{"id":167157,"date":"2024-07-26T18:04:59","date_gmt":"2024-07-26T16:04:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167157"},"modified":"2024-07-26T22:54:44","modified_gmt":"2024-07-26T20:54:44","slug":"anthologie-32-la-panne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-32-la-panne\/","title":{"rendered":"#anthologie #32 | la panne"},"content":{"rendered":"\n<p>Je cours attraper mon m\u00e9tro, comme souvent je suis en retard, sur le mur qui m\u00e8ne au quai \u00ab&nbsp;Au cravail, Michounet !&nbsp;\u00bb me fait toujours sourire. J\u2019entends la sonnerie, vite, vite, je saute la derni\u00e8re vol\u00e9e d\u2019escaliers et mets un pied \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du wagon. Ouf&nbsp;! Je l\u2019ai eu&nbsp;! Dans un craillement de m\u00e9tal, le m\u00e9tro passe les stations, encore deux avant R\u00e9publique. Les n\u00e9ons vacillent, gr\u00e9sillent et s\u2019\u00e9teignent, on a l\u2019habitude sur la ligne 11 surpeupl\u00e9e, il se passe toujours quelque chose. Personne ne parle, un soupir s\u2019\u00e9chappe, on attend. Les minutes s\u2019allongent, le conducteur prend son micro pour dire \u00ab&nbsp;ya plus de jus, sais pas pourquoi.&nbsp;\u00bb Le noir est presque absolu, seule une pauvre loupiote de secours \u00e9claire nos visages surpris. On attend, on a l\u2019habitude. Le conducteur est descendu de sa cabine et lampe torche \u00e0 la main, il remonte le m\u00e9tro en ouvrant les portes. Il demande que tout le monde descende et marche jusqu\u2019\u00e0 la prochaine station. De mani\u00e8re h\u00e9sitante, notre wagon s\u2019\u00e9broue. Descendre, sans savoir o\u00f9 on met les pieds. Un jeune (au son de sa voix) dit : \u00ab&nbsp;j\u2019y suis&nbsp;!&nbsp;Descendez c\u2019est pas haut !&nbsp;\u00bb \u00c7a commence \u00e0 bousculer et \u00e0 r\u00e2ler et moi \u00e0 m\u2019inqui\u00e9ter, je saisis la main du gars \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi pour mieux assurer la descente, devant nous, une femme en talons hauts souffle tr\u00e8s fort, de ma main libre je la tiens. La descente est p\u00e9rilleuse, on se croirait sur un \u00e0-pic rocheux suspendus dans le vide, non, on est seulement en train de descendre sur la voie dans le noir. Evidemment, elle se tord le pied, celle derri\u00e8re nous tr\u00e9buche et se rattrape \u00e0 moi. On se sent soud\u00e9s \u00e0 des gens qu\u2019on ne conna\u00eet pas et on fait \u00e9quipe spontan\u00e9ment, les uns tenant les \u00e9paules des premiers dans une chenille d\u2019o\u00f9 ne s\u2019\u00e9chappe aucune chanson, mais plut\u00f4t des jurons quand un pied en \u00e9crase un autre, ou qu\u2019il bute sur la caillasse du ballast.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, c\u2019est Goncourt, mais \u00e9tranget\u00e9, toujours dans l\u2019obscurit\u00e9. Tout le wagon s\u2019est vid\u00e9 et stationne sur le quai ne sachant que faire. Il faut sortir, sortir vite, pas de temps \u00e0 perdre, qu\u2019est-ce que je vais raconter au boulot, ils ne voudront jamais me croire. Dans les couloirs qui m\u00e8nent \u00e0 la sortie, c\u2019est le noir complet, une m\u00e8re calme son fils en larmes d\u2019une voix chevrotante, une jeune fille fait tomber ses livres&nbsp;: le gros \u00e9lastique a craqu\u00e9, monticule de personnes \u00e0 moiti\u00e9 agenouill\u00e9es pour ramasser la scolarit\u00e9 en d\u00e9route sur lequel d\u2019autres butent. L\u00e0 \u00e7a s\u2019engueule franchement&nbsp;! Tout y passe, l\u2019\u00e9cole, la RATP, le gouvernement et Toi qui es incapable de marcher droit. Les portillons sont bloqu\u00e9s, il faut se glisser dans l\u2019\u00e9cart laiss\u00e9 libre, attention au gros qui coince, un devant le tire alors qu\u2019un autre derri\u00e8re le pousse, lui souffle, souffre et n\u2019arr\u00eate pas de r\u00e9p\u00e9ter \u00ab&nbsp;c\u2019est pas ma faute&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, en suivant le flot, on arrive vers la sortie, \u00e7a saute, \u00e7a enjambe, ou \u00e7a passe en-dessous des tourniquets. Enfin l\u2019air vif du mois de d\u00e9cembre sur nos corps emmitoufl\u00e9s et transpirants. Surprise, nous ne sommes pas seuls sur les trottoirs, une foule marche et l\u00e0, les discussions vont bon train. \u00ab\u00a0Vous savez ce qu\u2019il se passe\u00a0? Il para\u00eet que c\u2019est une panne, une panne d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 g\u00e9ante, tout le quartier. Non, toute la ville\u2026 Non, toute la France. Le monde entier !<br>Et on avance.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e au boulot, c\u2019est la d\u00e9sorganisation totale, aucune machine ne fonctionne, le groupe \u00e9lectrog\u00e8ne de la grande banque veille et les n\u00e9ons des bureaux paysagers sont allum\u00e9s. Certains coll\u00e8gues arrivent bien apr\u00e8s moi, mon retard passe inaper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le 19 d\u00e9cembre 1978, \u00e0 8h27, pendant pr\u00e8s de quatre heures, l\u2019Hexagone a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 d\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Suite du #01 Premier jour de boulot<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je cours attraper mon m\u00e9tro, comme souvent je suis en retard, sur le mur qui m\u00e8ne au quai \u00ab&nbsp;Au cravail, Michounet !&nbsp;\u00bb me fait toujours sourire. J\u2019entends la sonnerie, vite, vite, je saute la derni\u00e8re vol\u00e9e d\u2019escaliers et mets un pied \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du wagon. Ouf&nbsp;! Je l\u2019ai eu&nbsp;! 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