{"id":167297,"date":"2024-07-27T11:20:09","date_gmt":"2024-07-27T09:20:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167297"},"modified":"2024-07-27T21:18:41","modified_gmt":"2024-07-27T19:18:41","slug":"anthologie-12-on-na-rien-vu-venir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-12-on-na-rien-vu-venir\/","title":{"rendered":"#anthologie #12 | on n&rsquo;a rien vu venir"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ziguinchor<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour se rendre \u00e0 Ziguinchor quand on arrive de Dakar en avion, il faut prendre une navette gratuite depuis le petit a\u00e9rodrome de Cap Skirring. A Cap Skirring, beaucoup de touristes fran\u00e7ais, en g\u00e9n\u00e9ral blancs et bien mis, un brin ventrus et grisonnants, s\u2019arr\u00eatent pour rejoindre les complexes h\u00f4teliers du littoral. Seuls continuent par la navette, les habitants de la r\u00e9gion et les touristes moins argent\u00e9s. La route suit la rive sud du fleuve Casamance. Elle coupe un estuaire sauvage tr\u00e8s plat fait de rizi\u00e8res semi inond\u00e9es (selon la saison), de mangroves et de bancs de terre rouille o\u00f9\u00a0perchent de grands oiseaux blancs &#8211; aigrettes, \u00e9chassiers et p\u00e9licans. Parfois, on aper\u00e7oit furtivement le long de la route, une baraque sommaire dont le toit en t\u00f4le ondul\u00e9e est tenue par des gros cailloux. Une femme cuisine debout, des enfants jouent avec des bouts de bois dans un \u00e9parpillement de sacs plastiques color\u00e9s, des barques de p\u00eacheur, quenouilles de bois sombres, trempent dans l\u2019eau calme. La travers\u00e9e du pont de Niamabalang donne la mesure du paysage. On traverse ici une branche secondaire du fleuve Casamance mais elle est si vaste, si ample qu\u2019on dirait un grand lac. Peu apr\u00e8s la route bifurque vers le nord et entre dans une for\u00eat o\u00f9 des fromagers d\u00e9ploient leurs ramures. Dans des trou\u00e9es, on aper\u00e7oit des cases baignant dans l\u2019ombre verte\u00a0 et des panneaux rouill\u00e9s\u00a0: L\u2019\u00e9co-parc est soutenu par l\u2019ambassade d\u2019Allemagne, l\u2019\u00e9cole par l\u2019Union Europ\u00e9enne, l\u2019antenne satellite a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par la Chine. L\u2019entr\u00e9e dans la ville de Zig se signale par le flux croissant de motos, la densit\u00e9 des \u00e9choppes et la file de marcheurs qui longent la route d\u2019un pas tranquille et \u00e9l\u00e9gant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Zibo<\/h3>\n\n\n\n<p>Zibo est une ville du centre de la province du Shandong en Chine. Pendant cinq ans, je m\u2019y suis rendu deux fois par an quand je r\u00e9alisais des missions de conseil pour la grande entreprise de textile Luthai situ\u00e9 dans le district de Boshan. Zibo \u00e9tait une petite ville industrielle (4 millions d\u2019habitants quand m\u00eame) assez m\u00e9connue (mais j\u2019apprends qu\u2019en 2023, Zibo est devenue \u00e0 la mode pour son art du barbecue gr\u00e2ce \u00e0 un de ces engouements brutaux initi\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux par de jeunes chinois). Depuis l\u2019a\u00e9roport de Dongying, il faut deux heures pour rejoindre Zibo en voiture. C\u2019\u00e9tait un des chauffeurs de l\u2019entreprise qui venait me chercher. Souvent un type dans la quarantaine, court sur pattes et fumant des cigarettes \u00ab\u00a0double bonheur\u00a0\u00bb. Il buvait du th\u00e9 de fleurs longuement mac\u00e9r\u00e9 et grignotait des graines de tournesol sans dire un mot. Le paysage du Shandong, ce qui veut dire \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;est de la montagne\u00a0\u00bb,  a \u00e9t\u00e9 abim\u00e9 par