{"id":167608,"date":"2024-07-28T21:54:57","date_gmt":"2024-07-28T19:54:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167608"},"modified":"2024-07-30T08:04:22","modified_gmt":"2024-07-30T06:04:22","slug":"anthologie-prologue-les-abbruzzes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-prologue-les-abbruzzes\/","title":{"rendered":"#anthologie #prologue | Les Abruzzes"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne suis pas n\u00e9e en Italie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mes anc\u00eatres ont grandi dans les Abruzzes. Mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 porte le pr\u00e9nom de mon grand-p\u00e8re paternel. Le second, de mon grand-p\u00e8re maternel. Moi, de ma grand-m\u00e8re paternelle. Ma soeur, presque celui de ma grand-m\u00e8re maternelle, francis\u00e9 et raccourci pour \u00eatre plus moderne. La derni\u00e8re, c\u2019est le nom de la protectrice des femmes. Maman a dit \u00e0 mon p\u00e8re : tu lui donneras ce nom. C\u2019est donc elle qui a choisi. C\u2019est quand m\u00eame le m\u00eame jour, la sainte Anne et la saint Joachim, le 26 juillet, en italien Gioachino. Pourtant, ce grand-p\u00e8re, personne ne l\u2019appelait Giachino, tout le monde l\u2019appelait Giovanni. C\u2019est ainsi que ce nom fut choisi. Le grand-p\u00e8re maternel s\u2019appelait en r\u00e9alit\u00e9 Tommaso. On avait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 son nom \u00e0 un cousin, le fils du fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de ma m\u00e8re. Ce grand-p\u00e8re, tout le monde l\u2019appelait Massito. Le nom choisi fut donc Massimo. Pour Mich\u00e8le, la grand-m\u00e8re s\u2019appelait Michelina, or, la cousine fille a\u00een\u00e9e de l\u2019oncle Andrea, on l\u2019avait appel\u00e9e Lina. Le nom choisi fut donc Michela.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les gar\u00e7ons, le pr\u00e9nom de l\u2019\u00e9tat civil a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 en italien. Pour les filles, il a \u00e9t\u00e9 francis\u00e9 d\u2019office \u00e0 l\u2019inscription sur le registre des naissances \u00e0 la Mairie. Les trois premiers \u00e0 Hayange, les deux derni\u00e8res filles \u00e0 Florange, elles sont n\u00e9es \u00e0 la maison.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re s\u2019appelle Antonio. C\u2019\u00e9tait le pr\u00e9nom d\u2019un fr\u00e8re de sa m\u00e8re mort \u00e0 la Grande Guerre. Il apportait \u00e0 boire aux soldats. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 pour lui voler sa barrique d\u2019eau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oncle Gelsino n\u2019avait pas fait la guerre, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parti en Am\u00e9rique. Et \u00e7a, je ne le savais pas. Je l\u2019ai appris ce matin. Ce qui est \u00e9trange, c\u2019est que j\u2019ai souvent r\u00eav\u00e9 d\u2019Ellis Island, sachant vaguement que plusieurs oncles y avaient \u00e9chou\u00e9, vaguement pour la raison qu\u2019on n\u2019en parlait pas. Alors est-ce que j\u2019en ai r\u00eav\u00e9 pour avoir entendu des bribes de conversations, est-ce pour Perec ou pour le commencement du Parrain, je ne sais pas. Ferry de Staten Island, skyline, sens-tu le souffle de la Libert\u00e9 ? aux couronnes d\u2019\u00e9pines je ne sens rien, le froid s\u2019engouffre, l\u00e0 l\u2019eau est glac\u00e9e, rien ne me retient ici, rien ne me retient. Wall Street, un M\u00e9morial de soufre, des images en boucles devant la t\u00e9l\u00e9 un jour de septembre, un jour assez frais o\u00f9 tout \u00e9tait ordinaire, la journ\u00e9e de travail, la pause d\u00e9jeuner, la salle de classe, la lumi\u00e8re gris\u00e2tre au-dessus des arbres de l\u2019all\u00e9e. Les vitres s\u2019\u00e9garaient loin derri\u00e8re Savigny sur Orge, et toujours devant le ferry de Staten Island, et combien de milliers d\u00e9barqu\u00e9s ici, sales, crasseux Ellis Island, l\u2019embouchure de l\u2019Hudson, la couronne d\u2019\u00e9pines 1892 les services d\u2019immigration le 1er janvier, et tout \u00e7a disparu, un mus\u00e9e. Entre Jersey City, New Jersey et la ville de New York dans l&rsquo;\u00c9tat de New York. Edward Lippincott Tilton et William A. Boring re\u00e7oivent leur m\u00e9daille \u00e0 l\u2019exposition universelle de Paris pour avoir construit le b\u00e2timent des crasseux en guenilles, sales, ahuris et douze millions d\u2019immigrants. Douze millions qui s\u2019\u00e9garent dans les rues The Island of Tears.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens de Heartbreak Island.<\/p>\n\n\n\n<p>Na\u00eetre et grandir dans les montagnes. Travailler la terre. Faire la guerre. Partir \u00e0 pied. Prendre un autobus. Prendre un train. Prendre un bateau. Se marier. Travailler. Apprendre un nouveau langage. Emporter des chansons. Emporter une ou deux photos. Emporter une paire de chaussures dans sa valise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi l\u2019avais-je oubli\u00e9 ? Pourquoi taire l\u2019histoire des hommes ? Pourquoi reconstruire les enfances ? Pourquoi reconstituer mot par mot la g\u00e9n\u00e9alogie des d\u00e9parts ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand-p\u00e8re Giovanni \u00e9tait n\u00e9 en 1902. Il \u00e9tait trop jeune pour faire la guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne suis pas n\u00e9e en Italie.&nbsp; Mes anc\u00eatres ont grandi dans les Abruzzes. Mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 porte le pr\u00e9nom de mon grand-p\u00e8re paternel. Le second, de mon grand-p\u00e8re maternel. Moi, de ma grand-m\u00e8re paternelle. Ma soeur, presque celui de ma grand-m\u00e8re maternelle, francis\u00e9 et raccourci pour \u00eatre plus moderne. 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