{"id":165625,"date":"2024-07-21T00:09:33","date_gmt":"2024-07-20T22:09:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=165625"},"modified":"2024-07-21T14:37:20","modified_gmt":"2024-07-21T12:37:20","slug":"anthologie29interieure-voix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie29interieure-voix\/","title":{"rendered":"#anthologie #29 | Int\u00e9rieur, Voix"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Reprise Anthologie 1 Dura lex sed lex<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9rifier que toutes les pi\u00e8ces sont bien ordonn\u00e9es dans le dossier. <em>Mais enfin pourquoi toujours v\u00e9rifier, ordonner, on dirait ta m\u00e8re, la comptable qui alignait des chiffres \u00e0 longueur de journ\u00e9e et qui une fois rentr\u00e9e \u00e0 la maison te demandait de ranger ta chambre, de tout bien ordonner\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure sans dossier \u00e0 pr\u00e9parer. <\/em>En relire une ou deux, souligner un mot, surligner une phrase. Ranger le dossier avec la robe en boule, dans le sac devant l\u2019entr\u00e9e. <em>Cette robe noire , tu la d\u00e9testes, elle est lourde, lourde du poids de la responsabilit\u00e9 qu\u2019elle a sur ses \u00e9paulettes, et c\u2019est quoi ce bout de tissu blanc que tu rabats devant et qui te serre le cou, on dirait un bavoir, et le noir \u00e7a ne te va pas du tout\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure sans bout de chiffon, sans uniforme.<\/em> Se coucher tard. Se lever t\u00f4t, faire couler l\u2019eau froide sur la peau, faire chauffer l\u2019eau du th\u00e9, s\u2019habiller, prestement, avaler deux gorg\u00e9es.<em>Et \u00e7a va durer combien de temps, ce temps que tu ne prends pas le matin, le matin c\u2019est fait pour faire des c\u00e2lins, pour rester au lit quand il fait froid, prendre le soleil comme  l&rsquo;\u00e9t\u00e9 on prend la mer, \u00e0 pleins poumons dans le jardin\/ Allez, viens, on s\u2019en va \u00e0 l\u2019aventure pour se coucher t\u00f4t, se lever tard.<\/em> Partir, vite, pour arriver en avance. Toujours arriver en avance. <em>En avance sur quoi, en avance de combien, en avance sur le jour de ta mort&nbsp;?c\u2019est cela ton but dans la vie, arriver avant l\u2019heure le jour du grand d\u00e9part&nbsp;?\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure, et tranquillement, sans se presser.<\/em> Ne pas se faire pi\u00e9ger par un embouteillage, un barrage, une panne, un accident. Ne pas risquer que l\u2019affaire soit pass\u00e9e, radi\u00e9e. Bouton d\u2019ascenseur, premier sous-sol, clef de voiture, ceinture de s\u00e9curit\u00e9, du jazz en boucle, et le dossier dans le sac, tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, c\u00f4t\u00e9 passager. Passer par la place de l\u2019\u00c9toile, les Champs \u00c9lys\u00e9es et au bout la place de la Concorde, suivre les quais, en sortir pour tourner sur le Pont Neuf. <em>Mais pourquoi prendre toujours le m\u00eame chemin, tu aurais pu passer par la Rue de Longchamp, Trocad\u00e9ro, le pont d\u2019I\u00e9na, les quais rive droite, rejoindre le boulevard Saint Germain, c\u2019est plus long mais quand m\u00eame la Tour Eiffel et puis le Boul\u2019mich\/ Allez, viens, on s\u2019en va , loin, \u00e0 l\u2019aventure, on quitte Paris, pour de bon. <\/em>Place Dauphine, ses arbres au calme. Parking, premier sous-sol, couper le contact. <em>Toi qui as horreur des parkings, te voil\u00e0 angoiss\u00e9e maintenant, bien s\u00fbr que tu sais pourquoi, et puis c\u2019est irrespirable ici\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure sur des routes \u00e0 l\u2019air libre, sur des chemins \u00e0 l\u2019air pur.