{"id":166238,"date":"2024-07-23T21:49:12","date_gmt":"2024-07-23T19:49:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=166238"},"modified":"2024-07-23T22:35:33","modified_gmt":"2024-07-23T20:35:33","slug":"anthologie-31-souffle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-31-souffle\/","title":{"rendered":"#anthologie #31 | Souffle"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Avant de recevoir de nouveaux messages, voici ce que j\u2019\u00e9crivais \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2020. Pas tant pour lire ce que j\u2019ai \u00e9crit mais pour moi en tant qu\u2019auteur, convoquer \u00e0 nouveau l\u2019ombre et la passer au tamis pour en \u00e9clairer les recoins cach\u00e9s. Dis-moi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux pas te parler. Je ne peux pas t\u2019\u00e9crire. J\u2019ai besoin de la mati\u00e8re pour \u00e7a. La porte claque, ce n\u2019est pas moi, juste un courant d\u2019air. Tu m\u2019as tenu la main dans un h\u00f4pital il y\u2019a quelques ann\u00e9es et tu ne venais pas seulement pour m\u2019accompagner, tu voulais aussi comprendre, voir si quelque chose, une couleur, une forme, allait se poser quelque part dans la pi\u00e8ce et tu n\u2019as rien vu, tu t\u2019attendais \u00e0 quoi&nbsp;? J\u2019ai sourit, j\u2019ai expir\u00e9 longuement, et je n\u2019ai plus inspir\u00e9. C\u2019est tout. Il n\u2019y a pas \u00e0 chercher plus loin. Et aujourd\u2019hui, je ne peux pas t\u2019en dire d\u2019avantage parce que je ne peux pas cr\u00e9er de son et ton oreille a la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9paisseur pour recevoir un message. Je ne suis plus dans cette \u00e9paisseur. D\u00e9j\u00e0 avant de mourir, je ne pouvais plus interagir avec le monde, mes forces s&nbsp;\u2018amenuisaient de jour en jour et d\u2019heure en heure, de minutes en minutes, sans le temps qu\u2019est-ce-que je peux faire pour toi&nbsp;: rien. Pour en revenir \u00e0 ce temps juste avant ma mort, j\u2019ai pris soin de laisser des objets, des petites choses de rien du tout qui \u00e9taient l\u00e0 pour vous dans le tiroir de la table de nuit, quand vous avez trouv\u00e9 une boite d\u2019allumette, un vieil autocollant et le blason de la ville de Salvador Dali, vous vous \u00eates interrog\u00e9, mais il n\u2019y avait aucun myst\u00e8re \u00e0 cela, je parlais d\u00e9j\u00e0 comme je pouvais, sans pouvoir rien dire, la mati\u00e8re me quittait lentement alors que d\u2019autres en sont extirp\u00e9s, vivement, sans sommation, pour moi ce fut lent et j\u2019ai eu le temps de m\u2019y pr\u00e9parer. De temps en temps, je levais les bras vers le plafond-ciel et pronon\u00e7ais le pr\u00e9nom de ma soeur, ma toute grande soeur partie avant moi, c\u2019\u00e9tait parce que je n\u2019\u00e9tais plus vraiment dans ce monde de la vie depuis de longs jours et de longues nuits, je me pr\u00e9parais et cherchais un peu de r\u00e9confort aupr\u00e8s de celle qui \u00e9tait morte en \u00e9claireuse dans ce territoire, alors, inconnu, ce monde de la mort je l\u2019ai lentement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par le seuil, je m\u2019y suis aventur\u00e9e, encore vivante sans fil pour retrouver la sortie. D\u2019autres sont mort depuis le d\u00e9but, ont toujours \u00e9t\u00e9 mort, pour moi, ce ne fut pas le cas, car je ne me suis pas dit&nbsp;: si j\u2019avais su. Cherches dans les th\u00e9ories de D\u00e9mocrite sur l\u2019atome ou relis De Rerum Natura de Lucr\u00e8ce, ils te feront certainement du bien, je ne les ai jamais lu, je ne savais m\u00eame pas qu\u2019ils existaient, mais toi oui, et c\u2019est un peu gr\u00e2ce \u00e0 moi. S\u2019il y\u2019avait eu un halo vert ou que sais-je sur l\u2019armoire pour accompagner mon dernier souffle, tout aurait changer pour toi comme pour moi. Et la radio qui s\u2019allumait toute seule chez ta m\u00e8re&nbsp;? La mort n\u2019y est encore pour rien, c\u2019est le vivant qui est incroyable. Tu voyais juste lorsqu\u2019enfant, tu t\u2019imaginais ce moment d\u2019apr\u00e8s o\u00f9 il n\u2019y aurait plus rien, le noir si noir qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019espace, le temps qui s\u2019\u00e9tire tellement qu\u2019il n\u2019y a plus de temps, et cela c\u2019est l\u2019infini. Alors, \u00e7a ne fait pas tr\u00e8s envie, c\u2019est angoissant m\u00eame, c\u2019est compliqu\u00e9 pour celui qui se projette dans la mort, mais pour celui qui y est et qui n\u2019a plus les sens pour s\u2019en apercevoir&nbsp;? Qui suis-je, ici et maintenant&nbsp;? Une ancienne de chair et d\u2019os, qui a rendu son dernier souffle comme on dit et tu as la preuve que cette expression populaire n\u2019est pas fausse, cette information a bien plus de valeur qu\u2019un hypoth\u00e9tique halo spectral multicolore, ou qu\u2019une poign\u00e9e de porte qui tournerait toute seule, c\u2019est un peu comme manger les pissenlits par la racine, n\u2019est-ce-pas aussi frais, l\u00e9ger et tellement vrai&nbsp;? Pourquoi ne pas se satisfaire de la beaut\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? La r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9composition, la beaut\u00e9 de la dispersion des atomes indestructibles qui nous composent cr\u00e9ant des for\u00eats o\u00f9 brame le cerf. Partout des morts, du humus. O\u00f9 sommes nous depuis le temps que nous mourons, nous toutes, anciennes vies sur terre et dans les airs, et dans les mers&nbsp;? Sous quelques rectangles de marbres entre quatre murs par ci par l\u00e0&nbsp;? Depuis des millions d\u2019ann\u00e9es&nbsp;? Non, nous sommes une partie de la vie et il ne nous est pas n\u00e9cessaire de parler au reste de la vie dans l\u2019\u00e9paisseur de la mati\u00e8re, car nous, le subtil, nous sommes le souffle avec toi, \u00e0 chaque instant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de recevoir de nouveaux messages, voici ce que j\u2019\u00e9crivais \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2020. Pas tant pour lire ce que j\u2019ai \u00e9crit mais pour moi en tant qu\u2019auteur, convoquer \u00e0 nouveau l\u2019ombre et la passer au tamis pour en \u00e9clairer les recoins cach\u00e9s. Dis-moi. Je ne peux pas te parler. Je ne peux pas t\u2019\u00e9crire. 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