{"id":166297,"date":"2024-07-24T01:26:09","date_gmt":"2024-07-23T23:26:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=166297"},"modified":"2024-07-25T21:48:11","modified_gmt":"2024-07-25T19:48:11","slug":"anthologie-23-sous-la-surface","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-23-sous-la-surface\/","title":{"rendered":"#anthologie #23 | sous la surface"},"content":{"rendered":"\n<p>Sous le b\u00e9ton, chaque \u00e9tage r\u00e9v\u00e8le un oubli. Au moins un, un empire de rongeurs prosp\u00e8re. Nous, on est \u00e0 leur service, sans identit\u00e9 aucune. On passe notre temps \u00e0 trier des d\u00e9chets, des restes de vie. Chaque geste nous \u00e9loigne de notre volont\u00e9. Chaque acte nous transforme en rouages anonymes. Pour y \u00e9chapper, on peut tenter de s\u2019engouffrer dans les tunnels dont les entr\u00e9es se trouvent par terre, un r\u00e9seau de solitude s\u2019\u00e9tend sous nos pieds. On s\u2019y enfonce toujours \u00e0 regret, sachant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de passages sans retour. On y atteint des profondeurs insoup\u00e7onn\u00e9es. M\u00eame dans nos pires cauchemars, on n\u2019aurait pas cru que la terre puisse \u00eatre aussi profonde. Dans ces tunnels, on peut trouver des pi\u00e8ces o\u00f9 s\u2019arr\u00eater quand la fatigue de ramper est trop grande. On y trouve souvent une table, un tapis, parfois un petit r\u00e9chaud, et quand on est chanceux, il peut arriver de trouver un robinet. L\u2019eau n\u2019y est pas propre mais quand on est \u00e0 cet \u00e9tage l\u00e0, on n\u2019est plus \u00e0 \u00e7a pr\u00e8s. Chacun y avance seul, perdu dans un labyrinthe de symboles. Les voix s\u2019\u00e9teignent. Les mots deviennent des souvenirs flous, effac\u00e9s par l\u2019obscurit\u00e9. La capacit\u00e9 de parler s\u2019amenuise, ce n\u2019est m\u00eame plus du silence, mais juste un \u00e9touffement, un lieu bouch\u00e9, sans espace. Au d\u00e9but, on croit que c\u2019est la poussi\u00e8re, le sable, la terre qu\u2019on a dans les oreilles, on esp\u00e8re quand retirant les boules quies de crasse, on entendra \u00e0 nouveau l\u2019air passer mais non. Certains se laissent mourir dedans, d\u2019autres arrivent \u00e9puis\u00e9s tout en bas, en glissant. Le bout du tunnel serait tel un toboggan nous rejetant sur un port. Des containers voguent sur une eau noire. On dit qu\u2019ils transportant des livres. On ne sait ni d\u2019o\u00f9 ils viennent, ni o\u00f9 ils vont. Chaque individu encore en vie r\u00e9alise qu\u2019il n\u2019a plus de corps, son \u00e2me s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e dans son ombre. Et le souffle de toute m\u00e9moire a compl\u00e8tement disparu. On ne sait plus d\u2019o\u00f9 on est tomb\u00e9, ce qu\u2019on fait l\u00e0. Plus qu\u2019une angoisse sans objet. Beaucoup ne pouvant supporter un \u00e9tat pareil plongent dans l\u2019eau, cherchant \u00e0 se noyer. Mais il parait qu\u2019\u00e0 un \u00e9tage aussi bas, on respire mieux englouti. Alors on nage, on s\u2019enfonce au plus profond, jusqu\u2019\u00e0 tomber sur les rouages d\u2019une machine tournant sans rel\u00e2che. Des cr\u00e9atures m\u00e9caniques, ou bien ce sont ce qui reste des hommes s\u2019\u00e9tant risqu\u00e9 ici, p\u00e9dalent dans un cycle infini, alimentant un syst\u00e8me qui les ignore. Sous l\u2019eau, ils murmurent \u00ab Je me souviens\u2026 \u00bb, sans pouvoir continuer leur phrase. Des bulles sortent de leur bouche, des bulles avec des mots illisibles qui remontent \u00e0 la surface\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous le b\u00e9ton, chaque \u00e9tage r\u00e9v\u00e8le un oubli. Au moins un, un empire de rongeurs prosp\u00e8re. Nous, on est \u00e0 leur service, sans identit\u00e9 aucune. On passe notre temps \u00e0 trier des d\u00e9chets, des restes de vie. Chaque geste nous \u00e9loigne de notre volont\u00e9. 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