{"id":167732,"date":"2024-07-29T15:46:51","date_gmt":"2024-07-29T13:46:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167732"},"modified":"2024-08-03T19:38:05","modified_gmt":"2024-08-03T17:38:05","slug":"anthologie-02-via-fonte-nuova","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-02-via-fonte-nuova\/","title":{"rendered":"#anthologie #02 | Via Fontenuova"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la p\u00e9nombre, la chaleur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9e. La chambre avait une seule fen\u00eatre, les volets \u00e9taient ferm\u00e9s. Deux grands lits, deux chevets en bois fonc\u00e9, deux lampes, deux petits lits dispos\u00e9s le long du mur. On y dormait \u00e0 sept. Une malle de carton renforc\u00e9, vert fonc\u00e9, avec des charni\u00e8res, des poign\u00e9es et des serrures en m\u00e9tal dor\u00e9. Dedans se trouvait la robe de mari\u00e9e de ma m\u00e8re. Du linge de maison. Draps, serviettes, nappes, tiss\u00e9s, cousus, brod\u00e9s \u00e0 la main. M\u00eame sans tapis, le sol \u00e9touffait les pas, on pouvait se lever sans r\u00e9veiller personne. La fen\u00eatre donnait sur la rue Via Fontenuova. Il \u00e9tait rare d\u2019entendre du bruit venant du dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte donnait sur la pi\u00e8ce principale. Il fallait la traverser pour acc\u00e9der \u00e0 la cuisine. Longer la porte d\u2019entr\u00e9e en arc de cercle, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de trois petites marches qu\u2019il fallait descendre pour sortir, encombr\u00e9es de journaux, l\u2019unique fen\u00eatre qui donnait sur la rue Via Fonte Nuova elle aussi, avec ses volets ferm\u00e9s dont les jours suffisaient \u00e0 \u00e9clairer la salle. Au centre, une grande table rectangulaire, des chaises, \u00e0 gauche un canap\u00e9, \u00e0 droite un grand buffet qui occupait tout le pan du mur. Au fond, la porte d\u2019un balcon qui conduisait \u00e0 la salle de bain et la porte d\u2019une autre chambre, celle des grands parents.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La cuisine avait elle aussi une fen\u00eatre qui s\u2019ouvrait sur la Via Fonte Nuova. Les panneaux de bois \u00e9taient ferm\u00e9s eux aussi. Sur le rebord, un napperon au crochet, un pot contenant une paire de ciseau, de la ficelle et un tournevis. Une plante en pot.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En face une porte arri\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 sa gauche, un grand plan de travail, un \u00e9vier en marbre gris. Pour l\u2019eau, un tuyau reli\u00e9 \u00e0 la fontaine \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur dans la rue, on l\u2019appelait la fontanella. Une marmite encastr\u00e9e, chauff\u00e9e au bois. Une gazini\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les murs \u00e9taient peints en jaune. A cause de la chemin\u00e9e, des feux, ils avaient un peu noirci.<\/p>\n\n\n\n<p>La chemin\u00e9e \u00e9tait au fond. Elle servait \u00e0 chauffer et \u00e0 cuisiner. On \u00e9tait en \u00e9t\u00e9, elle \u00e9tait \u00e9teinte. En hiver, je l\u2019aurais entendue cr\u00e9piter. J\u2019aurais guett\u00e9 les \u00e9tincelles. J\u2019aurais appris \u00e0 faire un feu de bois. L\u00e0, dans la cuisine assombrie par la nuit de d\u00e9cembre, o\u00f9 le brouillard masquait les montagnes, o\u00f9 le froid \u00e9touffait les voix, o\u00f9 la neige recouvrait les ruisseaux, et la glace, les fontaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon grand-p\u00e8re \u00e9tait assis. La cuisine n\u2019\u00e9tait pas \u00e9clair\u00e9e. Il portait son chapeau noir en feutre. Il \u00e9tait us\u00e9. Les bord \u00e9taient recourb\u00e9s. Il portait son chapeau noir en feutre un peu en arri\u00e8re. Son visage \u00e9tait tout rid\u00e9. Dans le noir, \u00e7a ne se voyait presque pas. Il portait toujours une chemise blanche. Il la gardait ouverte jusqu\u2019au deuxi\u00e8me bouton. Le col \u00e9tait bien pli\u00e9. Un gilet noir boutonn\u00e9. Une veste noire. Il restait assis dans la cuisine. Ou sur le canap\u00e9. Ou sur les marches ext\u00e9rieures en \u00e9t\u00e9. Il avait du mal \u00e0 marcher depuis son accident. Il conduisait l\u2019\u00e2ne en rentrant des champs. Son \u00e2ne, je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu. J\u2019\u00e9tais mont\u00e9e dessus. Je l\u2019avais caress\u00e9 dans l\u2019\u00e9table. Je crois qu\u2019il l&rsquo;appelait Moschetta; je ne suis pas s\u00fbre. Il s\u2019\u00e9tait emball\u00e9. Giovanni avait tent\u00e9 de le ma\u00eetriser. L\u2019\u00e2ne l\u2019avait renvers\u00e9, les roues de la charrette lui avaient roul\u00e9 dessus et lui avaient bris\u00e9 les jambes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a sentait bon le caf\u00e9. Je n\u2019avais pas entendu la moka cr\u00e9piter sur le gaz. Son bol \u00e9tait encore plein. Un grand bol en c\u00e9ramique. Sur la table, il y avait du pain, du fromage de brebis. Il me dit : \u201cTu veux du fromage ?\u201d Je dis \u201cOui\u201d. Quand il me le tendit, je vis que c\u2019\u00e9tait du marcietto grouillant d\u2019asticots blancs. Je le reposai sur la table sans le manger. Il y avait une carafe d\u2019eau, un napperon, une pile d\u2019assiette, deux verres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on demandait ce qu\u2019on mange ce soir, il r\u00e9pondait : \u201cDe l\u2019\u00e2ne \u00e9corch\u00e9\u201d.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la p\u00e9nombre, la chaleur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9e. La chambre avait une seule fen\u00eatre, les volets \u00e9taient ferm\u00e9s. Deux grands lits, deux chevets en bois fonc\u00e9, deux lampes, deux petits lits dispos\u00e9s le long du mur. On y dormait \u00e0 sept. Une malle de carton renforc\u00e9, vert fonc\u00e9, avec des charni\u00e8res, des poign\u00e9es et des serrures en m\u00e9tal dor\u00e9. 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