{"id":166534,"date":"2024-07-24T22:52:17","date_gmt":"2024-07-24T20:52:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=166534"},"modified":"2024-07-24T23:03:37","modified_gmt":"2024-07-24T21:03:37","slug":"anthologie-32-comme-chaque-matin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-32-comme-chaque-matin\/","title":{"rendered":"#anthologie #32 | comme chaque matin"},"content":{"rendered":"\n<p>Le bruit du balai pr\u00e9c\u00e8de celui des camions de ramassage d\u2019ordure. Il entend les fibres synth\u00e9tiques frotter le trottoir, pousser les d\u00e9tritus, en faire de petits tas avant de les pousser dans la large pelle plate. C\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019il appara\u00eet. Il ne dit rien, il s\u2019appuie sur le garde-corps, torse nu et regarde le balayeur. Il est encore t\u00f4t, la boulangerie n\u2019est pas encore \u00e9clair\u00e9e. Dans l\u2019atelier, les premi\u00e8res fourn\u00e9es sont d\u00e9j\u00e0 dans les pani\u00e8res. D\u2019ici un quart d\u2019heure, une demi-heure peut-\u00eatre, le S\u00e9n\u00e9galais va passer dans les immeubles, sortir les poubelles, les aligner sur le trottoir pour que les \u00e9boueurs n\u2019aient qu\u2019\u00e0 les faire basculer dans le camion. Il aime le bruit des v\u00e9rins hydrauliques, le moteur qui ronfle, le gars qui crie, le chauffeur qui acc\u00e9l\u00e8re jusqu&rsquo;aux prochaines poubelles, les ripeurs qui courent quelques m\u00e8tres, agrippent le camion et sautent avant qu&rsquo;il ne s&rsquo;arr\u00eate aux poubelles suivantes. Il les suit jusqu&rsquo;au Monop. Apr\u00e8s, il ne voit plus, Le S\u00e9n\u00e9galais l\u00e8vera les yeux, ils les l\u00e8ve toujours, et saluera de la main. Il sait qu\u2019il est S\u00e9n\u00e9galais parce qu\u2019il a vu une affiche, un appel au don. Il va prendre sa retraite et rentrer au pays. Les voisins ont lanc\u00e9 une cagnotte. Les balayeurs ne l\u00e8vent jamais les yeux. De temps en temps, ils s\u2019arr\u00eatent et regardent leur t\u00e9l\u00e9phone, changent la musique ou scrollent quelques vid\u00e9os. Leur regard est vers le bas. Il voit aussi les premi\u00e8res femmes \u00e0 partir de chez elles, s\u2019asseoir sur le petit banc de l\u2019abribus ou descendre les marches du m\u00e9tro. Il se demande pourquoi ce sont les femmes qui partent les premi\u00e8res, avant m\u00eame les gars du b\u00e2timent qui attendent au feu, capuche sur la t\u00eate, sac \u00e0 dos basic-fit sur le dos avec la gamelle, \u00e9couteurs aux oreilles, que le traffic ou le jumper les prennent. Il y a des peintres, des charpentiers, certains ont la veste de la bo\u00eete. Ce ne sont jamais les m\u00eames mais le feu tricolore, en bas, est un point de rendez-vous. Il mesure leur attente en nombre de fois ou le bonhomme passe au vert. Dans le platane, les merles sifflent depuis un moment. Les premiers v\u00e9los passent sur le boulevard, quelques trottinettes. Ce ne sont pas encore les parents qui trainent ou portent la marmaille jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole avant de filer au boulot. Les v\u00e9los n\u2019attendent pas. Ils d\u00e9posent et filent. Les autres parents, les pi\u00e9tons, s\u2019accumulent progressivement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture. Les voitures arrivent alors, bloquent la circulation le temps de d\u00e9charger et repartent. Il regarde tout \u00e7a. Il reconnait quelques m\u00e8res qui s\u2019attardent autour de la poussette du dernier, quelques unes portent un foulard. Elles ne sont pas les moins souriantes. Parfois, elles le saluent. Le clodo du Monop passe avec ses sacs. Toujours apr\u00e8s la sonnerie de l\u2019\u00e9cole. C\u2019est l\u2019heure \u00e0 laquelle il s\u2019enferme un moment dans les toilettes. Il y chie, s\u2019y lave, ressort le visage frais, cheveux mouill\u00e9s. Plusieurs fois, il a pens\u00e9 lui proposer de venir prendre une douche chez lui mais le clodo est sauvage, il ne parle pas, ou peu, \u00e0 l\u2019approche du 14 juillet ou de la f\u00eate de la musique, il disparait. Une tourterelle roucoule. Il fait une petite toilette, se coiffe, se brosse les dents, enfile un tee-shirt et descend chercher le pain. La boulang\u00e8re lui dit bonjour, r\u00e9p\u00e8te ce qu\u2019il vient de dire sur le ton de la question, une demi baguette?, lui donne le prix lui dit merci et lui souhaite bonne journ\u00e9e quand il lui file l\u2019appoint. Il marche un peu sur le trottoir, jusqu\u2019\u00e0 la place. Il a encore deux jours \u00e0 attendre pour toucher sa retraire. Il viendra boire un caf\u00e9 en terrasse. L\u00e0, il reste un moment \u00e0 regarder passer les inconnus, \u00e0 trouver belles les femmes, \u00e0 faire un petit bruit avec la bouche, un claquement, lorsque passe un chien. Puis il rentre, pose le pain sur la table de la cuisine et se remet \u00e0 la fen\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 11 heures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bruit du balai pr\u00e9c\u00e8de celui des camions de ramassage d\u2019ordure. Il entend les fibres synth\u00e9tiques frotter le trottoir, pousser les d\u00e9tritus, en faire de petits tas avant de les pousser dans la large pelle plate. C\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019il appara\u00eet. Il ne dit rien, il s\u2019appuie sur le garde-corps, torse nu et regarde le balayeur. 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