{"id":165785,"date":"2024-07-21T11:29:45","date_gmt":"2024-07-21T09:29:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=165785"},"modified":"2024-07-21T11:29:46","modified_gmt":"2024-07-21T09:29:46","slug":"anthologie-24-corps-sans-toi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-24-corps-sans-toi\/","title":{"rendered":"#anthologie #24 | corps sans toi"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dormir \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, cela t\u2019arrivait rarement. Partir ensemble, loin, encore plus rarement. On te confiait la gamine. Plus courant \u00e7a. Tr\u00e8s courant. L\u2019h\u00f4tel donc. Une chambre. Tant\u00f4t un seul lit, grand, tant\u00f4t deux, petits. Selon ce qui reste. Le train, les d\u00e9ambulations, la marche et autre procession, le repas que tu n\u2019as pas \u00e0 pr\u00e9parer, le repas servi. Repue, tu dors d\u00e9j\u00e0. J\u2019ai vu la combinaison rose, la gaine, les bas tenus par les accroches en fer, le dessous de toi, la chair. Tu dors d\u00e9j\u00e0. Ni livre ni carnet. Fermer les yeux, dormir. Tu t\u2019absentes. Seule dans cette ville \u00e9trang\u00e8re, seule dans cet h\u00f4tel. Seule avec cette \u00e9trang\u00e8re. Seule avec toi telle que je ne veux pas te voir. Seule avec toi sans toi. Le ronflement d\u2019abord. Le palais visible. Le corps qui vibre. La suspension de la respiration. L\u2019attente angoissante. Soulagement de l\u2019entendre \u00e0 nouveau. D\u00e9go\u00fbt aussi. D\u00e9go\u00fbt de mon d\u00e9go\u00fbt. Toi inaccessible &#8211; te r\u00e9veiller je n\u2019y songe pas. Je sais ta fatigue. Toi \u00e9trang\u00e8re. Toi\u00a0 devenue chose, corps, corps que je peux regarder par-devers toi, observer, mater, regarder crument, d\u00e9tailler, le nez pro\u00e9minent, la peau \u00e9paisse, le grain de beaut\u00e9 boursoufl\u00e9. Je ne veux pas voir cela. Comme une maison visit\u00e9e en l\u2019absence de son propri\u00e9taire. Je veux venir chez toi, que tu m\u2019ouvres la porte, m\u2019embrasses. Je ne veux pas d\u2019appartement vide, dont les d\u00e9fauts, la mis\u00e8re me sauteraient au visage. Je n\u2019ose te r\u00e9veiller, je ne peux m\u2019endormir. O\u00f9 es-tu pass\u00e9e? Toi qui veilles habituellement sur mon sommeil, si tu savais qui m\u2019emp\u00eache de dormir, si tu voyais la vieille femme qui m\u2019effraie, s\u00fbr que tu la ferais d\u00e9guerpir, sans ambages tu t\u2019y prendrais, pas l\u2019habitude de te formaliser, ouste la vieille, ouste, on ne fait pas peur \u00e0 ma petite, mais tu ne sauras pas, je ne te dirai pas. J\u2019ai vu ce que tu caches, j\u2019ai vu ce que tes baisers, tes mots, ta parole haute, tes gestes vifs, dissimulent le jour, j\u2019ai vu le corps\u00a0 sur lequel achoppe la volont\u00e9, le corps qui rattache \u00e0 la terre, qui nous fait nous \u00e9crouler, le corps comme un animal aveugle, boyaux, pores, gaz, glotte, sudation, ce corps qui a sa vie propre, ce corps chose, ce corps sans nous, corps bruit, mouvement, odeur, tremblement, ce corps sans visage, sans voix, sans regard, ce corps sans toi. \u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dormir \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, cela t\u2019arrivait rarement. Partir ensemble, loin, encore plus rarement. On te confiait la gamine. Plus courant \u00e7a. Tr\u00e8s courant. L\u2019h\u00f4tel donc. Une chambre. Tant\u00f4t un seul lit, grand, tant\u00f4t deux, petits. Selon ce qui reste. Le train, les d\u00e9ambulations, la marche et autre procession, le repas que tu n\u2019as pas \u00e0 pr\u00e9parer, le repas servi. 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