<\/em> Prendre le sac sous le bras. Dehors, respirer, fort. Longer le quai des Orf\u00e8vres, ses fourgons de police en rang d\u2019oignons, la porte en acier blind\u00e9 de la Maison d\u2019Arr\u00eat de la Sant\u00e9. <em>Ici aussi on ne respire pas bien, savoir tous ces gens enferm\u00e9s, l\u00e0-dedans, pour une bonne raison ou sans raison, aucune, impossible de ne pas y penser, en passant\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, sous le vent de la libert\u00e9, sans chaines aux pieds<\/em>. Regarder l\u2019heure. Un th\u00e9 citron et un croissant vite engloutis \u00e0 la Brasserie en face des grilles aux pointes ac\u00e9r\u00e9es du Palais de Justice. Passer par un acc\u00e8s r\u00e9serv\u00e9, contr\u00f4l\u00e9. Pr\u00e9senter la carte professionnelle \u00e9corn\u00e9e avec dessus une photo d\u00e9mod\u00e9e, saluer le jeune policier filtrant les arrivants. <em>C\u2019est \u00e0 se demander comment il peut te reconnaitre sur la photo, tu avais quoi? vingt-trois ans et maintenant\u2026, combien de fois tu as voulu la d\u00e9chirer cette carte, combien, hein&nbsp;?\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure, sans valise ni papier d\u2019identit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Monter les marches en marbre deux \u00e0 deux, sentir que le corps se r\u00e9veille, regarder l\u2019heure. Aller s\u2019asseoir sur un banc de bois noir dans la grande salle des Pas Perdus. Se sentir seule et investie, donc seule. <em>Elle pourrait faire peur cette salle qui mesure plus de deux fois un terrain de handball si tu t\u2019y retrouvais seule la nuit, \u00e7a te fait penser au film d\u2019Albert Dupontel \u00ab&nbsp;9 mois ferme&nbsp;\u00bb, et \u00e7a te fait rire, c\u2019est bon quand tu ris\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin \u00e0 l\u2019aventure et promettre de rire au moins dix fois par jour<\/em> . Sortir le dossier du sac, relire quelques pi\u00e8ces de l\u2019adversaire. Laisser venir l\u2019angoisse, la peur de l\u2019oubli d\u2019un mot, d\u2019un argument, d\u2019une preuve, d\u2019une loi. Respirer, fort. <em>Alors toi la perfectionniste, toujours peur que ce ne soit pas parfait, mais parfait pour qui&nbsp;? \/Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure vers un monde sans crainte de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur.<\/em> Regarder l\u2019heure, chercher le num\u00e9ro de la salle d\u2019audience. Pole 4 chambre 2 de la Cour d\u2019appel. Ranger le dossier, v\u00e9rifier que la robe, chiffonn\u00e9e, ne s\u2019est pas d\u00e9rob\u00e9e. Se lancer. Longer les galeries des juges d\u2019instruction, saluer les gendarmes en faction, fr\u00f4ler du regard la Sainte Chapelle, belle, marcher encore le long de couloirs qui sentent la Javel et transpirent le labeur \u00e0 point d\u2019heure des femmes de m\u00e9nage. <em>Les juges d\u2019instruction, le p\u00e9nal, les Assises, tr\u00e8s peu pour toi, l\u00e0 o\u00f9 la mort physique ne se joue plus mais quand m\u00eame coupable ou non coupable, et les victimes, inconsolables, tu les sais bien, tu n\u2019aurais jamais pu d\u00e9fendre l\u2019ind\u00e9fendable\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure vers la douceur de vivre, loin des pleurs et des horreurs<\/em>. Arriver devant la salle, essouffl\u00e9e ou pas. Penser que c\u2019est bien d\u2019avoir arr\u00eat\u00e9 de fumer. V\u00e9rifier sur le feuilleton d\u2019audience \u00e9pingl\u00e9 sur la porte que le nom de l\u2019affaire est bien not\u00e9. <em>Des affaires, combien \u00e0 ce jour tu en as trait\u00e9es, d\u00e9fendues, gagn\u00e9es, perdues, refus\u00e9es, pas fait le compte, tu as raison, \u00e7a ferait tourner la t\u00eate\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure avec quelques affaires, \u00e0 toi, pas celles-l\u00e0.