris dans le pl\u00e2tre<\/em>, dans le pl\u00e2tre du mur et il y a un trou de la taille d\u2019une pi\u00e8ce de monnaie; impossible de plaquer mon \u0153il contre le trou pour voir derri\u00e8re sans risquer de me br\u00fbler la r\u00e9tine : du trou sort de la lumi\u00e8re, comme d&rsquo;une cabine de projection, un faisceau puissant ; je me retourne, je vois mon ombre projet\u00e9e sur l&rsquo;autre mur, je me vois ombre, il semble que je porte un chapeau ou c&rsquo;est le contour tr\u00e8s lisible d&rsquo;une protub\u00e9rance cr\u00e2nienne, j&rsquo;\u00e9vite de penser \u00e0 une tumeur; et elle bouge les bras, l&rsquo;ombre je veux dire, on dirait qu\u2019elle me salue : je me regarde et je la vois sortir<br><br><em>bon, mais le regardant dans l\u2019oreille et m\u2019imaginant le relever et le prendre dans mes bras je me disais : tout de m\u00eame une fois que tu l\u2019auras relev\u00e9 tu en feras quoi. Tu as la force de le relever tu le crois et c\u2019est possible mais tu en feras quoi une fois dans tes bras. Peut-\u00eatre qu\u2019il faudrait le trainer plus loin, je pensais, du moins le d\u00e9placer parce qu\u2019ici il est expos\u00e9 je pensais. Au monde m\u00eame, je pensais en le regardant dans l\u2019oreille. Je m\u2019imaginais l\u2019avoir relev\u00e9 et le maintenir avec mes bras sous ses bras, contre moi <\/em>mais il pivote sur le sol et dans le m\u00eame mouvement, comme glissant d\u00e9tach\u00e9 de la pesanteur il se retrouve sur ses pieds sans que je comprenne comment il a fait; ses jambes sont nues, roses de ce rose p\u00e2le des roses anciennes, il est chauss\u00e9 de pointes comme sont les danseuses \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra ; juch\u00e9s sur ses chaussons, genoux l\u00e9g\u00e8rement fl\u00e9chis il ouvre les bras vers moi, il a de longues mains, des doigts d\u00e9li\u00e9s, il me regarde cependant je ne peux pas voir son visage : c&rsquo;est lui qui me soul\u00e8ve et nous dansons un pas de deux; des pi\u00e9tons jettent des pi\u00e8ces <br><br><em>Quand j\u2019ai vu Le lit d\u00e9fait de Delacroix, j\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait le portrait en creux d\u2019un dormeur.<\/em> La salle du mus\u00e9e est maintenue dans une obscurit\u00e9 relative, sous le tableau repr\u00e9sentant le lit il y a la chaise du gardien, elle est surmont\u00e9e d&rsquo;un petit cartel qui invite \u00e0 s&rsquo;asseoir ; on peut, dit le texte, c&rsquo;est m\u00eame recommand\u00e9 s&rsquo;abandonner au sommeil, o\u00f9 \u00e0 la somnolence; il est \u00e9galement fortement recommand\u00e9 de se d\u00e9chausser une boite \u00e0 droite de la chaise est pr\u00e9vue \u00e0 cet effet \u2013 les insomniaques ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 s&rsquo;assoir : une cam\u00e9ra enregistre<br><br>\u00ab\u00a0<em>Je m\u2019en vai<\/em>s dans <em>ma cuisine<\/em>, <em>trois<\/em> m\u00e8tres sur <em>trois m\u00e8tres<\/em> sur <em>trois m\u00e8tres<\/em>, <em>attendre qu<\/em>\u2018<em>il me siffle<\/em>. \u2026 Ce <em>sont<\/em> de <em>jolies dimensions\u00a0\u00bb <\/em>au mur jardin de la cuisine il y a un cadre vide, trente centim\u00e8tres sur trente environ, de couleur sombre, moulur\u00e9 et vernis, fa\u00e7on petit tableau de ma\u00eetre : classique donc. Le cadre est accroch\u00e9 \u00e0 environ un m\u00e8tre cinquante-cinq du sol ; si c&rsquo;\u00e9tait un miroir on pourrait, pourvu qu&rsquo;on soit de taille standard, s&rsquo;y regarder pleine face sans avoir \u00e0 se contorsionner. Un cadre vide : fa\u00e7on de parler puisque le cadre cadre le mur. C&rsquo;est un cadre vide avec un mur derri\u00e8re : un tableau de mur en quelque sorte<br><br>la cinqui\u00e8me ( la sixi\u00e8me d\u00e9guis\u00e9e en cinq\u2026) est une chose si t\u00e9nue qu&rsquo;on peine \u00e0 la d\u00e9crire \u2013 <em>La vitesse avec laquelle la lumi\u00e8re remontait; j\u2019avais \u00e9teint la lampe, mais, \u00e0 cause de l\u2019\u00e9cran de l\u2019ordinateur allum\u00e9, je ne pouvais \u00e9chapper \u00e0 mon reflet; derri\u00e8re le vitre quelque chose tremblait, \u00e9tait-ce mon reflet ou le feuillage qui tamisait la vue en plong\u00e9e sur la baie; \u00e9tait-ce ma peur de voir venir le jour sans avoir su d\u2019o\u00f9 elle venait; sur la vitre les poussi\u00e8res et les traces de pluie accumul\u00e9es poudroyaient, le soleil se levait orange et rose <\/em>\u2013 sur l&rsquo;\u00e9cran de l&rsquo;ordinateur il y a ce film sans images et sans son, j&rsquo;en per\u00e7ois la tension et j&rsquo;en \u00e9prouve la dur\u00e9e ; ce sont des images violentes de guerre, lav\u00e9es, ou comme pass\u00e9es au blanc, le son n&rsquo;est qu&rsquo;un bruit blanc; vient ce plan de mer, comme la mer au loin dans la baie devant moi, cependant sans mer, ni baie o\u00f9 un bateau s&rsquo;enfonce avec ses cris ; ce sont des images d&rsquo;actualit\u00e9s r\u00e9centes, aveugles  et blanches, <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>avancer. 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