{"id":167893,"date":"2024-07-31T08:59:24","date_gmt":"2024-07-31T06:59:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=167893"},"modified":"2024-07-31T08:59:27","modified_gmt":"2024-07-31T06:59:27","slug":"anthologie-29-toujours-plus-bas-avec-elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/anthologie-29-toujours-plus-bas-avec-elle\/","title":{"rendered":"#anthologie #29 | toujours plus bas avec elle"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Tu es comme un immeuble de plusieurs \u00e9tages, des caves aux greniers, je te connais \u00e0 chacun de tes \u00e9tages des cadavres aux souris. \u2026 Elle te regarde et voudrait sortir de toi, elle voudrait sortir de cet immeuble qui l\u2019enferme comme une prison. Je monte les grands escaliers et j\u2019atteins tes \u00e9tages nobles, l\u00e0 o\u00f9 la langue est polic\u00e9e, vive, virtuose, l\u00e0 o\u00f9 les relations semblent \u00eatre, l\u00e0 o\u00f9 la conversation s\u2019impose \u2026 elle voudrait partir de l\u00e0, elle voudrait du silence, elle ne peut pas supporter tout cela, voudrait crier fort, mettre ses musiques punk et rock, faire exploser toute la vaisselle et jeter du goudron sur les divans \u2026 mais tu es urbaine et mondaine, brillante, c\u2019est l\u00e0 \u00e0 ces \u00e9tages nobles que tu vis avec passion, avec tes lectures, tes talents, tes \u00e9tudes, \u2026 elle te regarde t\u2019exciter dans tes savoirs et se demande comment, pourquoi, elle te voit l\u00e0 o\u00f9 tout est salon, divans, fauteuils, tables, fleurs, couverts, assiettes, verres de cristal, plats, mets, tableaux, livres lus, livres non lus, expositions vues, exposition \u00e0 voir \u2026 elle voudrait partir de cet immeuble, sortir l\u00e0 o\u00f9 les fen\u00eatres prennent toute la lumi\u00e8re de l\u2019ext\u00e9rieur et toute la chaleur de la journ\u00e9e se transforme en une nuit \u00e9toil\u00e9e douce\u2026 elle voudrait devenir cette nuit douce et ne pas rester l\u00e0 dedans\u2026 mais tu es sourde, tu la retiens par la manche\u2026 elle doit rester l\u00e0 o\u00f9 tout est enfoui sous les tapis persans et que rien ne se dit, les invit\u00e9s arrivent, j\u2019ouvre la porte \u00e0 tes invit\u00e9s \u2026 elle me regarde ouvrir la porte\u2026 je retires les bo\u00eetes de chocolat \u2026 elle me regarde retirer les bo\u00eetes de chocolats\u2026 et \u00e9tant prise par ta soir\u00e9e, tu m\u2019abandonnes \u00e0 moi-m\u00eame, \u00e0 mes jeux solitaires, \u2026 elle te voit m\u2019abandonner \u2026 elle voudrait faire quelque choses pour sortir, mais tu la retiens par le bras, les enfants sont devant la t\u00e9l\u00e9, devant Fantastico, heureux eux aussi, heureux de regarder la t\u00e9l\u00e9, \u2026 elle le regarde assis dans la chambre plus loin sur ce m\u00eame \u00e9tage, heureux de rentrer eux aussi dans un monde fantastique o\u00f9 la douleur ne se dit pas, \u2026 elle la voit cette douleur \u2026 enfouie dans les danses effr\u00e9n\u00e9es des soubrettes et dans la joie des pr\u00e9sentateur, l\u00e0 o\u00f9 je vis les samedis soirs. \u2026 elle voit les plumes de soubrettes, les plumes qui la retiennent\u2026 Plus en hauteur, je te connais \u00e0 l\u2019\u00e9tage de ton bureau l\u00e0 o\u00f9 tout est silence et concentration, l\u00e0 o\u00f9 tes livres forment des cha\u00eenes de montagnes sur ton bureau et tout autour de ta table et j\u2019\u00e9poussette la poussi\u00e8re et j\u2019extermine les mites, \u2026 elle me suit \u00e0 cet \u00e9tage, en cherchant une voie de secours\u2026 tu ne m\u2019entends pas quand je te parle et tu ne l\u2019entend pas\u2026 tu ne me parles pas\u2026 tu ne lui parles pas\u2026 tu vis dans les \u0153uvres de tes livres et dans les images de tes livres, \u2026 elle te voit feuilleter tes livres\u2026 tu es l\u00e0 et je te vois aussi, les pupilles fixes, je te vois concentr\u00e9e, \u2026 elle me lit le livre que tu lis\u2026 elle me montre les images des tableaux\u2026 et encore plus en haut, je te connais \u00e0 l\u2019\u00e9tage de ta chambre, quand allong\u00e9e sur le dos tu t\u2019abandonnes au journal, \u2026 c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle se dit que c\u2019est plus calme\u2026 puis quand tu t\u2019allonges sur le c\u00f4t\u00e9 et que tu t\u2019endors et tu dors \u2026 elle s\u2019endort aussi \u2026 et la nuit peut enfin s\u2019abandonner \u00e0 sa noirceur de nuit et on ne voit plus le tapis persans et les livres et la vie est suspendue et tout se tait au sein de ton corps \u2026 au