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Entrer dans l\u2019ar\u00e8ne. Le spectacle peut commencer. <em>Tu te souviens, petite, danseuse tu voulais \u00eatre, danser toutes les danses, et partout, et faire danser, que le corps s\u2019exprime, qu\u2019il parle \u00e0 la place des mots, et puis un jour raccroch\u00e9es les pointes en satin de ton enfance pour une inscription \u00e0 la Fac de droit et tout le reste apr\u00e8s\/ Allez viens on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure et on dansera \u00e0 en perdre le nord, et le sud aussi si tu veux<\/em>. Le parquet qui craque, les boiseries polies, les dorures qui \u00e9claboussent le plafond, l\u2019estrade au fond qui arbore des fauteuils de ma\u00eetre, les bancs \u00e9lim\u00e9s pour les plaignants. <em>Toi tu ne te plains jamais, tu plains les autres, tu les r\u00e9confortes, tu les soutiens, tu les d\u00e9fends becs et ongles point\u00e9s pour gagner, mais qui s\u2019occupe de toi&nbsp;?\/Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure l\u00e0 o\u00f9 tu pourras te choyer, te prendre dans tes bras.<\/em> Des avocats d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, assis, debout, \u00e9nerv\u00e9s ou encore endormis. Soudain, plus un bruit, se lever, tous ensemble \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du Tribunal par une porte d\u00e9rob\u00e9e. Un pr\u00e9sident, deux assesseurs et derri\u00e8re eux le greffier avec sa pile de dossiers pr\u00eats \u00e0 tomber. <em>Tomber, tu ne t\u2019es jamais autoris\u00e9e \u00e0 te laisser choir, comme une poup\u00e9e de chiffon, de l\u2019int\u00e9rieur d\u00e9chiquet\u00e9e, pourtant tu as eu des occasions de t\u2019effondrer, et des costaudes, des bien comme il faut, mais jamais tu n\u2019as \u00e9t\u00e9 an\u00e9antie au point de crier \u00e0 l\u2019aide, jamais\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure l\u00e0 tu pourras te laisser aller \u00e0 en perdre l\u2019\u00e9quilibre sans danger.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Premier acte, l\u2019appel des causes. Ecouter le greffier \u00e9noncer les noms des parties au proc\u00e8s, demandeur contre d\u00e9fendeur. R\u00e9agir \u00e0 l\u2019appel du nom de son dossier et faire retenir l\u2019affaire. En clair demander au greffier de poser le dossier du tribunal sur une pile \u00e0 part, celle des affaires qui seront plaid\u00e9es tout \u00e0 l\u2019heure. Les autres, renvoy\u00e9es \u00e0 une autre audience, ou radi\u00e9es, donc finies, termin\u00e9es, circulez, plus rien \u00e0 voir. <em>Qu\u2019as-tu vu, toi, dans cette justice fr\u00e9quent\u00e9e de si pr\u00e8s, du bon et du mauvais, du politique, de l\u2019id\u00e9ologie, du bon sens, de la b\u00eatise, du vite fait mal fait, du ni fait ni \u00e0 faire, du s\u00e9rieux et du trop s\u00e9v\u00e8re, et de l\u2019injuste, bien, s\u00fbr, tu le sais bien quand la justice ne se porte pas bien c\u2019est toute la soci\u00e9t\u00e9 qui va mal\/ Allez, viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure vers des endroits sereins ou le bien est un bien commun<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me acte, le pr\u00e9sident