{"id":166102,"date":"2024-07-22T18:58:40","date_gmt":"2024-07-22T16:58:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=166102"},"modified":"2024-07-22T21:38:50","modified_gmt":"2024-07-22T19:38:50","slug":"anthologie-de-5-a-17-defi-dans-le-defi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-de-5-a-17-defi-dans-le-defi\/","title":{"rendered":"# anthologie de #05 \u00e0 #17 | d\u00e9fi dans le d\u00e9fi"},"content":{"rendered":"\n<p><em>C\u2019est un d\u00e9fi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, un d\u00e9fi dans le d\u00e9fi\u00a0: impossible dans le temps imparti d\u2019aborder les 13 propositions ayant suivi la 4. 13  propositions, c\u2019est 13 jours.vraiment durs, avec repli, regrets, \u00a0douceurs inattendues, larmes attendues, obligations, et retranchement. Depuis, j\u2019ai repris le voyage Anthologie\u00a0; ces 13 fois rest\u00e9es entre parenth\u00e8ses \u00e9taient un blanc d\u2019abord adopt\u00e9 puis pesant, comme un en -dehors de ce qui me concernait. Alors, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me confronter \u00e0 ce que tout \u00e7a soulevait. Une journ\u00e9e enti\u00e8re pour tenter d\u2019aller de 5 \u00e0 17, faire une sorte de pont fragile entre avant et apr\u00e8s. 17 jours en un seul. Sans ces marches, impossible de franchir l\u2019intervalle. \u00a0Voil\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>5<\/strong>.J\u2019emprunte une passerelle flottante, fix\u00e9e entre les deux pans d\u2019une montagne. Elle est solidement arrim\u00e9e mais un vent se forme vers le milieu de la travers\u00e9e. Elle bouge de plus en plus, c\u2019est un balancement qui ne berce pas mais oblige \u00e0 s\u2019arr\u00eater comme pour reprendre pied. Alors je m\u2019accroche au garde-corps et me penche pour voir. Un torrent coule au fond, et aspire le vide. Le vertige r\u00f4de, me cloue sur place. Paralysie, prison du mauvais sort que je pourrais briser si je d\u00e9collais mes mains du garde-fou pour faire un pas, un seul pas. En bas, le torrent s\u2019\u00e9chappe et je r\u00eave de le rejoindre. Il suffit de fermer les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. <\/strong>Un petit gar\u00e7on est debout, \u00e0 port\u00e9e de mer. Il soul\u00e8ve avec le pied un paquet d\u2019algues, le laisse retomber et regarde attentivement comment sa p\u00eache gluante glisse et se d\u00e9fait. Puis il s\u2019avance un peu et observe longtemps la vague qui meurt sur le bord. \u00c7a dure des heures. Pas de parents \u00e0 l\u2019horizon. Au- dessus, un oiseau de mer blanc, avec juste deux triangles noirs \u00e0 la pointe des ailes, joue avec le courant d\u2019air. L\u2019ombelle jaune du fenouil sauvage tremble un peu. Le volet d\u2019une maison inhabit\u00e9e claque contre le mur. Seule l\u2019\u00eele au lointain baigne dans un halo bleut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7.<\/strong> La lumi\u00e8re du soir traverse le fouillis vert qui n\u2019a de jardin que le nom. J\u2019ai dans le dos l\u2019\u00e9troite fen\u00eatre inscrite dans son sage renfoncement pour \u00e9chapper \u00e0 la brutalit\u00e9 du vent qui ne pr\u00e9vient pas en d\u00e9clenchant l\u2019assaut. Le reste de jour est ma premi\u00e8re lampe de chevet et l\u2019\u00e9cran blanc en face suffit. Lune montante de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Il va falloir fermer les volets du bas en ressortant pour baisser les arr\u00eats t\u00eates de berg\u00e8res. Revenir \u00e0 la table en allumant les petites