{"id":16736,"date":"2019-10-28T19:46:07","date_gmt":"2019-10-28T18:46:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=16736"},"modified":"2019-10-29T18:06:14","modified_gmt":"2019-10-29T17:06:14","slug":"maisons-perdues-au-souvenir-chantourne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/maisons-perdues-au-souvenir-chantourne\/","title":{"rendered":"Maisons perdues, au souvenir chantourn\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Maisons-Perdues-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-16796\" width=\"199\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Maisons-Perdues-2.png 300w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Maisons-Perdues-2-297x420.png 297w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Il avance. Sur son dos, il porte\nsa vie en coquille d\u2019escargot. Une spirale sur laquelle il s\u2019enroule et&nbsp; se vit. Une condamnation, sans qu\u2019il le sache,\n\u00e0 se coller contre sa paroi tout au long de son existence. Ses r\u00e9alit\u00e9s s\u2019y empilent\net la v\u00e9rit\u00e9 se pervertit. Sur un sol en flux, par l\u2019ombre de fragments d\u2019instants\nvol\u00e9s au pr\u00e9sent pass\u00e9, &nbsp;les liens se\nmeuvent et se d\u00e9forment. De chaque d\u00e9tail, Il devient la sentinelle. En\nl\u2019absence d\u2019un r\u00e9el,&nbsp; il se perd dans un\npass\u00e9 qui n\u2019est plus.&nbsp; Il porte en sa\ncourbe des personnes rencontr\u00e9es, &nbsp;des\nlieux crois\u00e9s aux adresses parfois tronqu\u00e9es&nbsp;; il en garde les plaisirs,\nles relents, les vicissitudes jusqu\u2019\u00e0 en \u00e9paissir sa coque. Plus de cinquante\nann\u00e9es de calcairisation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Il y a ce champ \u00e0 trous o\u00f9 la\nterre veut &nbsp;l\u2019avaler. Il a \u00e0 peine trois\nans, fragile sur ses jambes \u00e0 force de marche contrainte. Il angoisse de tomber\nencore, que la terre lui croque les fesses. &nbsp;Sa main se cale dans celle de son grand-p\u00e8re.\nEntre creux et pleins, &nbsp;il tient l\u2019amour\nen paume.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Il y a cette pharmacie, \u00e0 la\ndevanture plantureuse. Il entre et demande un renseignement alors qu\u2019il\nprospecte. On le jette dehors avec quelques insultes en forme de \u00ab&nbsp;Crime\nde l\u00e8se-majest\u00e9&nbsp;\u00bb. Si on lui demandait de dessiner la pharmacie&nbsp;; il crayonnerait\nle pharmacien. Il commencerait par ses lunettes, deux hublots cercl\u00e9s d\u2019\u00e9caille\nprolong\u00e9s d\u2019un appendice \u00e0 outrances, et puis des l\u00e8vres emp\u00e2t\u00e9es par les mots\nsouffl\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:Justify\">Les ann\u00e9es s\u2019attachent \u00e0 lui. Il grimpe\nquelques barreaux d\u2019une \u00e9chelle qu\u2019il a entrevue au dos d\u2019un journal sp\u00e9cialis\u00e9.\nIl sort la t\u00eate de sa coquille et se retrouve dans un fauteuil, une tasse de\ncaf\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de main, &nbsp;face \u00e0 un bureau\ndirectorial en surplomb d\u2019une avenue de Paris. Le second caf\u00e9 apr\u00e8s celui pris\nau Drugstore Publicis. L\u00e0 o\u00f9 il y a du monde, beaucoup de monde&nbsp;; l\u00e0 o\u00f9 s\u2019\u00e9tend\nun non-lieu avant qu\u2019il n\u2019explose ailleurs. Il vit une fin de recrutement men\u00e9\ntambour battant, avec en poche un bout d\u2019horoscope du Quotidien de sa province\nauquel il accroche de temps en temps son index droit. De la pointe du doigt, il\nse perfuse&nbsp; assurance et confiance. Il s\u2019enivre\nde l\u2019odeur des cuirs&nbsp;; ses pupilles se gavent de la lumi\u00e8re feutr\u00e9e des\nbaies et les mots \u00e9chang\u00e9s donnent du go\u00fbt \u00e0 la pointe de sa langue. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:Justify\">D\u2019un \u00e9tourdissement, il s\u2019enroule\n\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-cour de son enfance. Deux tortues badinent puis se disputent une feuille\nde salade m\u00e2ch\u00e9e. Un combat s\u2019engage \u00e0 ses pieds sur les pierres grises. Un\ncri, grand comme le monde. \u00c7a vient de chez sa petite copine&nbsp;; &nbsp;quatre \u00e0 quatre, il monte les escaliers&nbsp; \u00e9troits et en bois de pin. Il y a un po\u00eale \u00e0\np\u00e9trole, une chemise de nuit en flammes de Nylon. En-dessous&nbsp;: Patricia. Il\ns\u2019enfuit au loin. Les \u00e9motions fortes donnent le tempo et la direction. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Une mesure d\u2019anneaux empile d\u2019autres\nann\u00e9es. Il recherche une maison \u00e0 louer en campagne lyonnaise&nbsp;: une ferme.