appelle une premi\u00e8re affaire. Attendre son tour pour entrer en sc\u00e8ne. Aller respirer, dans le couloir, bruyant. Saluer son confr\u00e8re adverse, par conventionnelle courtoisie, ou franche hypocrisie, souvent les deux. Avoir trop chaud dans cette robe noire, la gorge s\u00e8che, commencer \u00e0 avoir faim. <em>Tu les vois, l\u00e0, dans le r\u00e9troviseur, toutes ces heures interminables, pass\u00e9es \u00e0 attendre ton tour, pour dire trois mots ou plaider trois heures, et cette lenteur des juges \u00e0 juger ce qui est urgent, vital, au bord du drame, et cette r\u00e9volte en toi qui ne s\u2019apaise pas\/ Allez viens, on s\u2019en va, \u00e0 l\u2019aventure pour ne plus rien attendre, ne plus chercher \u00e0 comprendre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Retour dans la salle, s\u2019avancer vers l\u2019estrade \u00e0 l\u2019appel du nom de son affaire. Pas trop pr\u00e8s non plus. Chacun son camp. S\u2019arr\u00eater devant le pupitre, y poser son dossier, ses notes, un stylo. Chacun \u00e0 sa place, celui qui attaque \u00e0 droite, celui qui se d\u00e9fend \u00e0 gauche. Et enfin, plaider. <em>Du th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est du th\u00e9\u00e2tre, tu le sais, et certains en jouent, beaucoup , \u00e0 en \u00eatre ridicules, c\u2019est comme sur une sc\u00e8ne sauf que l\u00e0 on n\u2019a pas droit \u00e0 l\u2019erreur, on ne peut pas se dire qu\u2019on sera meilleur demain, quand c\u2019est trop tard c\u2019est trop tard, c\u2019est maintenant ou jamais\/ Allez, viens, on s\u2019en va, \u00e0 l\u2019aventure jouer et rejouer ce que tu veux autant de fois que tu voudras.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plaider la cause de l\u2019enfant abandonn\u00e9, de l\u2019h\u00e9ritier ruin\u00e9, de la femme battue, de l\u2019entrepreneur pas pay\u00e9, de la secr\u00e9taire harcel\u00e9e, de l\u2019accident\u00e9 \u00e0 vie alit\u00e9, du migrant d\u00e9boussol\u00e9, de la fille\/abus\u00e9e\/du\/gar\u00e7on\/viol\u00e9\/ et r\u00e9ciproquement, du commer\u00e7ant endett\u00e9, de la grand-m\u00e8re d\u00e9sargent\u00e9e, du locataire expuls\u00e9, du voisin insult\u00e9, du salari\u00e9 licenci\u00e9, du voleur \u00e9gar\u00e9, la cause de vies morcel\u00e9es, contrari\u00e9es, embras\u00e9es, violent\u00e9es, bris\u00e9es, mais qui respirent, encore. <em>Oui c\u2019est bien cela qui te tient encore debout, qui te fait lever chaque matin, cette cause \u00e0 d\u00e9fendre, cette injustice \u00e0 r\u00e9parer, cette dignit\u00e9 \u00e0 faire retrouver mais \u00e7a ronge au-dedans, c\u2019est sans fin, c\u2019est \u00e9reintant, harassant, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement\/ Allez, viens, on s\u2019en va, loin , \u00e0 l\u2019aventure et voguer sur les mers sans la barre du navire \u00e0 tenir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, se taire. \u00c9couter l\u2019autre parler. D\u00e9fendre sa cause. D\u00e9fendable ou pas, explicable ou pas , pardonnable ou pas, punissable ou pas. S\u2019\u00e9nerver, vouloir intervenir, se retenir. Toujours tenter de reprendre la parole en dernier. S\u2019approcher plus pr\u00e8s de l\u2019estrade, d\u00e9poser son dossier sur le bureau du Tribunal, face au pr\u00e9sident. \u00c9couter le greffier donner la date du d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. La justice prend son temps pour rendre son jugement. Sortir de la salle. \u00d4ter imm\u00e9diatement cette robe d\u2019un noir pesant. Respirer, fort<em>. Heureusement que tu as appris \u00e0 respirer m\u00eame quand la justice t&rsquo;\u00e9touffe, que tu as pris des chemins d\u00e9tourn\u00e9s, \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, que tu as eu mille autres vies ou presque dans le m\u00eame temps, mais maintenant, il est temps\/ Allez, viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure inspirer \u00e0 pleins poumons les belles derni\u00e8res ann\u00e9es<\/em> . Partir vite pour entendre \u00e0 nouveau le bruit de la ville, se faufiler entre les touristes amass\u00e9s sur le trottoir pr\u00e8s de la Conciergerie, lever les yeux au ciel et voir l\u2019heure sur la grande horloge enlumin\u00e9e, accroch\u00e9e depuis des lustres \u00e0 une des tours du Palais. Rentrer vite. Sur la route, r\u00eaver, esp\u00e9rer que ce dossier sera gagn\u00e9. Visualiser l\u2019enfant dans des bras aimants, la victime reconnue, le salari\u00e9 indemnis\u00e9, des d\u00e9lais accord\u00e9s pour partir, un droit de s\u00e9jour am\u00e9nag\u00e9, un d\u00e9biteur de mauvaise foi condamn\u00e9. La vie un peu r\u00e9par\u00e9e. Les blessures profondes rarement oubli\u00e9es. <em>M\u00eame quand la robe est au porte manteau raccroch\u00e9e, que le t\u00e9l\u00e9phone ne sonne plus, que plus personne n\u2019a besoin de toi, pour quelques heures, le temps de la nuit, toi, tu te tracasses encore, tu penses encore \u00e0 ce que tu aurais pu faire, autrement, \u00e0 ce que tu pourrais faire encore, de mieux, \u00e7a aussi \u00e7a use, \u00e7a ronge \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\/ Allez viens, on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure sur des chemins qui ne demandent rien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019occuper maintenant des autres dossiers. \u00c9couter, noter, analyser, compiler, r\u00e9diger, chercher, ordonner, rassembler, r\u00e9pliquer, \u00e9couter encore, rassurer, douter, compl\u00e9ter. \u00c9crire. \u00c9crire. \u00c9crire. Recommencer.<\/p>\n\n\n\n<p>Paris, l\u2019Ile de la Cit\u00e9. Cit\u00e9 des causes pas toujours perdues, cour des possibles miracles. Cit\u00e9 de la mis\u00e8re du monde affich\u00e9e, de sa violence d\u00e9crypt\u00e9e, de la vie derri\u00e8re ou au-dedans de soi d\u00e9chiquet\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, tard, rentrer, tout poser, d\u00e9poser. Rideau&nbsp;! En coulisses, il y a juste \u00e0\u2026danser. Sur <em>Experience<\/em> de Ludovico Einaudi ou <em>Nomadic Mood<\/em> de Sainkho Namtchylak ou, dans les bras du silence retrouv\u00e9. Laisser l\u2019\u00e9nergie se r\u00e9organiser. Souffler. Respirer. <em>Oui, danser, laisser faire laisser aller, le corps libre sans une t\u00eate pleine \u00e0 craquer pour le contr\u00f4ler, un pas, puis deux, les hanches, le buste, les jambes, les bras, les mains et jusqu\u2019au bout des doigts, au bout des pieds\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Allez, viens on s\u2019en va, loin, \u00e0 l\u2019aventure de la danse dans ta vie, dans toute ta vie, et pas qu\u2019entre deux portes \u00e0 ouvrir, deux dossiers \u00e0 pr\u00e9parer, deux d\u00e9tresses \u00e0 sauver, sentir de l\u2019air dans tous tes mouvements, du petit matin \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, jouer \u00e0 articuler une partie de tes membres tout en isolant les autres, toucher minute apr\u00e8s minute \u00e0 la fine pointe de la conscience de tout ton corps , danser jusqu\u2019\u00e0 la transe, retrouver le rythme tribal, faire de ton \u00e9tat de conscience modifi\u00e9 une \u0153uvre