lampes, de part et d\u2019autre. Modestes cariatides de chevet dont l\u2019une, la blanche, \u00e9claire aussi le petit autel propitiatoire avec fleur peinte sur lequel elle est pos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8. <\/strong>Le p\u00e8re a plac\u00e9 devant la porte condamn\u00e9e une&nbsp; &nbsp;t\u00e9l\u00e9vision en noir et blanc pour bien montrer qu\u2019il \u00e9tait inutile de passer par l\u00e0. La porte ressemblait \u00e0 un mur. Mais elle avait conserv\u00e9 comme l\u2019indice d\u2019une ancienne ouverture, un bouton de porcelaine blanche qui attirait l\u2019\u0153il, quand on \u00e9tait un peu en biais. Comme la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9tait install\u00e9e sur un meuble \u00e0 roulettes, il suffisait d\u2019attendre qu\u2019il n\u2019y ait plus personne pour d\u00e9placer le tout. Ce qu\u2019a fait l\u2019enfant, un jour de solitude. Il a ouvert facilement la porte. Derri\u00e8re, un escalier, plut\u00f4t raide. Tout en haut, une chambre \u00e9touffante, avec un papier peint fan\u00e9 aux guirlandes de fleurs d\u00e9su\u00e8tes. Un grand lit poussi\u00e9reux avec dessus une curieuse poup\u00e9e aux yeux trop ouverts. Un bureau couvert d\u2019une plaque de verre emprisonnant fleurs s\u00e9ch\u00e9es et photos ind\u00e9finissables. Et soudain dans l\u2019angle, un bruit de drapeau qui claque, des ailes affol\u00e9es qui se d\u00e9plient et emplissent tout l\u2019espace. En bas, quelqu\u2019un a referm\u00e9 la porte et remis la t\u00e9l\u00e9vision en noir et blanc \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9. <\/strong>rupture dite d\u00e9finitive elle sait qu\u2019elle ne reviendra pas en arri\u00e8re, sait qu\u2019il la regarde s\u2019\u00e9loigner pendant qu\u2019elle descend le charmant escalier qui fait penser \u00e0 Montmartre avec sa rampe et ses parages verdoyants elle ne se retourne pas<\/p>\n\n\n\n<p>mais juste en d\u00e9bouchant sur la rue pompeusement nomm\u00e9e boulevard qui surplombe la voie ferr\u00e9e, elle est prise d\u2019un vertige, comme un froid qui l\u2019accable en plein \u00e9t\u00e9&nbsp; alors elle s\u2019arr\u00eate net,<\/p>\n\n\n\n<p>se refuse \u00e0 faire volte-face, \u00e0 briser la d\u00e9cision qui l\u2019entraine vers ailleurs, vers sa vie \u00e0 elle, pas celle qui la tient suspendue \u00e0 trop d\u2019attente, trop d\u2019impossibilit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>il faut continuer, traverser le pont avec licence en poche, &nbsp;et la force de dire non \u00e0 d\u2019\u00e9ventuels compromis<\/p>\n\n\n\n<p>restent juste quelques marches pour acc\u00e9der \u00e0 la petite gare et malgr\u00e9 le c\u0153ur qui se serre au souvenir de tant de rendez-vous secrets, elle arrive sur le quai<\/p>\n\n\n\n<p>et attend le train qui va l\u2019emmener dans l\u2019autre sens vers ce qu\u2019elle ignore encore d\u2019elle-m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10.<\/strong> Entre cousins, ils en plaisantaient&nbsp;: c\u2019est un anc\u00eatre vaguement l\u00e9gendaire, et on a la copie d\u2019un m\u00e9daillon le repr\u00e9sentant de profil avec son nez en pied de marmite. Je me souviens avoir cherch\u00e9 le sens de l\u2019expression \u00ab&nbsp;en pied de marmite&nbsp;\u00bb. <em>Dictionnaire feuillet\u00e9 un peu fi\u00e9vreusement&nbsp;: explication renvoyant \u00e0 la difformit\u00e9, aux d\u00e9buts de l\u2019orthop\u00e9die. Nez large et retrouss\u00e9.