l\u2019industrie chimique puissante par ici. Les usines crachent de la fum\u00e9e en quantit\u00e9  et le ciel est habituellement d\u2019un jaune malsain. Je ne l\u2019ai vu bleu qu\u2019une seule fois par une journ\u00e9e d\u2019hiver glac\u00e9e. Le long de route, selon un d\u00e9roul\u00e9 hautement pr\u00e9visible, des barres de logements ouvriers, un supermarch\u00e9 vieillot, un garage deux roues, uniform\u00e9ment couvert de la m\u00eame poussi\u00e8re jaune sale. Derri\u00e8re les habitations on aper\u00e7oit de mornes collines bois\u00e9es, une rang\u00e9e de peupliers tandis que la voiture file sur une autoroute \u00e0 quatre voies\u00a0peu fr\u00e9quent\u00e9e (les infrastructures sont souvent surdimensionn\u00e9s en Chine car ici, on aime voir l\u2019avenir en grand). A mi-parcours, il faut piquer franchement vers l\u2019ouest. Le croisement gigantesque et vide est r\u00e9gul\u00e9 par des feux de signalisation et un appareil d\u00e9compte les secondes jusqu\u2019au feu vert. Le compte \u00e0 rebours comment \u00e0 \u00a0300 secondes, le temps de voir venir Zibo.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"638\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-2024-07-26-111843-2-1024x638.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-167308\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-2024-07-26-111843-2-1024x638.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-2024-07-26-111843-2-420x262.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-2024-07-26-111843-2-768x479.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-2024-07-26-111843-2-1536x957.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran-2024-07-26-111843-2.png 1977w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;autoroute vers Zibo<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Beaulieu<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019arrive souvent \u00e0 Beaulieu \u00e0 pied. Beaulieu se trouve \u00e0 la fin du parcours des collines de l\u2019est de Nice\u00a0: mont Boron, mont Alban, Plateau de la Justice, mont Leuze et\u00a0 l\u2019aire St-Michel. A l\u2019aire Saint Michel, la mer occupe tout le paysage. Il faut se pencher pour voir en contre-bas pente le rivage, la voie de chemin de fer, la route du bord de mer. On descend par des raidillons p\u00e9rilleux et des escaliers taill\u00e9s grossi\u00e8rement dans la pierre. Sur le parcours, des filets grillag\u00e9s sont tendus comme des dais au-dessus des toits des premi\u00e8res maisons pour \u00e9viter les chutes de pierres. La ville commence apr\u00e8s les grilles. Les escaliers ciment\u00e9s se faufilent entre les villas serties de hauts murs et coupent la route qui descend en virages serr\u00e9s jusqu\u2019au centre-ville. Le chemin des escaliers semble r\u00e9sulter d\u2019une concession accord\u00e9e de mauvaise gr\u00e2ce par les propri\u00e9taires environnants\u00a0; c\u2019est la voie des entr\u00e9es de service et des goutti\u00e8res d\u2019\u00e9vacuation des eaux pluviales. On marche \u00e0 l\u2019ombre sans rien voir. \u00a0L\u2019escalier finit brusquement et on se trouve soudain sorti du caniveau dans la lumi\u00e8re des bars d\u2019h\u00f4tel et des restaurants en terrasse. On n\u2019avait rien vu venir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ziguinchor Pour se rendre \u00e0 Ziguinchor quand on arrive de Dakar en avion, il faut prendre une navette gratuite depuis le petit a\u00e9rodrome de Cap Skirring. A Cap Skirring, beaucoup de touristes fran\u00e7ais, en g\u00e9n\u00e9ral blancs et bien mis, un brin ventrus et grisonnants, s\u2019arr\u00eatent pour rejoindre les complexes h\u00f4teliers du littoral. 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