d\u2019art, impalpable, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, \u00e9vanescente, transcendante, devenir oiseau, \u00e9toile de l\u2019op\u00e9ra le temps d\u2019une mise en acte de tes fantasmes, sans retenue, sur l\u2019herbe, dans le sable, sur un plancher, seule avec d\u2019autres, plein d\u2019\u2019autres, des comme toi, des allum\u00e9s du mouvement de vie au-dedans qui se dit au dehors, improviser, explorer par tous les pores de ta peau, sur toutes les musiques du monde, cr\u00e9er des rituels, aller \u00e0 l\u2019origine de l\u2019origine du mouvement, de l\u2019\u00e9nergie, de la vie donc, te mettre au d\u00e9fi, \u00e9prouver, travailler la souplesse, l\u2019agilit\u00e9 de ton corps pour ne jamais perdre celles de ton esprit, danser avec la terre-m\u00e8re, sous la pluie, dans la boue, nue, d\u00e9guis\u00e9e, te croire nuage ou papillon, affronter par le corps tes ombres, vivantes, tes limites, visibles et invisibles, faire avec l\u2019empreinte du temps et de l\u2019\u00e9puisement des ann\u00e9es pass\u00e9es jusqu\u2019au c\u0153ur de tes cellules, encore bien vivantes, jouir sans entrave dans des danses extatiques, te relier aux forces vitales du dedans et du dehors, et faire pleinement, d\u00e9finitivement, de ta danse un art de vivre en paix, et si possible au service de la paix&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Je suis juste un fragment.<br>Qui sait d\u2019o\u00f9 vient ce fragment\u00a0?<br>Qui suis-je\u00a0?<br>Il faut toute la vie pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question.<br>Avant d\u2019\u00eatre un fragment, vous et moi ne faisions qu\u2019un.<br>Avant d\u2019\u00eatre un fragment, le ciel et moi ne faisions qu\u2019un.<br>Avant d\u2019\u00eatre un fragment, la mer et moi ne faisions qu\u2019un.<br>Il y a des millions d\u2019ann\u00e9es, nous n\u2019\u00e9tions qu\u2019une seule chose (&#8230;)<br>Les \u00e9veill\u00e9s nous disent\u00a0:<br>Arr\u00eate de chercher, tout est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de toi\u00a0!<br>Alors, j\u2019ai plong\u00e9 en moi-m\u00eame et me suis mis \u00e0 danser &#8230;\u201d <\/em><strong>Hiroko Komiya et Atsushi Takenouchi<\/strong> danseurs de But\u00f4.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reprise Anthologie 1 Dura lex sed lex V\u00e9rifier que toutes les pi\u00e8ces sont bien ordonn\u00e9es dans le dossier. Mais enfin pourquoi toujours v\u00e9rifier, ordonner, on dirait ta m\u00e8re, la comptable qui alignait des chiffres \u00e0 longueur de journ\u00e9e et qui une fois rentr\u00e9e \u00e0 la maison te demandait de ranger ta chambre, de tout bien ordonner\/ Allez viens, on s\u2019en <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie29interieure-voix\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #29 | Int\u00e9rieur, Voix<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":663,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6773,6056],"tags":[],"class_list":["post-165625","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-29-michaux-impossible-retour","category-cycle-ete-2024"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/165625","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/663"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=165625"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/165625\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=165625"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=165625"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=165625"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}