<\/em> J\u2019en suis rest\u00e9e l\u00e0, n\u2019ayant trouv\u00e9 dans aucun des nez vivants apparent\u00e9s une forme les reliant \u00e0 la particularit\u00e9 du portrait. Mais l\u2019attention \u00e9tait attir\u00e9e. L\u2019homme \u00e0 la particularit\u00e9 reconnue \u00e9tait celui qui avait d\u00e9crit la procession du Saint cordon dans la ville de Valenciennes. Ce que m\u2019avait appris mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re le jour o\u00f9 j\u2019ai re\u00e7u de ladite ville la Marguerite d\u2019Or pour une suite de po\u00e8mes, \u00e9crits quand j\u2019avais seize ans. Elle disait que j\u2019avais sans doute de qui tenir. D\u00e9crire une procession, mais pourquoi&nbsp;? Et s\u2019il y avait cette description, il y en avait s\u00fbrement d\u2019autres. C\u2019est ainsi que plus tard, dans les intervalles de mes travaux d\u2019\u00e9tudiante, je suis partie sur les traces de l\u2019anc\u00eatre Simon. <em>La premi\u00e8re fois, c\u2019est dans l\u2019impressionnante biblioth\u00e8que Sainte-Genevi\u00e8ve. Le grand silence recueilli, bien r\u00e9parti entre les lampes de bureau vertes, les t\u00eates pench\u00e9es, les piles de livres. Le comment s\u2019y prendre&nbsp;: trouver dans l\u2019un des tiroirs constituant des meubles immenses, la fiche cartonn\u00e9e portant la r\u00e9f\u00e9rence recherch\u00e9e, v\u00e9rifier, demander l\u2019ouvrage. Attendre, c\u0153ur battant que le biblioth\u00e9caire apporte sur son chariot roulant l\u2019ouvrage en question, r\u00e9aliser qu\u2019il y a peut-\u00eatre plusieurs Simon et qu\u2019il ne faut pas se tromper. Le bon c\u2019est sans doute l\u2019\u00e9chevin, celui qui \u00e9crivait mille d\u00e9tails en consultant les archives des \u00e9tablissements civils et religieux de sa bonne ville<\/em>. Mais alors je peux difficilement aller plus loin, trop de travaux me submergent et je redoute la dispersion. Simon attendra. Des ann\u00e9es apr\u00e8s, j\u2019ai repris le fil&nbsp;: <em>envie d\u2019\u00e9crire \u00ab&nbsp;le roman de Simon&nbsp;\u00bb. Notes prises, reconstitution de la p\u00e9riode. Plongeons r\u00e9guliers dans Gallica comme dans un immense puits d\u2019o\u00f9 j\u2019ai remont\u00e9 des pr\u00e9cisions inattendues, passant de la capture d\u2019\u00e9cran \u00e0 de nouvelles prises de notes, toujours un peu fi\u00e9vreuses. En attendant ce qui va peut-\u00eatre s\u2019imposer. Un jour ou l\u2019autre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>11. <\/strong>Y aller malgr\u00e9 la mauvaise nuit qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 C\u2019est souvent comme \u00e7a&nbsp;: les monstres de la route surgissent en amont mais ils ne barreront pas le passage&nbsp; Faire six cent kilom\u00e8tres \u00e0 partir&nbsp; du nord-ouest de Paris &nbsp;au volant d\u2019une vieille voiture r\u00e9vis\u00e9e ce n\u2019est pas la mer \u00e0 boire tu l\u2019as fait tant de fois seule Y aller c\u2019est plus fort et les paysages d\u00e9j\u00e0 long\u00e9s t\u2019aideront Fluide ils ont dit mais pas de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;: dix kilom\u00e8tres d\u2019embouteillage \u00e0 cause d\u2019un accident li\u00e9 \u00e0 un \u00e9norme nid de poule, camions ou autos encastr\u00e9s, gyrophares et cons\u00e9quences Rouler c\u2019est passer \u00e0 autre chose, longer les champs pas encore moissonn\u00e9s, descendre les vitres pour r\u00e9colter le parfum des \u00e9pis encore debout, rester vigilante tout en \u00e9coutant les nouvelles, franchir les p\u00e9ages, les \u00e9viter ensuite Rouler comme toujours, rouler en se