{"id":165987,"date":"2024-07-22T01:40:59","date_gmt":"2024-07-21T23:40:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=165987"},"modified":"2024-07-22T01:41:31","modified_gmt":"2024-07-21T23:41:31","slug":"anthologie-22-rue-du-taur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-22-rue-du-taur\/","title":{"rendered":"#anthologie #22 | rue du Taur"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Rue du Taur 2023 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La rue du Taur relie la place Saint-Sernin \u00e0 la place du Capitole, en plein centre-ville. La place Saint-Sernin n\u2019est plus un parking, elle est devenue pi\u00e9tonne, et le jardin autour de la cath\u00e9drale est d\u00e9sormais ouvert \u00e0 tous. Le lyc\u00e9e est toujours l\u00e0. Je n\u2019y croise aucun \u00e9l\u00e8ve. Ils sont probablement encours. \u00e0 travers les barreaux, j\u2019aper\u00e7ois des poules dans la cours de l\u2019\u00e9tablissement. Je me dirige vers la rue du Taur pensant y retrouver beaucoup. Rien n\u2019a vraiment chang\u00e9. Je passe devant le cabinet du psychiatre psychanalyste Ly. Quelqu\u2019un a pris sa place, un psychologue clinicien. Derri\u00e8re les volets clos, on vient encore y rencontrer sa parole.\u00a0 D\u2019une toute autre mani\u00e8re, c\u2019est certain. Je me demande si \u00e7a encore la grotte dedans. Presque envie de prendre rendez-vous pour y jeter un oeil. Quelques odeurs me reviennent, celle de la porte, de la brique, et de la peinture, car monsieur Ly peignait dans ce qui servait de cuisine, entre deux consultations. Arr\u00eat\u00e9 devant la plaque du nouveau praticien, d\u2019\u00e9tranges questions le viennent \u00e0 l\u2019esprit : l\u2019ancien occupant des lieux a-t-il d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019amour ici ? Que faisait-il quand il s\u2019ennuyait ? Quel livre a-t-il lu en attendant les patient en retard ? S\u2019est-il d\u00e9j\u00e0 fait agresser ? Je r\u00e9alise que la fa\u00e7ade a \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9e, des pav\u00e9s mais tout est reconnaissable. J\u2019avance de quelques pas. Le couloir menant \u00e0 la cave po\u00e9sie est toujours l\u00e0. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de p\u00e9n\u00e9trer les lieux, de longer les affiches de quelques spectacles, arriver devant mon \u00e9cole. Elle est toujours l\u00e0 certes, mais la cour n\u2019est plus accessible, comme mes souvenirs. Je ressors de l\u2019antre et continue mon chemin. Le resto viet a chang\u00e9 de nom, \u00e7a a l\u2019air toujours aussi mauvais. L\u2019offre autour s\u2019est diversifi\u00e9e, toujours la cr\u00eaperie du Sherpa avec les citations de Gide au mur, les m\u00eames verres, les m\u00eames couverts, le m\u00eame g\u00e9rant qui fait des allers-retours, les habituels kebabs et chawarmas mais d\u00e9sormais entour\u00e9 de Burgers et Tacos. Je ne comprends pas pourquoi il y autant de Tacos. Je n\u2019en avais jamais vu ni \u00e0 Toulouse, ni en France, et ici, rue du Taur, j\u2019en vois partout. Je ne rentrerai pas dans l\u2019\u00e9glise Notre Dame du Taur. Je cherche rue des p\u00e9nitents gris, une galerie de peinture qui aurait remplac\u00e9e celle d\u2019Henri Laffont mais rien. Je rentre \u00e0 Gibert Joseph. Fournit,ur\u2019s scolaires, cahiers de vacances, livre de cuisine. Il y a bien s\u00fbr un rayon litt\u00e9rature et des lyc\u00e9ens qui cherchent quelques bouquins de leur liste, mais pas le coeur pour chercher quoi que ce soit. Je commence \u00e0 \u00eatre de mauvaise humeur. La rue est bond\u00e9e, le train touristique passe devant moi. La place du Capitole est \u00e9cras\u00e9 par le soleil. M\u00eame si je suis venu sans aucune attente, j\u2019attendais peut-\u00eatre de retrouver quelque chose. Mais j\u2019ignore l\u2019enfant, l\u2019adolescent, le jeune adulte que j\u2019ai \u00e9t\u00e9, je le cherche dans la silhouette d\u2019autres. Mais je me sens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.\u00a0Je n\u2019ai rien \u00e0 faire ici.