sein de son corps aussi. Dans ton immeuble il m\u2019arrive de prendre l\u2019ascenseur et monter encore plus en hauteur \u2026 ne pouvant plus sortir de toi, elle t\u2019explore aussi cet immeuble\u2026 au niveau de ta salle de bain \u00e0 petites fleurs rose et bleu, avec le miroir rond \u2026 elle se refl\u00e8te dans ton miroir \u2026 et tu prends ton temps et tu deviens silencieuse, \u2026 elle ferme la porte\u2026 la porte est ferm\u00e9e, je ne sais pas ce que tu laves de toi, tu dois te d\u00e9terger, d\u00e9terger ta parole, \u2026 elle lave les mots avec toi\u2026 et l\u00e0 tu ouvres la porte, je te retrouve dans tes objets, tes bigoudis et tes talcs parfum\u00e9s, et tu me laves dans la baignoire \u2026 elle attend et nous regarde\u2026 et tu frottes la serviette sur moi, j\u2019aime cet \u00e9tage de la salle de bain, ce parfum du savon, mais je peux monter encore plus en hauteur et arriver \u00e0 tes combles, \u2026 l\u00e0 \u00e0 nouveau elle esp\u00e8re pouvoir s\u2019enfuir \u2026 l\u00e0 o\u00f9 tout est sombre et il faut marcher la t\u00eate baiss\u00e9e, l\u00e0 je te vois pencher, l\u00e0 haut tu ne sais plus marcher, tu perds ton \u00e9quilibre, tu ne comprends plus tes passions, l\u00e0 elles s\u2019enfouissent tes passions, tu ne montes jamais par l\u00e0 o\u00f9 nous nous cachons, l\u00e0 o\u00f9 tout s\u2019ouvre vers le ciel, l\u00e0 o\u00f9 on peut s\u2019enfuir sur le toit et laisser l\u2019immeuble s\u2019\u00e9crouler, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on peut se jeter vers le ciel ou vers la terre, \u2026 elle essaye de s\u2019\u00e9chapper par l\u00e0\u2026 mais l\u00e0 tu deviens un fantasme, un spectre, dans les combles tu perds tes rep\u00e8res et tu disparais \u2026 elle ne peut pas partir\u2026 tu la retiens avec ta disparition\u2026 et alors pour te retrouver je prends l\u2019ascenseur de ton immeuble et je descends \u00e0 ton rez-de-chauss\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 tu es porte d\u2019entr\u00e9e, ouverte sur la rue et elle est &nbsp;pr\u00eate \u00e0 sortir de toi-m\u00eame et l\u00e0 je retrouve la parole l\u00e0 c\u2019est possible de parler avec toi, tu sors de toi-m\u00eame, \u2026 elle sort de toi\u2026 c\u2019est mon \u00e9tage pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de ton immeuble et alors je reste l\u00e0, dans le hall de l\u2019entr\u00e9e, je m\u2019assois sur les marches et je te parle et parfois il arrive que tu entends mes mots et que tu me r\u00e9pondes aussi et que tu sois pr\u00eate \u00e0 te promener avec moi, \u2026 et elle aussi peut enfin se lib\u00e9rer, elle pourrait partir et quitter l\u2019immeuble pour toujours, mais tu la retiens par ton regard\u2026 et je te connais encore plus en profondeur, quand je prends l\u2019ascenseur et je descends plus en bas, encore plus en bas de toi-m\u00eame, \u2026 l\u00e0 elle a peur \u2026 ou quand je descends \u00e0 pieds les marches \u00e9troites sous l\u2019ascenseur \u2026 elle me regarde descendre, essayant de me retenir\u2026 et j\u2019explore tes caves, l\u00e0 o\u00f9 tes caves deviennent caniveaux et tout est noir \u2026 elle est terroris\u00e9e\u2026 et tu as peur, vraiment peur, mais tu ne dis jamais que tu as peur, tu cries que j\u2019ai peur et tu m\u2019agresses, \u2026 elle entend les cris\u2026 l\u00e0 ce n\u2019est plus les \u00e9tages nobles, l\u00e0 la vie n\u2019a plus de mode d\u2019emploi, ou alors son mode d\u2019emploi est diff\u00e9rent, \u2026 elle ne le conna\u00eet pas\u2026 les tapis sont roul\u00e9s et tout ce qui est cach\u00e9 dessus se lib\u00e8re et tu sors tes couteux et tes poignards et commences \u00e0 me massacrer, l\u00e0&nbsp; tu t\u2019abats sur moi et tu me d\u00e9chires \u00e0 cou de machette, \u2026 elle entend tout, elle crie\u2026.tu m\u2019\u00e9ventres, mi squarti, et \u00e0 la fin tu me pends comme un morceau de viande au grand crochet de la cave, \u2026 elle entend le silence maintenant\u2026 elle ne pourra plus jamais fuir\u2026 puis tu remontes avec ton ascenseur art d\u00e9co et laves le sang de tes mains dans ta salle de bain\u2026 elle t\u2019aide.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu es comme un immeuble de plusieurs \u00e9tages, des caves aux greniers, je te connais \u00e0 chacun de tes \u00e9tages des cadavres aux souris. \u2026 Elle te regarde et voudrait sortir de toi, elle voudrait sortir de cet immeuble qui l\u2019enferme comme une prison. 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