rapprochant , comme \u00eatre soulev\u00e9e par la route qui m\u00e8ne aux retrouvailles grand large Sentir le danger les paupi\u00e8res qui se ferment doucement Tu feras attention, la voix inqui\u00e8te d\u2019un enfant Ob\u00e9ir Une halte pour marcher un peu, se ressaisir, brumisateur, eau, chaleur montante on ne peut plus faire l\u2019\u00e9conomie de la clim Et encore les camions doubl\u00e9s, appels de phares, ralentissements provisoires et la masse du mont pointe sa fl\u00e8che dans la brume Rouler c\u2019est se rapprocher , puiser encore l\u2019\u00e9nergie en pensant \u00e0 ceux qui attendent de savoir si tu es bien arriv\u00e9e au pays, d\u00e9part comme arriv\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12. <\/strong>Glasgow. Trous d\u2019air et dans le ciel s\u2019\u00e9crivent des fulgurances dangereuses.&nbsp; Apr\u00e8s atterrissage, le campus et suivi des jeunes argenteuillais en stage, un peu d\u00e9boussol\u00e9s&nbsp;: on parle mal anglais, on ne peut pas manger leur porridge, on est perdus, on esp\u00e8re que notre stage sera valid\u00e9. Marcher dans la ville marqu\u00e9e par le ch\u00f4mage, rouler en car vers les Lowlands, traverser le pays vers Edimbourg. Le pub avec bu\u00e9e saumon et pommes de terre cuite \u00e0 l\u2019eau, ralliement et r\u00e9confort.<\/p>\n\n\n\n<p>Varsovie. Il faut qu\u2019ils sachent. La ville qu\u2019ils voient n\u2019est pas la vraie ville. Tu comprends, c\u2019est la ville reconstruite. A l\u2019identique, on t\u2019explique. Mais pourquoi&nbsp;? Les bombardements, l\u2019effacement forcen\u00e9 des traces. M\u00eame celles du ghetto. Il reste juste une brique ou deux du mur. La place polic\u00e9e des affreux rassemblements. Korczak&nbsp;: quand m\u00eame, mais bien trop peu. Ils demandent si on peut trouver un Burger \u00e0 Varsovie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tokyo. Narita, a\u00e9roport. Id\u00e9ogrammes, oriflammes. Au sol, les pointill\u00e9s du protocole rigoureux. Ne pas d\u00e9passer les zones bien d\u00e9finies. D\u00e9marches d\u2019arriv\u00e9e. Et s\u2019il n\u2019est pas l\u00e0, comment feras-tu&nbsp;? Pas de pack Wifi \u00e0 ce moment-l\u00e0. Tout ce qui est autour respire \u00e9quilibre, organisation. Mais qu\u2019inventer si tu es perdue l\u00e0 o\u00f9 les cloisons dites \u00e9tanches ne sont pas les m\u00eames&nbsp;? Faire confiance, c\u2019est le c\u0153ur des grands voyages et pourtant\u2026 Tu suis les trac\u00e9s pr\u00e9vus et tu d\u00e9roules int\u00e9rieurement la liste de ce que tu pourras faire, au cas o\u00f9. R\u00e9cup\u00e9ration des bagages, dernier franchissement. Tu es pr\u00eate \u00e0 ce que tu nommes tout. Et au lieu de tout, il est l\u00e0, v\u00eatu de blanc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13. <\/strong>Jardin des plantes.Un m\u00eame endroit. &nbsp;L\u00e0, on pensait y acc\u00e9der en longeant la Seine mais les barri\u00e8res sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es, l\u2019interdiction aussi, on entre c\u00f4t\u00e9 Austerlitz. La chaleur plombe les lieux et l\u2019ombre des vieux arbres est recherch\u00e9e, avant tout. Parce qu\u2019on est l\u00e0, on se penche sur les explications botaniques, comme sur autant d\u2019invitations au voyage par les mots. La chaleur p\u00e8se, on pr\u00e9f\u00e8re reconnaitre plut\u00f4t que d\u00e9couvrir. Marjolaine, celle des talus et des souvenirs&nbsp;: droit de cit\u00e9 dans la capitale, c\u2019est presque insolite. M\u00eame les fleurs d\u2019\u00e9t\u00e9, dont