{"id":166216,"date":"2024-07-23T19:19:42","date_gmt":"2024-07-23T17:19:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=166216"},"modified":"2024-07-25T08:59:12","modified_gmt":"2024-07-25T06:59:12","slug":"anthologie-17-dans-un-flot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-17-dans-un-flot\/","title":{"rendered":"#anthologie #17 | dans un flot"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<p>Je franchis les trois marches, pousse la porte vitr\u00e9e avec ces courbes art d\u00e9co en bois et entre dans la salle, une grande radio en bois sur ma droite, des miroirs et des meubles en bois, des tableaux pr\u00e9rapha\u00e9lites au mur et je reconnais Oph\u00e9lie, la femme morte allong\u00e9e dans la rivi\u00e8re, encercl\u00e9e des fleurs, les petites tables rondes et la jeune serveuse au cheveux roux, \u00e9cho des femmes des tableaux, si ce n\u2019est pour le tablier blanc sur sa longue jupe noire, elle m\u2019accueille souriante. La salle est lumineuse, situ\u00e9e au croisement elle donne sur deux rues, pr\u00e8s du square, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de leur maison au 52, Tavistock Square. Le quartier est calme, travers\u00e9 par des gamins qui jouent dans la rue, les maisons et les immeubles en briques rouges sont endormies \u00e0 cette heure-ci, seul r\u00e9sonne le ballon. Mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la salle, les voix des diff\u00e9rentes tables se font \u00e9cho dans un brouhaha de fond, un enfant au yeux bleu feuillette le journal, les deux dames \u00e0 sa table parlent du th\u00e9 en le d\u00e9gustant lentement, alors que les jeunes femmes \u00e0 la table d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 marquent leur mots avec des signes de la t\u00eate. Je ne la vois pas. Je continue \u00e0 la chercher par le regard, table par table, avant d\u2019avancer dans la salle. Et c\u2019est l\u00e0 que je la vois, assise \u00e0 la table tout au fond de cette petite salle de th\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 la lumi\u00e8re ne p\u00e9n\u00e8tre plus, en train d\u2019\u00e9crire sur son carnet noir avec le dos rouge, elle est tellement concentr\u00e9e que ne voit personne autour d\u2019elle, elle m\u2019attend en \u00e9crivant. Je n\u2019ose pas lui adresser la parole et j\u2019attends restant debout devant elle, la regardant \u00e9crire. Son \u00e9criture est un flux qui sort de son stylo plume, un torrent de mots interrompu \u00e0 chaque ligne, questo fiume in piena, ce fleuve d\u00e9chain\u00e9, bris\u00e9 \u00e0 chaque ligne, je regarde cette \u00e9criture surgir sans pouvoir lire, je vois aussi son nichon qui surplombe sur son cahier, elle a encore des traces de ses cheveux ch\u00e2tains. Puis, elle s\u2019arr\u00eate d\u2019un coup. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle l\u00e8ve la t\u00eate et s\u2019aper\u00e7oit de ma pr\u00e9sence et me sourit un peu embarrass\u00e9e, je n\u2019avis pas soup\u00e7onn\u00e9 ce trait de timidit\u00e9 chez elle, mais non, je lui confie le bonheur de voir ce flot de mots qui surgissent l\u00e0, \u00e0 sa source, l\u2019encre encore mouill\u00e9e, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle baisse \u00e0 nouveau la t\u00eate, ouvre son petit sac et en tire une cigarette avec son fume-cigarette noir et commence \u00e0 fumer, puis elle regarde son cahier et entre une bouff\u00e9e de cigarette et l\u2019autre commence \u00e0 me lire ses lignes . How dois it sound ? A la fin de la lecture elle me demande comment sa sonne. Je n\u2019ai pas d\u2019autres mots que It sounds. Et l\u00e0 elle devient elle m\u00eame ce fleuve tumultueux, sans plus le bord du cahier, elle me raconte tout son projet, senza argini che la tengano, tout ce livre qu\u2019elle est en train d\u2019\u00e9crire \u00e0 partir de ses relations et de son quotidien et puis apr\u00e8s toute cette crue elle s\u2019arr\u00eate d\u2019un coup et l\u00e0 elle me fixe \u00e0 nouveau, elle appuie sa joie droite sur les doigts de sa main, m\u2019appelle par mon pr\u00e9nom et me demande qu\u2019est-ce que j\u2019\u00e9cris et o\u00f9 est-ce que j\u2019\u00e9cris et face \u00e0 mes h\u00e9sitations me dis de ne pas l\u00e2cher, jamais, que pour une femme c\u2019est plus dur, mais que c\u2019est possible, n\u00e9cessaire, qu\u2019elle sait que pour moi aussi c\u2019est le seul salut possible, elle me dit d\u2019\u00e9crire tous les jours, m\u00eame lorsqu\u2019on dirait n\u2019avoir rien en t\u00eate, simplement d\u2019\u00e9crire. C\u2019est l\u00e0 que nos th\u00e9s arrivent dans leurs tasses en porcelaine blanche. Nous nous regardons dans les yeux et nous nous sourions.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&lsquo;Now they have all gone,&rsquo; said Louis. &lsquo;I am alone. They have gone into the house for breakfast, and I am left standing by the wall among the flowers. It is very early, before lessons. Flower after flower is specked on the depths of green. The petals are harlequins. Stalks rise from the black hollows beneath. The flowers swim like fish made of light upon the dark, green waters. I hold a stalk in my hand. I am the stalk. My roots go down to the depths of the world, through earth dry with brick, and damp earth, through veins of lead and silver. I am all fibre. All tremors shake me, and the weight of the earth is pressed to my ribs. Up here my eyes are green leaves, unseeing. I am a boy in grey flannels with a belt fastened by a brass snake up here. Down there my eyes are the lidless eyes of a stone figure in a desert by the Nile. I see women passing with red pitchers to the river; I see camels swaying and men in turbans. I hear tramplings, tremblings, stirrings round me. The Waves<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je franchis les trois marches, pousse la porte vitr\u00e9e avec ces courbes art d\u00e9co en bois et entre dans la salle, une grande radio en bois sur ma droite, des miroirs et des meubles en bois, des tableaux pr\u00e9rapha\u00e9lites au mur et je reconnais Oph\u00e9lie, la femme morte allong\u00e9e dans la rivi\u00e8re, encercl\u00e9e des fleurs, les petites tables rondes et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-17-dans-un-flot\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#anthologie #17 | dans un flot<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":217,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[6486,6056],"tags":[6806,6515],"class_list":["post-166216","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-17-christian-garcin-reconstitutions-avec-fiction","category-cycle-ete-2024","tag-garcin","tag-virginia-woolf"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/217"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=166216"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166216\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=166216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=166216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=166216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}