{"id":167431,"date":"2024-07-27T20:25:02","date_gmt":"2024-07-27T18:25:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167431"},"modified":"2024-07-27T21:49:42","modified_gmt":"2024-07-27T19:49:42","slug":"anthologie-35-commentaires-sur-bolano","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-35-commentaires-sur-bolano\/","title":{"rendered":"#anthologie #35 | commentaires sur Bola\u00f1o"},"content":{"rendered":"\n<p>27 d\u00e9cembre 1990, Carrer del Lloro, Blanes, Espagne<\/p>\n\n\n\n<p><strong>les lieux<\/strong>: <em>Pla\u00e7a de Catalunya, Rambla de Joaquim Ruyra, Carrer del Doctor Xavier Brunet, Passeig de Dintre <\/em>(le march\u00e9)<em>, Pla\u00e7a Espanya, Carrer del Lloro<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>voix off <strong>Dans quelques ann\u00e9es, il fera le m\u00eame chemin. Il ne se perdra pas. Il retrouvera sans pourtant reconna\u00eetre. Les boutiques auront chang\u00e9. L\u2019ombre restera la m\u00eame. \u00c0 cette heure l\u00e0, les bancs seront pleins, surtout des hommes, quelques femmes avec poussettes, d\u2019autres plus \u00e2g\u00e9es, un homme en fauteuil roulant. Il retrouvera l\u2019\u00e9troite Carrer del Lloro par la place d\u2019Espagne. Il s\u2019arr\u00eatera. Il touchera le mur de briques, se reculera, prendra une photo de la plaque de la rue, sentira son coeur se serrer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On m\u2019avait vu, tout se voit, tout se sait.&nbsp;J\u2019\u00e9tais mont\u00e9 quatre \u00e0 quatre, une bouteille de vin \u00e0 la main. La porte de l\u2019appartement \u00e9tait entrouverte, je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 entrer. Roberto Bola\u0144o m\u2019accueillit une cigarette \u00e0 la main et le sourire affectueux.&nbsp;On le sait, comment il accueille les amis.<\/p>\n\n\n\n<p>voix off <strong>Il ne connaissait rien \u00e0 la po\u00e9sie, \u00e0 part peut-\u00eatre \u00c9luard, Pr\u00e9vert, Gh\u00e9rasim Luca, Hugo, Villon. Il avait rencontr\u00e9 Bola\u00f1o \u00e0 une terrasse en bord de mer. Il lui avait demand\u00e9 du feu. Bola\u00f1o avait ri en disant qu\u2019un fumeur comme lui qui oubliait son briquet c\u2019\u00e9tait comme un avion sans ailes et il avait fredonn\u00e9 la chanson avec un accent espagnol. Il ne savait pas que l\u2019accent n\u2019\u00e9tait pas espagnol. Son espagnol \u00e9tait trop frustre pour distinguer l\u2019origine sud-am\u00e9ricaine dans la voix.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re lui, Carolina essayait de calmer Lautaro. Elle me sourit aussi, m\u2019indiquant d\u2019un haussement d\u2019\u00e9paule que le gamin n\u2019arrivait pas \u00e0 s\u2019endormir.&nbsp;On sait ce que c\u2019est un gosse, on sait comment il \u00e9puise sa m\u00e8re, comment il en tire toujours un peu plus de patience, comment il va au bout de sa propre fatigue.&nbsp;Elle s\u2019assit sur une chaise de la cuisine, remonta son pull et lui donna le sein.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>voix off <strong>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait courant que les femmes donnent le sein \u00e0 leur enfant, m\u00eame devant des inconnus. Il avait aim\u00e9 l\u2019image. Il a d\u00e9tourn\u00e9 le regard pour ne pas laisser penser qu\u2019il \u00e9rotisait une situation qu\u2019il n\u2019\u00e9rotisait pas. Il trouvait la sc\u00e8ne attendrissante. Il n\u2019avait pas encore d\u2019enfant et n\u2019en aurait pas avant des ann\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lautaro s\u2019endormit en t\u00e9tant. Il s\u2019\u00e9tait endormi vite, le temps que Roberto me serve une bi\u00e8re et se fasse un caf\u00e9.&nbsp;On ne sait pas s\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 malade du foie. On ne sait pas tout, pas toujours, m\u00eame si on croit savoir. Il me parlait de po\u00e9sie, d\u2019auteurs que je ne connaissais pas. Il avait encore peu \u00e9crit. J\u2019avais lu dans une traduction anglaise&nbsp;<em>Consejos de un disc\u00edpulo de Morrison a un fan\u00e1tico de Joyce<\/em>&nbsp;et quelques po\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>voix off <\/em><strong>Il n\u2019a jamais oubli\u00e9 les moments pass\u00e9s avec Bola\u00f1o mais il n\u2019a jamais su non plus qu\u2019il \u00e9tait devenu un \u00e9crivain renomm\u00e9. Quand on lui parlera de&nbsp;<em>2666<\/em>&nbsp;dans une librairie de Vienne, son coeur se serrera si fort que le libraire lui demandera s\u2019il se sentait bien. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019il a appris sa mort. Treize ans apr\u00e8s sa visite \u00e0 Blan\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens que Carolina nous avait rejoints apr\u00e8s avoir couch\u00e9 Lautaro. Je me souviens d\u2019un livre de Borges, pos\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la machine \u00e0 \u00e9crire,&nbsp;<em>Historia universal de la infamia<\/em>, la version originale de 1935.&nbsp;Ce qu\u2019on ne sait pas, c\u2019est d\u2019o\u00f9 Bola\u00f1o tenait ce livre, peut-\u00eatre d\u2019Enrique Vila-Matas au moment o\u00f9 celui-ci \u00e9crivait <em>Suicides exemplaires<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>voix off <strong>Depuis, il a lu tout ce qu\u2019il a trouv\u00e9 de Bola\u00f1o, lu beaucoup de choses sur lui, sur les auteurs dont Bola\u00f1o parle dans ses livres, dans ses chroniques litt\u00e9raires. Il ne regrette pas de ne pas l\u2019avoir connu comme \u00e9crivain. Il savait qu\u2019il \u00e9crivait. Il avait vu tellement de livres chez lui, de feuilles entass\u00e9es pr\u00e8s de la machine \u00e0 \u00e9crire. Quand ils se sont vus \u00e0 Blan\u00e8s, Bola\u00f1o ne parlait que de po\u00e9sie et de politique et, depuis peu, de Lautaro. Il a tout oubli\u00e9 de leur conversation de ce soir-l\u00e0.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens que je me sentais bien et que nous avions mang\u00e9 des calamars. Je me souviens que j\u2019\u00e9tais parti tr\u00e8s tard. C\u2019est quand m\u00eame pas grand chose comme souvenirs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>27 d\u00e9cembre 1990, Carrer del Lloro, Blanes, Espagne les lieux: Pla\u00e7a de Catalunya, Rambla de Joaquim Ruyra, Carrer del Doctor Xavier Brunet, Passeig de Dintre (le march\u00e9), Pla\u00e7a Espanya, Carrer del Lloro voix off Dans quelques ann\u00e9es, il fera le m\u00eame chemin. Il ne se perdra pas. Il retrouvera sans pourtant reconna\u00eetre. Les boutiques auront chang\u00e9. 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