la beaut\u00e9 habituellement \u00e9crase celles qui ne savent pas comment lutter, ont du mal \u00e0 r\u00e9sister. Spectre de l\u2019eau rare. On cherche quelque chose qui ressemblerait \u00e0 un abri en plein air et on s\u2019engouffre dans le mini-tunnel du jardin alpin comme pour changer de monde. Autour d\u2019un arbre centenaire, neuf aquarellistes \u00e2g\u00e9s travaillent, carnets sur les genoux. On fait le tour. Flore de montagne, sans la montagne. On passe sous une tonnelle, grandes feuilles des kiwis, les fruits sont durs. Odeur forte au-dessus, on grimpe. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du grillage, les wapitis accabl\u00e9s se d\u00e9salt\u00e8rent avec une herbe rase pleine de p\u00e2querettes. On jette un \u0153il sur la grande serre qui abrite l\u2019exotique payant. On n\u2019ira pas. On s\u2019arr\u00eate pour comparer les sorties&nbsp;; par-l\u00e0, c\u00f4t\u00e9 Jussieu, \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019intervalle, on se souvient&nbsp;: toi, mon jeune homme, c\u00f4t\u00e9 sciences, l\u2019atrium, toit rouge comme une toile de tente, moi avec la grande tour glaciale de Paris 7 c\u00f4t\u00e9 sciences humaines incluant litt\u00e9rature et lui, ton p\u00e8re, pour les retrouvailles merveilleuses \u00e0 la sortie de Jussieu. Apr\u00e8s cette halte on sort tous les quatre pr\u00e8s de la grande mosqu\u00e9e o\u00f9 boire comme souvent un th\u00e9 \u00e0 la menthe avant de se s\u00e9parer. Je n\u2019atteindrai pas les 745 mots mais les jeux olympiques, ce n\u2019est pas pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14. <\/strong>Ne me parlez pas de \u00e7a. L\u2019abb\u00e9 a d\u00e9rap\u00e9. Lui comme les autres. Malgr\u00e9 ses propres alertes. \u00c7a me d\u00e9go\u00fbte, \u00e7a me d\u00e9\u00e7oit tellement. Et surtout \u00e7a me fait mal pour ceux qui n\u2019avaient pas l\u2019ombre d\u2019un doute. Les voil\u00e0 oblig\u00e9s d\u2019argumenter, la mort dans l\u2019\u00e2me, s\u2019agissant de la s\u00e9paration entre l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre, comme chaque fois. De plus en plus difficile : entre l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre, le d\u00e9bat devient peau de chagrin. De Cyrano \u00e0 G\u00e9rard, de Bardamu \u00e0 Louis-Ferdinand, de la jeune fille \u00e0 Jacques ou Benoit, sans parler des autres, on est en face<\/p>\n\n\n\n<p>Ne me parlez pas de \u00e7a&nbsp;: on dit que le plateau de Saclay sera sauv\u00e9, \u00e0 travers le projet Grand Paris, Sofia Antipolis \u00e0 port\u00e9e de capitale, essor \u00e9cologique. Ladite communaut\u00e9 de communes laisse s\u2019effondrer les Granges, cependant class\u00e9es, sans doute parce que l\u2019Immobilier mangeur de terres, va r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019affaire, juteuse. Quel dommage. Leur r\u00e9ponse&nbsp;: &nbsp;on ne pouvait pas faire autrement. Art Science Factory, c\u2019\u00e9tait trop co\u00fbteux. Il suffit de laisser en l\u2019\u00e9tat les choses et ce sera le jackpot. Il suffit d\u2019attendre. Quel dommage (larmes de crocodile, de leur c\u00f4t\u00e9)&nbsp;: le corps de la vieille ferme s\u2019\u00e9croule, il faut prot\u00e9ger les habitants du quartier \u00e9cologique avoisinant, dans leurs cubes noirs et gris. Plus moche, tu meurs, le quartier. Tumeur, au cas o\u00f9 tu n\u2019aurais pas compris. Mode rap. Tu vois ce que je veux dire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ne me parlez pas de \u00e7a&nbsp;: la fin de vie. Celle