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rue du Taur 1996<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je s\u00e8che. Je suis venu \u00e0 l\u2019heure pourtant mais pas envie d\u2019y aller. En plus j\u2019ai chimie. J\u2019h\u00e9site un peu. Rentrer m\u2019\u00e9viterait quelques probl\u00e8mes. Mais je peux plus. De plus, depuis que tout le monde me tourne le dos, pr\u00e9f\u00e8re aller errer. Je ne le fais pas par paresse, j\u2019ai m\u00eame un poids sur le ventre de ne pas m\u2019y rendre. Je vois d\u00e9j\u00e0 les yeux de ma m\u00e8re. Je me r\u00e9fugie \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Je m\u2019y sens tout aussi coupable. Sentiment d\u2019y \u00eatre \u00e9pi\u00e9. Comment je vais me sortir de la merde dans laquelle je me suis mise. Je me suis grill\u00e9e \u00e0 jamais, aupr\u00e8s de tout le monde. Parce que tout le mode sait que j\u2019ai menti. M\u00eame T. qui commen\u00e7ait \u00e0 se rapprocher. T\u2019as tout g\u00e2ch\u00e9 ! Pourquoi tu mythones ? Pourquoi tu fais comme ton p\u00e8re ? J\u2019ai envie d\u2019aller lui demander des comptes ! Apr\u00e8s tout c\u2019est lui qui m\u2019a montr\u00e9 l\u2019exemple. Il a peut-\u00eatre un patient qui s\u2019est d\u00e9sist\u00e9. Au 3 de la rue du Taur, je sonne. \u00ab&nbsp;C\u2019est moi, j\u2019ai besoin de te parler&nbsp;\u00bb. Pas de r\u00e9ponse, mais le portail s\u2019ouvre. Il doit \u00eatre en consult. Je vais l\u2019attendre dans la salle d\u2019attente o\u00f9 un autre patient attend son tour. Il semble profond\u00e9ment g\u00ean\u00e9 que je sois dans la m\u00eame pi\u00e8ce. Je ressors. Je vais patienter au Sherpa. J\u2019aime bien leur th\u00e9 aux fruits rouges. Et puis y\u2019a souvent d\u2019autres \u00e9tudiants \u00e0 cette heure l\u00e0, plus \u00e2g\u00e9s, s\u00fbrement de fac, j\u2019aime bien \u00eatre parmi eux, r\u00e9confort\u00e9 par leurs voix, leurs bruits. J\u2019aime bien les regarder \u00e0 leur insu. Il y a des jolies filles parfois. Elles ont l\u2019air si \u00e0 l\u2019aise. Je me demande comment on fait pour \u00eatre ainsi. Pas de chance aujourd\u2019hui, y\u2019a personne dans la salle. C\u2019est encore trop t\u00f4t. Je me demande pourquoi Cathy N\u00e8gre a ferm\u00e9. Elle \u00e9tait antiquaire, juste en face. J\u2019y allais parfois. Sa boutique, c\u2019\u00e9tait comme entr\u00e9 dans un Tr\u00e9sor. Y\u2019en avait partout. Difficile de s\u2019y frayer une chemin. Des meubles tr\u00e8s anciens, des objets en bronze, en argent, en or dont j\u2019ignorais l\u2019utilisation mais qui me fascinaient tant ils semblaient venir d\u2019un monde fictif. Je passe \u00e0 Gibert. Je tourne autour du rayon po\u00e9sie. J\u2019en vole un. Je ne connais m\u00eame pas l\u2019auteur. Je le vole sans aucune raison, pour le l\u00e9ger frisson que \u00e7a me procure. Et encore, je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr. Je sors rapidement et disparais derri\u00e8re la porte de notre dame du Taur. Je m\u2019assois et lis derri\u00e8re quelqu\u2019un qui prie. Je crois qu\u2019il pleure. J\u2019ouvre le livre sans m\u00eame consulter la couverture : \u00ab&nbsp;Tout le secret du bonheur du Contemplateur est dans son refus de consid\u00e9rer comme un mal l&rsquo;envahissement de sa personnalit\u00e9 par les choses.&nbsp;\u00bb Pas s\u00fbr de comprendre, pas s\u00fbr de savoir si c\u2019est \u00e0 moi qu\u2019il parle, ce\u2026 Francis Ponge\u2026 le parti pris des choses. Je demanderais \u00e0 papa s\u2019il connait. Il a peut-\u00eatre fini la consultation. Mais que pourrais-je lui dire ? Et puis il va se demander pourquoi je suis pas en cours. Comme il ne connait rien de mon emploi du temps, je trouverai une excuse. En face de l\u2019\u00e9glise, j\u2019aper\u00e7ois la galerie d\u2019Henri Laffont. Elle est ferm\u00e9e. Je vois des peintures de Chaumier. Deux natures mortes, une vue de Venise. Et des tableaux \u00e0 mon p\u00e8re. Je les trouve tr\u00e8s beau. J\u2019en suis fier. J\u2019aimerais dire au passant qu\u2019il s\u2019agit de mon p\u00e8re. Sur la porte, une pr\u00e9sentation des artistes. On dit qu\u2019il est un artsite \u00ab&nbsp;fino-vietnamien&nbsp;\u00bb. Sino ! Pas Fino ! et puis je comprends pas en quoi c\u2019est n\u00e9c\u00e9ssaire de pr\u00e9ciser d\u2019o\u00f9 il vient. Moi j\u2019en ai marre de venir d\u2019o\u00f9 je viens. J\u2019ai faim, c\u2019est bient\u00f4t la pause d\u00e9jeuner. Y\u2019a peut-\u00eatre Tessa qui va sortir. Elle va souvent manger un Chawarma. Et si j\u2019y allais avant. Oui, organiser une rencontre impromptue. C\u2019est une bonne id\u00e9e, si elle est seule, elle daignera peut-\u00eatre me parler. Quel mensonge vais-je bien pouvoir lui inventer pour le sortir de mon mensonge pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rue du Taur 2023 La rue du Taur relie la place Saint-Sernin \u00e0 la place du Capitole, en plein centre-ville. La place Saint-Sernin n\u2019est plus un parking, elle est devenue pi\u00e9tonne, et le jardin autour de la cath\u00e9drale est d\u00e9sormais ouvert \u00e0 tous. Le lyc\u00e9e est toujours l\u00e0. Je n\u2019y croise aucun \u00e9l\u00e8ve. 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