\nOn lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est trop grand pour vous, ce n\u2019est pas ce qu\u2019il vous\nfaut.&nbsp;\u00bb Elle pr\u00e9sente pourtant un beau jardin aux allures de champ, \u00e0\nl\u2019herbe tendre et au sol sans trous. L\u2019escalier en larges pierres de Bourgogne cadre\nson assise&nbsp;; un toit imposant la prot\u00e8ge du d\u00e9fi des vents, et des al\u00e9as.\nOn lui r\u00e9p\u00e8te&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est trop grand&nbsp;\u00bb. Un temps de silence, et\npuis&nbsp;: \u00ab&nbsp;pour vous&nbsp;\u00bb. Il se recroqueville.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">&nbsp;Il se blottit \u00e0 l\u2019ombre de l\u2019auvent d\u2019une\ncaravane rang\u00e9e face au lac de Chalain. Il y a Monique, la grande fille de son\ngrand-p\u00e8re. Une femme imp\u00e9riale et imp\u00e9rieuse, \u00e0 la m\u00e8che hollywoodienne. La\nplage devient lieu de tournage&nbsp;; le baiser de rouge \u00e0 l\u00e8vres rouges sur la\njoue&nbsp;:&nbsp;cin\u00e9matographique ! La caravane propre et rutilante garde sa\nporte ouverte. Personne ne l\u2019invite \u00e0 en franchir le seuil. Il pense\n\u00ab&nbsp;Loge d\u2019actrice&nbsp;\u00bb&nbsp;et sourit \u00e0 Monique avec respect, du haut de\nses dix ans. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Une autre femme surgit de sa\nspirale&nbsp;: l\u2019associ\u00e9e de cet homme qui se tient \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Elle porte en\nfrange un regard glacial et tr\u00f4ne face \u00e0 lui dans un fauteuil immense et laid.\nElle le jauge et veut en imposer. Il ne retient qu\u2019un appartement vide, froid,\nst\u00e9rile. Il per\u00e7oit l\u2019absurde et le ridicule de la situation \u00e0 la d\u00e9mesure des\naccoudoirs, \u00e0 la fen\u00eatre au paysage absent, \u00e0 la pi\u00e8ce \u00e9troite et au verrou\nclout\u00e9 sur la porte d\u2019entr\u00e9e. Une lumi\u00e8re blanche, crue, identique aux paroles\nprononc\u00e9es, les chapeaute de son plafond ramass\u00e9. Il comprend qu\u2019elle et lui\nsont amants et qu\u2019ils copulent l\u00e0, \u00e0 leurs d\u00e9robades professionnelles. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Des noms de villes et de villages\ns\u2019imbriquent&nbsp;: Ruffey-sur-Seille, Soisy-Sous-Montmorency, Enghien-les-bains,\nArras, Paris, La Garenne-Colombes, Vaugneray\u2026 Il y a la permanence de ces\nfen\u00eatres \u00e0 petits carreaux qui font si chics et qui demandent l\u2019attention d\u2019un\nnettoyage m\u00e9ticuleux. Il y a des jardins \u00e0 potager d\u2019o\u00f9 naissent tomates,\nharicots verts, plats, et petits pois. Il y a ces escaliers qui conduisent \u00e0\nune cave ou \u00e0 un grenier, un martinet accroch\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e\u2026 pour les chats&nbsp;!\nIl y a des volets avec des \u00ab&nbsp;Z&nbsp;\u00bb et des fen\u00eatres \u00e0 soufflet. Il y a\nune arche entre la cuisine et le salon sous laquelle des baisers s\u2019offrent et\nse d\u00e9posent. Il y a un vieux fauteuil anglais chin\u00e9, en cuir patin\u00e9 o\u00f9 se\nlisent les mots du gros dictionnaire. Il y a la salle \u00e0 manger imposante,\ntenant l\u2019espace d\u2019une pi\u00e8ce o\u00f9, chaque matin, chaque midi, chaque soir, on\nmange. Il y a une chambre qui lui est toujours r\u00e9serv\u00e9e m\u00eame si elle a l\u2019allure\nd\u2019une remise. Il y a un grand caf\u00e9, des photos encadr\u00e9es, une table, un homme\nchauve assis qui sourit \u00e0 l\u2019objectif. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, parfois, une grande jeune\nfemme&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019am\u00e9ricaine&nbsp;\u00bb, baptis\u00e9e ainsi par sa grand-m\u00e8re. Il y\na la t\u00e9l\u00e9vision, une photo de lui petit sur le napperon. Il y a les trois\ntiroirs du buffet avec leurs clich\u00e9s rang\u00e9s des \u00e9poques r\u00e9volues. Il y a des\narmoires, baraqu\u00e9es comme les gars de la mine, des piles de linges&nbsp;:\ndraps, torchons, serviettes. L\u00e0 se tient le tr\u00e9sor de famille maternelle. Il\nemporte en pens\u00e9es des objets, des meubles&nbsp;; ceux qui se transmettent et\nse donnent en bouts de lieux et en parcelles d\u2019amour. Il pr\u00e9pare \u00e0 son tour une\nmaison de bric et de broc et ne sait plus, \u00e0 cet instant, o\u00f9 elle se trouve.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il avance. 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