qui d\u00e9range. Le pot autour duquel on tourne sans vraiment l\u2019aborder. Fin de vie. Celle que tu d\u00e9couvres tardivement quand, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, les tiens l\u00e2chent prise et qu\u2019il faut apr\u00e8s eux affronter l\u2019absence. D\u2019accord, commencer par s\u2019int\u00e9resser au d\u00e9but de la vie, c\u2019est \u00e9vident, logique, et plus joli. Mais se pr\u00e9parer \u00e0 la suite, r\u00e9concilier le d\u00e9but et la fin, apprendre les deux extr\u00eames&nbsp;: on fait quoi pour \u00e7a&nbsp;? Apprendre&nbsp;? On se d\u00e9brouille comme on peut. Enfin, pas tout le monde. &nbsp;Vraiment pas tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15. <\/strong>\u2026 tu te demandes .. mais pourquoi ils disent \u00e7a&nbsp;? Sting, aux Vieilles charrues, ce n\u2019est plus \u00e7a. C\u2019est quoi, \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb&nbsp;?&#8230; Ce qui n\u2019est plus comme avant\u2026mais comme avant, c\u2019est quoi, dis-moi\u2026 Oui, d\u2019accord, disent-ils, il chante mais l\u00e0, c\u2019est format\u00e9&nbsp;: &nbsp;&nbsp;il ne dit rien entre les chansons, il chante comme \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u2026 Lui&nbsp;? difficile \u00e0 croire\u2026 \u00e7a fait mal&nbsp;\u2026 Sting, tout ce qu\u2019il a chant\u00e9, signifi\u00e9, d\u00e9fendu\u2026 oui mais maintenant il est dans le syst\u00e8me &#8230;avec \u00e2ge, et notori\u00e9t\u00e9, il se rend moins compte\u2026 &nbsp;tu ne comprends pas \u2026 on ne peut pas dire une chose pareille, tu te le redis mille fois\u2026 Entre le Sting d\u2019hier et le Sting d\u2019aujourd\u2019hui, quel \u00e9cart&nbsp;? \u2026 noyau dur&nbsp;?\u2026 Redoutant d\u2019apprendre \u2026 &nbsp;mais quoi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16. <\/strong>Juste un regard. En coin. On ne d\u00e9borde pas. Classe de sixi\u00e8me. &nbsp;On ne se parle pas. On ne&nbsp; se demande m\u00eame pas . On ne va pas plus loin. Plus loin, \u00e7a ne veut rien dire. On se regarde, de loin en loin. Chaque jour, on se demande une nouvelle fois. On sent bien qu\u2019il y a quelque chose, mais quoi. Premier pas&nbsp;? Une horreur. Jamais on n\u2019abordera \u00e7a. La question ne se pose pas. Pas de t\u00e9l\u00e9phone, pas de r\u00e9seaux sociaux, on se d\u00e9brouille, on r\u00eave<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17. <\/strong>Danser. Avant tout. Le dire, mais le faire avant de le dire. Quand il chante, il rejoint. <strong>&nbsp;<\/strong>Son nom est fait d\u2019\u00eele, de terre et de mer. Denez chante et je reconnais ce dont il parle. Chante encore Denez, tu as v\u00e9cu la disparition sans nom, celle qui d\u00e9truit et ouvre \u2013 tu sais. Chante, Denez et nous danserons avec toi, l\u00e0 o\u00f9 tu auras la force de chanter encore, de te laisser envahir par de nouvelles gwerz. Chante, Denez, la musique de la langue dont j\u2019apprends chaque jour largesses, petitesses, \u00e9cueils , plages,&nbsp; rochers, cicatrices, ciels , me tient vivante<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est un d\u00e9fi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, un d\u00e9fi dans le d\u00e9fi\u00a0: impossible dans le temps imparti d\u2019aborder les 13 propositions ayant suivi la 4. 13 propositions, c\u2019est 13 jours.vraiment durs, avec repli, regrets, \u00a0douceurs inattendues, larmes attendues, obligations, et retranchement. 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